La question sensible des restrictions annoncées par l’Union européenne sur la délivrance des visas aux ressortissants guinéens s’est invitée à la célébration de la fête nationale française du 14 juillet à Conakry. Face aux autorités guinéennes et aux représentants diplomatiques, l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a défendu la politique française de visas tout en appelant à une coopération renforcée entre les deux pays.
La résidence de l’ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone a servi de cadre, lundi, à la célébration de la fête nationale française du 14 juillet. Une cérémonie qui a réuni plusieurs personnalités, dont des membres du gouvernement guinéen, des ambassadeurs accrédités en Guinée, des officiers militaires ainsi que des acteurs de la société civile.
Au-delà de la commémoration, un sujet d’actualité a retenu l’attention : la récente décision de l’Union européenne de renforcer les conditions d’accès aux visas Schengen pour les ressortissants guinéens. Une mesure qui intervient dans un contexte de tensions autour de la coopération en matière de réadmission des migrants en situation irrégulière.
Prenant la parole, l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a tenu à clarifier la position de Paris, tout en rappelant l’importance d’une relation fondée sur la confiance.
«La France ne peut pas être l’espace de régulation politique, sociale et économique de la Guinée, alors même que celle-ci garantit les droits par une Constitution qui vous rassemble et qui vous ressemble. Je l’ai toujours dit, notre politique de visa est un pacte de confiance. Nous avons augmenté de 43% le nombre de visas en deux ans, octroyé 12 500 visas en 2025, certes avec 50% de refus, mais je ne connais pas d’autres pays qui auront donné autant de visas ici, en Guinée. La France, évidemment, attend plus de retours dans la dignité garantie. Nos souverainetés ne s’opposent pas, elles s’additionnent», a déclaré le diplomate français.
Cette prise de parole intervient quelques jours après la décision de l’Union européenne de durcir temporairement les conditions d’octroi des visas aux ressortissants guinéens. Bruxelles justifie cette mesure par une coopération jugée insuffisante de certains États, dont la Guinée, concernant la réadmission de leurs ressortissants en situation irrégulière sur le territoire européen.
Ces nouvelles dispositions ne constituent pas une fermeture totale de l’espace Schengen aux Guinéens, mais introduisent plusieurs restrictions, notamment la limitation de certains visas à entrées multiples, l’allongement des délais de traitement des demandes et la suppression de certaines facilités administratives.
Face à cette situation, les autorités guinéennes ont insisté sur la nécessité de préserver une relation bilatérale basée sur le dialogue et le respect mutuel.
Représentant le ministre des Affaires étrangères et des Guinéens établis à l’étranger, le secrétaire général du département, Abdoulaye Youla, a d’abord rappelé la solidité des relations historiques entre Conakry et Paris.
«Au fil des années, nos deux pays ont su bâtir un dialogue franc, un dialogue respectueux et un dialogue constructif, qui est fondé sur la confiance, l’écoute et la volonté commune de relever les défis de notre temps. Aujourd’hui plus que jamais, nos deux États partagent l’ambition de renforcer un partenariat régulier, un partenariat équilibré, et un partenariat qui est raisonnablement tourné vers l’avenir. Nous parlons de partenariat, nous voulons un partenariat fondé sur les principes du respect mutuel, un partenariat dont la solidarité des États est respectée, et un partenariat de non-déchéance, un partenariat de la responsabilité partagée, et surtout de gagnant-gagnant…», a-t-il souligné.
Poursuivant son intervention, le représentant du ministre a appelé à davantage d’échanges entre les deux pays pour dépasser les incompréhensions.
«Nous avons plus besoin de se parler, de dialoguer, de se comprendre mutuellement dans l’avantage de nos deux États, en abordant toutes les questions, avec discernement et avec de la hauteur», a-t-il ajouté.
Entre préoccupations migratoires européennes et volonté affichée de préserver les liens historiques franco-guinéens, la question des visas apparaît désormais comme un nouveau test dans la relation entre Conakry, Paris et Bruxelles.
N’Famoussa Siby


