Il est des nouvelles qui vous saisissent d’un effroi glacial et d’une profonde amertume. C’est avec une indignation sans mélange que j’ai appris, sur les ondes d’une grande radio internationale, le décès tragique en détention d’un jeune lycéen de 17 ans. Écroué pour des soupçons de fraude au baccalauréat et luttant contre la drépanocytose, son histoire dépasse le simple fait divers. Voir le drame de notre jeunesse ainsi résonner à l’échelle mondiale est une honte nationale. C’est le symptôme effrayant d’une société qui semble avoir perdu sa boussole morale et le sens le plus élémentaire de la justice.
Malheureusement, de tels actes et un tel désintérêt pour la vie ne constituent plus des exceptions. Ils sont devenus familiers en Guinée, où la personne humaine est trop souvent réduite à un néant absolu. Ce mépris systémique de la dignité, cette désinvolture institutionnelle face à la souffrance et à la mort des citoyens ordinaires traduisent un effondrement éthique profond.
Qu’un acte d’incivilité ou de tricherie lors d’un examen doive être sanctionné est une évidence. L’école doit enseigner l’effort, l’intégrité et le respect des règles. Mais depuis quand la tricherie scolaire mérite-t-elle la privation de liberté pour un mineur ?
Pendant que l’on jette en prison un adolescent de 17 ans pour un simple écart académique, une caste de privilégiés, ministres et cadres supérieurs, jouit en toute impunité des fonds publics, sans limitation ni reddition de comptes. Ce grand écart moral est insupportable : la rigueur implacable de la loi s’abat sur les plus vulnérables, tandis que la bienveillance administrative et l’opulence sur les deniers de l’État restent le privilège des puissants.
Ce drame met en lumière une autre tragédie silencieuse : celle de la prise en charge de la drépanocytose dans notre pays. La Guinée manque cruellement d’infrastructures et de moyens pour soulager et accompagner les milliers de citoyens touchés par cette maladie héréditaire lourde et douloureuse. Face à cette carence étatique, il convient de saluer le courage et le dévouement remarquables des soignants du centre SOS Drépanocytose. Seule structure spécialisée du pays, ce centre se bat au quotidien, avec des moyens dérisoires, pour sauver des vies et offrir un peu d’espoir aux malades et à leurs familles.
Savoir combien cette maladie est éprouvante et combien l’accès aux soins relève du parcours du combattant rend le sort réservé à cet adolescent encore plus révoltant. Comment a-t-on pu ignorer sa vulnérabilité médicale ? Comment un mineur souffrant d’une telle affection a-t-il pu être maintenu dans un milieu carcéral notoirement surpeuplé et dépourvu de soins adaptés ? L’incarcération s’est transformée pour lui en une peine de mort différée. C’est une faillite morale, médicale et judiciaire absolue. Face à un tel scandale, le silence ou les simples communiqués de circonstance ne suffisent plus. Il y a des moments où le respect des institutions et la mémoire des victimes exigent des actes forts.
Par simple décence morale et par respect pour la vie humaine, des comptes doivent être rendus au plus haut niveau. Le régisseur de la prison, le procureur de la République ayant ordonné ou maintenu ce mandat de dépôt, ainsi que le ministre de l’Éducation nationale devraient aujourd’hui présenter leur démission. Dans toute société digne de ce nom, un tel drame sous la tutelle directe de l’État entraînerait un réveil des consciences et une prise de responsabilité immédiate.
Face à cette perte tragique, la question demeure : Où est passée l’humanité en Guinée ? La valeur d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses enfants et ses citoyens les plus fragiles, non à la fermeté de façade qu’elle affiche contre des mineurs effrayés. On ne bâtit pas l’avenir d’un pays en sacrifiant sa jeunesse dans des cellules pendant que ses dirigeants banquettent en toute sérénité.
Aujourd’hui, nous devons exiger :
- Toute la lumière sur les responsabilités pénales et administratives dans cette mort en détention.
- Une révision urgente des procédures pour interdire la détention préventive systématique des mineurs pour des infractions non violentes.
- Une prise en charge médicale garantie pour toute personne privée de liberté souffrant de pathologies graves, ainsi qu’un soutien renforcé aux structures de santé spécialisées comme le centre SOS Drépanocytose.
Que l’âme de ce jeune garçon repose en paix. Puisse sa mémoire forcer notre pays à sortir de l’indifférence et à retrouver, enfin, le chemin de la dignité, de l’équité et de l’empathie.
Par Aliou BARRY, citoyen indigné


