Le Secrétaire général du Syndicat National de l’Éducation (SNE), Pépé Balamou, a vivement réagi au décès de Mamadou Diouma Bah, candidat au baccalauréat décédé après son incarcération à la prison civile de Kénia dans une affaire de fraude présumée aux examens nationaux. Au cours d’un entretien, mercredi, le responsable syndical a exprimé son indignation, réclamé qu’une enquête judiciaire soit menée et appelé les autorités à revoir leur approche dans la lutte contre la fraude scolaire.
« Lorsque nous avons appris la mort de l’élève Mamadou Diouma Bah, cela a créé un sentiment d’indignation et de frustration. En tant que père de famille, nous savons ce que représente l’éducation d’un enfant. Perdre un enfant est une perte énorme que rien ne pourra réparer. En tant qu’enseignant, voir un candidat mourir dans de telles circonstances est un véritable gâchis. C’était un jeune qui devait être plein de rêves pour son pays, pour sa famille et pour sa communauté. Nous demandons que justice soit rendue », a déclaré Pépé Balamou.
Le responsable du SNE estime que toutes les circonstances du décès doivent être élucidées avant toute conclusion officielle. Selon lui, une autopsie ainsi qu’une enquête sur les conditions de détention étaient indispensables. « Il ne s’agissait pas simplement d’aller à l’enterrement. Il fallait d’abord pratiquer une autopsie, comprendre les conditions dans lesquelles il était détenu, connaître le milieu carcéral dans lequel il se trouvait. C’est un enfant qui est passé de la salle d’examen à la prison, puis de la prison directement au cimetière. C’est une honte pour l’école de la République », a-t-il affirmé.
Réagissant aux déclarations des autorités sur le lieu du décès, Pépé Balamou considère que le débat ne devrait pas porter sur le fait que le candidat soit décédé à l’hôpital ou en prison. « Il avait un statut pénal bien défini. C’était un prisonnier. Qu’il meure à l’hôpital après son transfert ou en détention, il restait un détenu placé sous la responsabilité de l’État. Au lieu d’alimenter la polémique, il fallait simplement présenter les condoléances à la famille et promettre que toute la lumière serait faite pour situer les responsabilités », a-t-il soutenu.
Le syndicaliste demande également la libération des autres élèves et enseignants détenus dans le cadre des affaires de fraude aux examens. À ses yeux, les sanctions administratives prévues par les règlements généraux des examens sont suffisantes et doivent primer sur les poursuites pénales. « Il faut régler ce conflit entre la législation pénale et les règlements des examens. Pour un candidat pris en fraude, on peut prononcer l’exclusion de la session en cours. Pour un enseignant impliqué, on peut lui interdire, pendant plusieurs années, de participer à l’organisation des examens. On peut dissuader sans transformer l’école en prison. L’école est un centre d’éducation et de formation, ce n’est ni un goulag, ni un cimetière », a-t-il déclaré.
Au-delà du cas de Mamadou Diouma Bah, le Secrétaire général du SNE estime que le véritable problème réside dans les défaillances du système éducatif guinéen, qu’il juge responsables de la prolifération de la fraude. « La vraie question est de savoir pourquoi les élèves guinéens sont aujourd’hui prédisposés à la fraude. Il y a la pauvreté des apprentissages. On ne donne pas de bonnes notions aux enfants. Il n’y a pas de bibliothèques, pas de laboratoires, les effectifs sont pléthoriques. Si un élève n’apprend rien pendant l’année scolaire, que peut-on attendre de lui au moment de l’évaluation ? Il sera tenté de copier. Tant que nous ne réglerons pas la qualité des enseignements et des apprentissages, les réseaux de fraude continueront d’exister, quelles que soient les sanctions », a-t-il expliqué.
Pépé Balamou a également retracé l’évolution des méthodes de lutte contre la fraude dans les examens nationaux. Il a rappelé qu’au fil des années, les autorités avaient successivement annulé des épreuves, dressé des procès-verbaux, privilégié la prévention avant d’opter pour la judiciarisation des cas de fraude. « On a utilisé la Bible et le Coran pour sensibiliser les candidats. On a utilisé les détecteurs de métaux. Aujourd’hui, on met les gens en prison. Mais cela ne règle pas le problème. La mort de Mamadou Diouma Bah doit nous interpeller. Il faut changer de paradigme. La force et la violence ne résoudront jamais cette question. Il faut humaniser la loi et surtout investir dans une école publique de qualité », a-t-il insisté.
Le responsable syndical a enfin appelé les autorités à engager de véritables réformes structurelles de l’école publique afin de restaurer la confiance des familles. « Aujourd’hui, même les enseignants n’inscrivent plus leurs enfants dans les écoles publiques. Même les ministres n’y mettent pas leurs enfants. Si les enfants des responsables fréquentaient l’école publique, les autorités s’intéresseraient davantage à son fonctionnement. Il faut des enseignants en quantité et en qualité, des bibliothèques, des laboratoires et des effectifs raisonnables. C’est ainsi que nous réduirons durablement la fraude et que de tels drames ne se reproduiront plus », a conclu Pépé Balamou.
Thierno Amadou Diallo


