Comment transformer les immenses ressources naturelles de la Guinée en un véritable levier de développement durable, sans céder à la précipitation ? C’est à cette question que s’est attaqué le Dr Almamy 2 Sylla, deuxième vice-gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), à l’occasion de la deuxième conférence académique qu’il a animée ce samedi dans la capitale.
Devant un parterre d’acteurs économiques, d’universitaires et de journalistes, l’expert a présenté une réflexion approfondie sur les conditions de réussite d’un fonds souverain, sous le thème : « Structuration optimale d’un fonds souverain en République de Guinée ».
D’entrée de jeu, le vice-gouverneur de la BCRG a tenu à mettre en garde contre toute démarche précipitée. Pour lui, la création d’un fonds souverain ne peut reposer sur des recettes exceptionnelles ou des plus-values temporaires. Il a notamment alerté sur les risques du « syndrome hollandais », ce phénomène économique qui fragilise les autres secteurs d’activité lorsqu’un pays devient excessivement dépendant de ses ressources extractives.
« Pour mettre en place un tel fonds, il est indispensable de s’appuyer sur des ressources aux revenus pérennes et d’un niveau optimal. Sans des retours financiers atteignant un seuil minimal, il n’y a aucun intérêt à créer une telle structure », a prévenu le Dr Almamy 2 Sylla.
Revenant sur la définition même d’un fonds souverain, qu’il présente comme un instrument stratégique de gouvernance conforme aux meilleures pratiques internationales, le conférencier a insisté sur la nécessité de disposer d’excédents durables en devises. Selon lui, un tel mécanisme ne peut être alimenté de manière crédible que par des revenus réguliers accumulés sur plusieurs années, et non par des excédents ponctuels rapidement consommés.
Sans remettre en cause le principe du fonds souverain, le deuxième vice-gouverneur en a rappelé tout l’intérêt. Bien structuré, un tel instrument constitue un véritable « collatéral financier », capable de renforcer la crédibilité de l’État auprès des marchés internationaux et des investisseurs, à l’image des expériences réussies de plusieurs pays du Golfe.
Évoquant les importantes ressources minières, pétrolières et gazières dont dispose la Guinée, Dr Almamy 2 Sylla a plaidé pour que les devises issues de leur exploitation soient prioritairement orientées vers le financement de grands projets d’infrastructures, plutôt que d’être immobilisées dans une logique de simple thésaurisation.

Par ailleurs, l’économiste a appelé à une vision de long terme. Si certains pays, comme Singapour, ont connu des trajectoires exceptionnelles, la Guinée doit, selon lui, construire son propre modèle avec méthode, réalisme et patience.
« Pour faire de notre République un paradis, la solution se trouve dans le fait de ne pas essayer d’en faire un par la précipitation, mais de le bâtir graduellement, lentement et sûrement […]. Même notre Créateur le dit : Il est avec l’être humain qui sait faire preuve de patience, car Dieu sait que rien ne se réalise en dehors de son temps », a-t-il conclu.
A travers cette conférence, le deuxième vice-gouverneur de la BCRG remet au cœur du débat une question essentielle : comment concilier l’exploitation des ressources naturelles, la stabilité macroéconomique et la préservation des intérêts des générations futures ? Un enjeu majeur pour l’avenir économique de la Guinée.
Thierno Amadou Diallo


