Le ton n’était ni celui d’un simple discours technique ni celui d’une restitution ordinaire. En s’adressant aux membres de son gouvernement à l’issue de la retraite de Yérokoguia consacrée à la première vague des mégaprojets du programme Simandou 2040, le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a surtout délivré un message d’autorité. Au-delà des aspects liés au développement économique, c’est une nouvelle méthode de gouvernance qu’il a voulu installer : plus de discipline, davantage de hiérarchie et une obligation de résultats. Quelques jours seulement après le remaniement gouvernemental, le Chef du Gouvernement a clairement fait comprendre que l’heure de l’apprentissage est terminée et que commence désormais celle de la responsabilité.
Le choix des mots n’a d’ailleurs laissé place à aucune ambiguïté. « La nouvelle orientation sera davantage jupitérienne que consensuelle », a-t-il lancé devant les ministres. Une formule qui résume à elle seule le changement de cap qu’il entend impulser. Là où certains pouvaient voir dans la concertation permanente une manière de gouverner, Amadou Oury Bah annonce une organisation plus verticale, dans laquelle les arbitrages appartiennent au Premier ministre et où chaque membre du gouvernement devra pleinement assumer sa place dans la chaîne de commandement.
Cette clarification intervient dans un contexte particulier. Le remaniement ministériel vient de donner naissance à une nouvelle équipe gouvernementale appelée à mettre en œuvre le programme Simandou 2040, présenté comme la colonne vertébrale du développement de la Guinée. Dès lors, le Premier ministre a tenu à rappeler que la responsabilité politique de ce programme lui incombe directement devant le Président de la République. À ce titre, c’est lui qui procédera aux arbitrages avant toute validation définitive des projets.
Mais l’élément le plus marquant de son intervention réside sans doute dans les trois principes qu’il a annoncés comme étant désormais non négociables.
Le premier est celui de la concertation et de la transversalité. Pour Amadou Oury Bah, les ministères ne peuvent plus fonctionner en silos. Les projets doivent être conçus collectivement, les compétences croisées et les décisions articulées autour d’une vision commune.
Le deuxième principe est sans doute le plus révélateur de la philosophie qu’il entend désormais imposer. Chaque ministre devra systématiquement se référer au Premier ministre, qu’il rappelle être le supérieur hiérarchique direct des membres du gouvernement. Ce rappel de la hiérarchie administrative et politique constitue probablement le message le plus fort de son intervention. Il traduit la volonté de mettre fin aux initiatives isolées et aux démarches individuelles susceptibles d’affaiblir la cohérence de l’action gouvernementale.
Enfin vient la discipline, que le Chef du Gouvernement érige en condition indispensable de la réussite collective. Sans discipline, estime-t-il, il ne peut y avoir ni concertation réelle, ni coordination efficace, ni transformation durable de l’Etat. Cette exigence vaut non seulement pour les ministres, mais également pour l’ensemble des administrations placées sous leur autorité.
Cette volonté de remettre de l’ordre dans le fonctionnement gouvernemental se retrouve également dans les orientations qu’il adresse à l’administration. Les directeurs administratifs et financiers, les personnes responsables des marchés publics ainsi que l’ensemble des gestionnaires sont invités à abandonner les anciennes habitudes de gestion. A travers la généralisation du budget-programme, le Premier ministre souhaite instaurer une culture de la planification, de l’évaluation et de la performance, rompant avec les logiques de reconduction automatique des dépenses publiques.
Derrière ces instructions techniques apparaît une ambition beaucoup plus large : transformer en profondeur la culture administrative guinéenne. Pour Amadou Oury Bah, il ne s’agit plus simplement d’exécuter des procédures, mais de bâtir un Etat capable de produire des résultats, d’évaluer ses politiques publiques et de rendre compte de son action. La réussite du programme Simandou 2040 dépendra autant de cette révolution des méthodes que des investissements eux-mêmes.
Le discours de Yérokoguia marque ainsi une étape importante du début de ce nouveau gouvernement. Au-delà des annonces économiques, le Premier ministre a posé les fondements de ce qui pourrait devenir sa marque de fabrique : un exercice plus affirmé de l’autorité gouvernementale, une hiérarchie assumée et une culture de résultats. Le message adressé aux ministres est limpide : le temps de la transition institutionnelle est révolu ; celui de l’exécution, de la discipline et de la reddition des comptes commence désormais.
Boubacar Sanso Barry


