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Après la fin des sachets d’eau, Dr Ben Youssouf recommande une précaution aux ménages

L’interdiction des sachets plastiques à usage unique, entrée en vigueur pour lutter contre la pollution environnementale, a également entraîné la disparition des sachets d’eau, largement consommés par les populations à faibles revenus. Une situation qui soulève désormais des inquiétudes sur l’accès à une eau potable abordable et ses éventuelles conséquences sanitaires.

Pour Dr Ben Youssouf Keïta, ancien président de la commission santé de l’Assemblée nationale et directeur médical de la clinique Best, la mesure peut contribuer à réduire la pollution plastique. Mais elle doit être accompagnée de solutions alternatives afin d’éviter que les populations ne se tournent vers des sources d’eau dont la qualité n’est pas garantie.

Le médecin rappelle d’abord les conséquences environnementales liées à l’accumulation des déchets plastiques. « Il faut savoir d’abord l’origine des plastiques. Les plastiques, c’est d’origine chimique, c’est le dérivé du pétrole. Donc ça contient des produits toxiques et surtout on sait que les plastiques qui ne sont pas biodégradables peuvent rester dans la nature plus d’un siècle. Et quand ça se découpe en petits morceaux, ils sont drainés dans les cours d’eau et dans ce cas spécifique jusqu’à la mer ou dans les rivières », a-t-il indiqué.

Cette pollution peut également toucher les écosystèmes aquatiques et, par ricochet, l’alimentation humaine. « Les produits halieutiques, c’est-à-dire surtout les poissons qui consomment ces particules, les consomment avec des substances chimiques, telles que le styrène, le plomb et le cadmium, et ça reste dans l’organisme des poissons. Ces poissons repêchés dans la mer viennent terminer dans nos assiettes. Sur le plan sanitaire, quelque part, c’est une bombe à retardement », a-t-il expliqué.

Dr Ben Youssouf Keïta évoque également l’impact des déchets plastiques sur les animaux et les risques liés au brûlage de ces déchets. « Donc c’est l’effet des plastiques d’abord pour nous les humains. Imaginez-vous nos bêtes telles que les bovins, les caprins, les bœufs qui en consomment souvent peuvent avoir des problèmes aussi digestifs. Et quand ça passe dans l’organisme, ça peut provoquer les mêmes effets que l’on rencontre dans le cadre des polluants. En un mot, ça finit par retomber sur notre santé à long terme », a-t-il souligné.

Si le médecin juge favorablement le principe de l’interdiction des sachets plastiques non recyclables à usage unique, il estime que la suppression des sachets d’eau mérite une attention particulière en raison de leur accessibilité pour les ménages modestes.

« Le fait d’abord d’interdire les sachets plastiques non recyclables, à usage unique, c’est une bonne décision gouvernementale, une bonne décision de dirigeants. Parce que gouverner, c’est prévoir, c’est anticiper. Ça, c’est ce côté en dehors du côté biologique qui provoque la pollution visuelle sur l’environnement. C’est dégoûtant quand il pleut, quand vous voyez les caniveaux vomir ces déchets et 80 % c’est des déchets plastiques », a-t-il souligné.

Mais pour lui, la disparition des sachets d’eau pourrait avoir des conséquences sur les populations qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour acheter régulièrement de l’eau en bouteille.

« Maintenant, en ce qui concerne l’effet que ça va avoir sur la population, l’interdiction des sachets d’eau, c’est là où il va y avoir un petit problème », a-t-il martelé.

Le médecin redoute notamment un recours accru à des sources d’eau dont la qualité sanitaire n’est pas toujours garantie. « Il n’y a pas assez d’eau courante dans les pompes. Il n’y a pas assez de forages. Même ces forages, l’eau de ces forages n’est pas exempte de germes tels que les coliformes qui peuvent provoquer la diarrhée, la typhoïde. Les puits avec la nappe phréatique dans certaines zones, ce n’est pas totalement certain. Donc ce qui peut arriver, c’est qu’avec cette interdiction de sachets d’eau plastique abordable, c’est-à-dire à un prix de 500 francs, il va y avoir beaucoup de maladies hydriques », a-t-il soutenu.

Parmi les maladies hydriques évoquées figurent notamment la diarrhée, la dysenterie, la fièvre typhoïde, la salmonellose et, dans les cas les plus graves, le choléra.

Face à cette situation, Dr Ben Youssouf Keïta recommande aux personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille de traiter l’eau provenant des puits, pompes ou forages avant sa consommation.

« Pour éviter donc que cela n’arrive, parce que la population n’a plus accès à ces sachets, qu’est-ce que la population doit faire ? C’est effectivement bouillir l’eau. C’est cette eau bouillie, refroidie, que je recommande à la population qui n’a pas la possibilité d’acheter de l’eau en bouteille de boire », a-t-il conseillé.

Selon lui, l’ébullition permet d’éliminer plusieurs germes responsables de maladies hydriques. « Quand vous bouillissez l’eau, les germes, le vibrion cholérique, la salmonelle, les coliformes qui sont des bactéries seront éliminées », a-t-il dit.

Le médecin met par ailleurs en garde contre une utilisation mal maîtrisée de l’eau chlorée, notamment lorsque les familles ne disposent pas des informations nécessaires sur les dosages. Il estime qu’un mauvais dosage peut entraîner des effets indésirables, particulièrement chez les enfants.

Au-delà de la lutte contre la pollution plastique, l’enjeu est donc désormais de garantir aux populations une alternative accessible aux sachets d’eau interdits. Pour le Dr Ben Youssouf Keïta, la sensibilisation au traitement domestique de l’eau, notamment par ébullition, doit accompagner les mesures environnementales afin de limiter les risques sanitaires pour les ménages les plus vulnérables.

Thierno Amadou Diallo

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