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RD Congo : Tshisekedi envers et contre toutes les alertes

« Celui qui est prédestiné à la chute est sourd aux avertissements », enseigne un adage populaire guinéen qui pourrait bien s’appliquer à Félix Tshisekedi. On croyait le dirigeant congolais refroidi dans ses velléités de troisième mandat par les menaces de son prédécesseur, Joseph Kabila, désormais à la tête du groupe politico-militaire du Front pour la refondation de la Nation (FRN). Il n’en est manifestement rien. Bien au contraire, l’adoption par le Sénat, le samedi 31 octobre, du projet de loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum, en vue notamment de l’adoption d’une nouvelle Constitution, montre clairement que le président Tshisekedi est déterminé à aller au bout de sa logique. Advienne que pourra. Encore que, dans cette entreprise, le chef de l’Etat n’est pas le seul à blâmer. Lui et l’ensemble de l’élite politique qui s’évertue à l’accompagner dans ce projet semblent s’être associés pour commettre un véritable crime sur le dos du Congo et des Congolais. Alors même qu’ils se révèlent incapables de satisfaire les aspirations les plus élémentaires de leurs compatriotes.

Advienne que pourra

En République démocratique du Congo (RDC), où les défis ne manquent pas, la petite idée d’un troisième mandat pour le président Tshisekedi continue de faire son chemin. Ni l’épidémie d’Ebola, ni les tensions sociopolitiques, ni la crise sécuritaire dans l’est du pays, avec en prime le nouveau mouvement lancé par Joseph Kabila, n’y changent rien. Farouchement résolu à s’offrir un bail supplémentaire à la tête du pays, le président n’en démord pas. Aucun agenda, aucun enjeu ne semble plus important à ses yeux. C’est ainsi qu’au milieu de cette crise multidimensionnelle, il a réussi à faire adopter le projet de loi sur les conditions d’organisation d’un référendum, d’abord par l’Assemblée nationale, le 23 octobre, puis par le Sénat, samedi dernier. Sur le plan juridique, plus rien ne s’oppose à son projet : le chemin est désormais balisé. D’autant que personne n’est dupe : les résultats du référendum sont connus d’avance. Du moins si la stabilité du pays permet la tenue de la consultation. Car, il faut bien l’admettre, cette obsession présidentielle ne manquera pas d’aggraver les risques qui guettent déjà la RDC.

Ils répondront devant l’Histoire

C’est là qu’il convient de souligner, au-delà du président Tshisekedi, la responsabilité de l’ensemble de l’élite, notamment politique, qui s’obstine à l’accompagner dans cette aventure plus que périlleuse. A commencer, bien sûr, par les parlementaires des deux chambres, qui viennent d’avaliser le projet de loi lui ouvrant les portes d’un troisième mandat. Eux, et tous les autres responsables et animateurs des institutions congolaises qui se sentent obligés, par cupidité, opportunisme ou vils intérêts, de s’associer à ce projet qu’ils savent pourtant nuisible au pays, se rendent coupables de trahison envers la mère patrie. Tous en répondront, non pas devant des juridictions, elles-mêmes complices de la forfaiture qui se prépare, mais devant l’Histoire. A l’heure du bilan, quand les nouvelles générations feront le constat des déficits divers et variés, ils seront tous rangés du côté sombre de l’histoire de la Nation.

Durer au pouvoir, une affaire de clan ou de clique

Bien sûr, certains voudront nous reprocher ce qu’ils pourraient appeler notre fétichisme de la limitation des mandats. Ils nous opposeront, comme d’habitude du reste, les cas d’Angela Merkel, de Vladimir Poutine, de Xi Jinping ou encore de Recep Tayyip Erdogan. Il faudra alors leur répondre qu’à la différence de ces dirigeants, qui, il est vrai, sont restés ou restent longtemps au pouvoir, chez nous, la longévité au pouvoir ne rime à rien. Qu’on approuve ou non ces dirigeants qu’ils se plaisent à brandir comme contre-exemples, il faut admettre qu’ils auront donné à leur pays une certaine singularité. Bien souvent, ils en ont fait des puissances qui comptent. Car, au-delà ou dans le sillage de leur petite personne et de leur entourage, ils sont souvent portés par la volonté de conférer à leur pays une certaine grandeur, un certain poids dans le concert des nations. Ce n’est pas toujours le cas des nôtres. Ici, durer au pouvoir est davantage synonyme d’accumulation de richesses et de privilèges par un clan ou une clique de dirigeants, pendant que le reste du pays végète dans la pauvreté, privé de routes, d’électricité, d’eau, d’écoles, de dispensaires… bref, du moindre service social de base. C’est aussi pour cela que les troisièmes mandats sont conflictogènes sous nos tropiques. En cela, la RDC est d’ailleurs une parfaite illustration. Il n’y a qu’à voir l’état que présente encore le pays, après 66 ans d’indépendance, dont 32 passés sous Mobutu et 18 sous Joseph Kabila. De quoi, à priori, faire réfléchir Tshisekedi. Hélas!

 Boubacar Sanso Barry

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