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Dar-Es-salam : de montagne de déchets à futur parc urbain

Après plusieurs années d’accumulation de déchets et de nuisances pour les populations riveraines, la décharge de Dar-Es-salam, dans la commune de Gbessia, amorce sa transformation. Le gouvernement a officiellement lancé, ce lundi, le projet de réhabilitation environnementale du site, entièrement financé par Winning International Group. L’initiative prévoit la sécurisation de la décharge, la réduction des risques sanitaires et environnementaux ainsi que son aménagement futur en parc urbain végétalisé. La cérémonie s’est déroulée en présence du Premier ministre Amadou Oury Bah, représentant le président de la République.

Selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, le site abrite environ 7,2 millions de tonnes de déchets accumulées sur près de trois décennies. Une situation qui a engendré de graves conséquences environnementales et sanitaires, notamment des émissions de méthane, des infiltrations de lixiviats dans les sols ainsi que des risques permanents d’incendies et d’éboulements.

Le ministre est notamment revenu sur le drame du 23 août dernier, qui a coûté la vie à six personnes, dont des ressortissants sierra-léonais. Une tragédie qui, selon lui, souligne l’urgence de mettre un terme aux dangers liés à l’exploitation de cette décharge.

« En cet instant solennel, je renouvelle, au nom de mon département, notre profonde compassion aux familles des victimes, notre solidarité aux sinistrés et nos pensées aux blessés. Que les disparus reposent en paix », déclare Aboubacar Camara.

Pour le ministre, la fermeture de ce site constitue une étape décisive dans la politique d’assainissement de la capitale. Il estime que les efforts déployés pour améliorer le cadre de vie des populations resteront insuffisants tant que cette décharge continuera de fonctionner.

« Dar-Es-salam était devenu une honte nationale, il faut le dire. Malgré les efforts consentis pour assainir Conakry, tant que cette décharge demeurait ouverte, rien n’avait d’impact. Sa fermeture n’est donc pas une réussite parmi d’autres, elle est la condition de toutes les autres. C’est un événement historique », affirme-t-il.

Sur le plan technique, les travaux porteront notamment sur la stabilisation du massif de déchets, sur une superficie annoncée de 280 000 mètres carrés, la mise en place d’une couverture étanche, l’installation d’un système de drainage ainsi que le captage et le traitement des gaz. Ces interventions visent à réduire durablement les risques d’éboulement, d’incendie et de pollution.

Le financement et la réalisation du projet sont assurés par Winning International Group. Son président, Sun Tsun, explique que la décision de l’entreprise fait suite au drame survenu sur le site, mais également à sa volonté de contribuer à l’amélioration du cadre de vie des populations guinéennes.

« Winning International Group est implanté en Guinée depuis 12 ans. Nous sommes profondément attachés à cette terre et à son peuple. Face à l’appel du chef de l’État, nous avons senti qu’il était de notre devoir d’agir. C’est pourquoi Winning a décidé de financer intégralement ce projet et d’en faire don au peuple guinéen », souligne-t-il.

Le responsable du groupe assure que les travaux seront exécutés conformément aux normes internationales en matière d’ingénierie et de protection de l’environnement. À terme, l’ancienne décharge devrait céder la place à un parc urbain végétalisé, ouvert aux populations.

« Nous espérons qu’un jour les arbres y offriront leur ombre, que les enfants pourront y jouer en toute sécurité et que les gens pourront s’y promener paisiblement, que cette maison de la paix devienne véritablement un lieu de verdure, de vie et d’espoir », projette Sun Tsun.

Présidant la cérémonie au nom du chef de l’État, le Premier ministre Amadou Oury Bah a, pour sa part, insisté sur la portée sociale et environnementale de cette initiative. Il estime que la réhabilitation de Darsalam doit avant tout permettre de garantir un environnement plus sûr aux habitants des quartiers environnants.

Le chef du gouvernement a également appelé à une vigilance accrue tout au long du chantier, notamment en ce qui concerne la stabilité du site, les eaux polluées et les émissions de gaz.

« La réalisation du chantier exige une maîtrise rigoureuse des risques liés à la stabilité du site, aux eaux polluées et aux émissions de gaz. La protection des riverains et des travailleurs guidera chaque intervention. L’usage futur des espaces restera soumis aux vérifications des services compétents. Leur entretien et leur surveillance doivent être organisés dès maintenant », précise-t-il.

Amadou Oury Bah a par ailleurs annoncé qu’il assurerait personnellement le suivi de l’exécution du projet. Il a invité les services concernés à veiller à la bonne coordination des travaux et au respect des engagements pris. Il a également insisté sur l’implication des populations riveraines dans les différentes étapes de la transformation du site.

Toutefois, les autorités reconnaissent que la réhabilitation de Dar-Es-salam ne suffira pas, à elle seule, à résoudre l’ensemble des problèmes d’insalubrité en Guinée. Le ministre Aboubacar Camara plaide ainsi pour la mise en place d’un mécanisme de financement pérenne couvrant toute la chaîne de gestion des déchets, de la précollecte à leur valorisation.

« Car la précollecte, la collecte, le transport, le tri et la valorisation des déchets forment une chaîne continue dont chaque maillon a un coût permanent et que, malheureusement, le budget national ne peut porter seul. Les leviers existent : le principe pollueur-payeur, une contribution de salubrité, une redevance sur la mise en décharge et les partenariats publics et privés », explique-t-il.

En lançant officiellement ce projet au nom du président de la République, Mamadi Doumbouya, le Premier ministre Amadou Oury Bah affiche l’ambition des autorités de tourner la page d’un site longtemps associé à la pollution et aux drames humains. Reste désormais à concrétiser cette promesse : faire de l’ancienne décharge de Dar-Es-salam un véritable espace de verdure, de loisirs et de convivialité, tout en garantissant la sécurité et la durabilité des aménagements.

Thierno Amadou Diallo

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