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Sahara occidental : la MINURSO et le R de la discorde

S’il n’en émanait pas un risque d’affrontement entre deux pays africains, on pourrait presque en rire. Car, d’un certain point de vue, ce qui s’est joué vendredi dernier aux Nations unies au sujet de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (MINURSO) a quelque chose de cocasse. Un dispositif neutre qui, depuis 35 ans, veillait au respect du cessez-le-feu dans ce territoire au statut controversé, a été rayé d’un trait en raison d’une discorde autour de la lettre R. Un R renvoyant à un référendum que les Américains, en parrains de Rabat, ne veulent plus, mais que les Russes, agissant pour le compte d’Alger, souhaitent maintenir coûte que coûte. Nanties du droit de veto, chacune des puissances a bloqué la résolution portée par l’autre. Conséquence : plus de MINURSO, et pas davantage de MINUSO, sa version lestée de la lettre R.

Quand le Maroc et l’Algérie s’affrontent sur le ring des Nations unies, par Etats-Unis et Russie interposés ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les deux pays nord-africains, ne pesant pas assez par eux-mêmes dans les instances internationales, sont passés respectivement par Washington et Moscou. Le Maroc, tout d’abord, s’abrite sous le parapluie américain et, plus largement, derrière le bloc occidental, dont la France et l’Espagne, avec son propre plan d’autonomie. Ces dernières années, le Royaume chérifien semblait avoir pris une longueur d’avance, en ralliant à sa cause bon nombre d’acteurs de la communauté internationale. Mais avec l’impasse de vendredi dernier aux Nations unies, les cartes pourraient avoir été quelque peu rebattues. La Russie, en bloquant la résolution que portaient les États-Unis, redonne un peu de souffle au camp du Front Polisario, que l’Algérie soutient, avec pour leitmotiv le référendum d’autodétermination.

D’ores et déjà, la conséquence immédiate de cet imbroglio est le démantèlement et le départ de la MINURSO. Tirant les leçons de la fin brusque et plutôt inattendue de sa mission au Sahara occidental, l’ONU s’efforce de gérer au mieux la liquidation à laquelle elle est contrainte. Son secrétaire général, António Guterres, sur le départ, dit redouter un « risque d’escalade » à la suite du non-renouvellement de la MINURSO. Cette inquiétude est d’autant plus légitime que le Maroc, qui semble se satisfaire du dessaisissement de fait de la question du Sahara occidental par les Nations unies, entend manifestement faire prévaloir le fait accompli, via la mise en œuvre forcée de son plan d’autonomie. Sauf que, dans ce contexte de tension et de surchauffe, une telle perspective pourrait être perçue comme une provocation par les indépendantistes du Front Polisario. Ce qui pourrait déboucher sur une confrontation entre Rabat et Alger, tant chacune des parties semble camper sur sa position. Et cette confrontation est d’autant plus à redouter qu’il est désormais établi qu’elle pourrait, au-delà de ces pays maghrébins, mettre aux prises les blocs Ouest et Est, voire le Nord et le Sud global. Ce, à la suite des champs de bataille que constituent notamment le Sahel, l’Ukraine et le Moyen-Orient.

Boubacar Sanso Barry

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