L’actualité récente en Haute-Guinée, particulièrement dans la préfecture de Siguiri, alimente les conversations et suscite parfois des interprétations hâtives. Entre la décision d’interdire l’orpaillage artisanal, le limogeage de 479 responsables de districts et quartiers, et la radiation de 22 administrateurs territoriaux par le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, le pouvoir central a posé un acte d’une sévérité inédite. Parallèlement, le départ massif d’orpailleurs ressortissants du Burkina Faso vers Bamako a donné lieu à des narratifs complaisants, suggérant une vague d’expulsions ciblées ou xénophobes.
Une analyse objective des faits impose de dissocier le bruit ambiant des réseaux sociaux de la réalité juridique, environnementale et administrative du dossier.
Une décision ancrée dans la légalité et la souveraineté de l’État
Sur le plan strictement juridique, l’action du gouvernement guinéen s’inscrit pleinement dans le cadre du Code minier et du Code de l’environnement de la République de Guinée. La régulation, voire la suspension temporaire ou définitive des activités minières artisanales lorsqu’elles menacent l’ordre public ou la salubrité publique, relève des prérogatives régaliennes fondamentales de tout État souverain.
La légitimité de cette mesure repose sur un constat alarmant : la dégradation accélérée du bassin versant du fleuve Niger et des terres agricoles de la région de Siguiri. L’usage incontrôlé de produits chimiques hautement toxiques, à commencer par le cyanure et le mercure, pour l’extraction et le traitement de l’or artisanal, constitue un danger sanitaire immédiat pour les populations riveraines et une catastrophe écologique irrémédiable pour les générations futures.
L’exode des orpailleurs : un amalgame à déconstruire
Pour l’observateur non averti, la coïncidence entre la décision d’interdiction et les mouvements de population transfrontaliers a pu prêter à confusion. Il est crucial de rétablir la vérité des faits : le départ des ressortissants burkinabè vers le Mali ou leur pays d’origine ne résulte nullement d’un arrêté d’expulsion visant une nationalité spécifique, mais bien des conséquences économiques mécaniques de l’arrêt des activités d’extraction.
Cette problématique d’exploitation nocive dépasse d’ailleurs largement les frontières guinéennes. Pour preuve, le président de la transition burkinabè lui-même, le capitaine Ibrahim Traoré, dénonçait publiquement, dans une récente intervention, les ravages causés par certains de ses propres compatriotes utilisant du cyanure dans les sites d’orpaillage au Burkina Faso.
Cette prise de parole du chef de l’État burkinabè illustre parfaitement qu’il ne s’agit en aucun cas d’un différend nationaliste ou d’une stigmatisation des citoyens d’un pays voisin, mais d’un combat continental et partagé contre un mode d’exploitation destructeur.
Sanctionner la gouvernance locale : le signal de la responsabilité
La sanction sans précédent infligée à l’appareil administratif local (22 administrateurs territoriaux radiés et 479 chefs de districts et quartiers démis de leurs fonctions) démontre que la réponse de l’État vise d’abord des défaillances internes. Ces mesures disciplinaires viennent réprimer la complicité, la tolérance passive ou le laissez-faire d’autorités locales ayant fermé les yeux sur des pratiques illégales et polluantes au détriment de l’intérêt général.
En assainissant la chaîne de commandement territorial, le gouvernement entend rappeler une règle simple : la responsabilité de la protection de l’environnement et de la santé publique commence au cœur même des institutions de l’État.
La décision des autorités à Siguiri ne saurait être réduite à une simple opération sécuritaire ou à un contentieux migratoire. Elle répond à un impératif de préservation de l’écosystème guinéen et de santé publique. En recadrant le débat autour de ses enjeux réels, la lutte contre la pollution au cyanure et la défaillance des cadres administratifs, la Guinée rappelle que la souveraineté environnementale ne se négocie pas.
Mamadou Oury DIALLO


