A travers sa pépinière de Canga, dans la préfecture de Beyla, Rio Tinto Simfer entend contribuer à la sauvegarde de la biodiversité végétale du massif de Simandou. Lors d’une immersion sur le site, Dr Denise Molmou, spécialiste de la flore du projet, a expliqué les efforts engagés pour identifier, multiplier et préserver des espèces végétales rares, dont certaines sont endémiques à cette zone. Un travail scientifique d’autant plus important que certaines de ces plantes risquent de disparaître avec la transformation de leur habitat naturel.
Au cœur des activités de préservation environnementale du projet Simandou, la pépinière de Canga constitue un espace stratégique pour la conservation du patrimoine végétal de la région. Ici, l’enjeu ne se limite pas à produire des plants, mais consiste surtout à sauvegarder des espèces parfois rares, voire endémiques, dont la présence est étroitement liée à l’écosystème du massif de Simandou.

Rencontrée sur le site à l’occasion d’une immersion organisée autour du projet, Dr Denise Molmou, spécialiste de la flore pour Rio Tinto Simfer, a insisté sur la particularité de cette pépinière. Contrairement aux espaces classiques de production végétale, celle de Canga accueille exclusivement des espèces natives et indigènes.
« Ce qu’on doit d’abord chercher à comprendre au niveau de la pépinière, c’est que nous n’avons seulement que des espèces natives, des espèces indigènes. Il n’y a pas d’espèces exotiques. Et donc, notre objectif ici est de chercher à comprendre comment multiplier ces espèces. Vu qu’elles sont vraiment des espèces rares, la plupart sont des espèces d’importance socio-économique qui sont utilisées par les communautés, comme des plantes médicinales, des plantes alimentaires, ainsi que des plantes qui sont utilisées comme des matériaux pour la construction. Il y en a d’autres qui sont des plantes d’importance écologique. Donc, pour multiplier celles-ci, ce n’est vraiment pas du tout facile. C’est pourquoi on se fixe des objectifs. Il peut même se trouver que d’autres sont vraiment des espèces rares, voire même endémiques. Donc, on les trouve ailleurs si ce n’est pas ici, à ce moment-là », explique-t-elle.


La conservation de ces espèces ne s’improvise pas. Leur multiplication nécessite des recherches approfondies, notamment sur leur germination, leur développement et leur adaptation à de nouveaux milieux. Pour la spécialiste, chaque étape doit être maîtrisée avant d’envisager une transplantation dans un autre environnement.
« Un objectif, c’est de commencer à faire germer d’abord l’espèce, de son état de germination tout au long de son cycle, jusqu’à ce que la plante soit en mesure d’être transplantée dans une autre localité. Parce qu’il y a une forte probabilité que, quand la plante change d’habitat naturel, elle devienne une plante envahissante. Donc, il faut suivre toutes ces étapes avant de les faire transplanter ailleurs », précise Dr Denise Molmou.
Les résultats enregistrés à la pépinière témoignent déjà de l’ampleur du travail accompli. Au total, 8 000 plants issus de 27 espèces végétales ont été produits, avec une attention particulière accordée aux espèces présentant un enjeu majeur de conservation.

« On a produit 8 000 plantes provenant de 27 espèces végétales. Donc, nous avons donné priorité aux espèces de conservation. Tout simplement parce qu’on est en train de perdre l’habitat de certaines espèces qui sont vraiment uniques dans la zone et que nous n’avons pas la possibilité de les trouver ailleurs. La raison pour laquelle vous trouvez d’autres espèces qui sont là, qui sont déjà en floraison, qui sont en fructification, c’est que le plan est de les collecter sur place », souligne-t-elle.
Parmi les espèces qui retiennent particulièrement l’attention des équipes figure une plante endémique découverte dans la zone de Simandou en 2012. Sa rareté et ses difficultés de reproduction en font un véritable défi pour les spécialistes de la conservation.
« Si je prends, par exemple, une des espèces vraiment problématiques de Simfer, je vous donne le nom de Eryosomatis formam. C’est une espèce endémique qui a été trouvée ici, à Simandou, en 2012. Et depuis cette période jusqu’à nos jours, nous avons mené des études un peu partout avec des experts. Donc, on les a invités, ils sont venus, on a cherché un peu partout, on ne l’a pas trouvée. Et l’espèce, surtout qu’elle produit des graines, vous allez trouver que, si on en collecte beaucoup, c’est 100 graines par an. Donc, pour conserver cela, c’est tout à fait un problème. Mais là, comme je viens de vous le dire, l’espèce est là, à la pépinière, on cherche comment la multiplier. Et il y a autre chose qui est derrière ça. L’espèce ne pousse qu’après le passage du feu de brousse. Et nous savons que le feu de brousse est aussi vraiment une des menaces pour certaines espèces, mais cela favorise aussi l’apparition de l’espèce », révèle la spécialiste.


Une autre espèce, appelée Teguimela, présente également des difficultés particulières de conservation. Sa dispersion naturelle dépend notamment des éléphants, devenus rares en Guinée. À cela s’ajoute la nature de ses graines, dites récalcitrantes, qui nécessitent des techniques spécifiques de conservation et de germination.
« Il y a d’autres espèces qu’on appelle Teguimela. C’est quoi ? Teguimela, c’est une espèce vraiment très rare qu’on a trouvée ici au moment des inventaires. Mais sa distribution présente beaucoup de défauts parce qu’elle est distribuée par des éléphants. Et nous connaissons comment les éléphants sont très rares en Guinée. Donc, cela fait que, pour la réintroduire dans la forêt, il faut prendre assez de temps. Ses graines sont récalcitrantes. Donc, il faut connaître les méthodes de multiplication avant de les faire germer », explique-t-elle.
Cette démarche de conservation bénéficie également de l’accompagnement de Kew Gardens, institution britannique de renommée internationale spécialisée dans la recherche botanique et la conservation de la biodiversité végétale.
La collaboration a notamment permis d’identifier plus de 1 400 espèces végétales dans la zone, parmi lesquelles 42 sont considérées comme prioritaires en matière de conservation et évaluées selon les catégories de menace de la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).


« Kew Gardens est une institution reconnue sur le plan mondial comme une institution de recherche et de conservation de la biodiversité végétale. Ensemble, nous avons identifié plus de 1 400 espèces végétales. Et donc, 42 espèces sont considérées comme des espèces de conservation qui sont évaluées sur la Liste rouge de l’UICN : en danger critique, en danger et vulnérables », indique Dr Denise Molmou.
Au-delà de la production de plants, la pépinière de Canga illustre ainsi les enjeux liés à la préservation de la biodiversité dans une zone appelée à connaître d’importantes transformations avec le développement du projet Simandou. La sauvegarde des espèces rares, le maintien de leur diversité génétique et la restauration des habitats naturels constituent autant de défis pour éviter que certaines richesses végétales ne disparaissent définitivement.
N’Famoussa Siby


