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AFRIQUE DE L’OUEST : quand la CEDEAO zappe l’insécurité

Les responsables des pouvoirs de Transition en cours dans la sous-région ouest-africaine ne sont pas toujours dignes de confiance. On sent de la part des uns et des autres une prédisposition à vouloir exploiter la fibre nationaliste d’une partie de l’opinion publique pour demeurer le plus longtemps possible au sommet de l’Etat, tout en masquant les échecs relatifs de leur gestion. Les exigences des instances régionales et internationales à leur endroit étant alors abusivement présentées comme le reflet d’un persistant néocolonialisme. Mais force est de constater qu’à la décharge des autorités maliennes et burkinabè notamment, les deux pays font face à une crise sécuritaire tout aussi réelle que préoccupante. Or, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) semble nier cet état de fait. En tout cas, elle ne s’en préoccupe pas à la hauteur du défi. Et c’est pourquoi elle est de plus en plus inaudible et que, par ailleurs, le phénomène des putschs, au lieu de réfréner, semble avoir plutôt du vent en poupe.

Dans les salons feutrés des sommets…

Que le président Umaro Sissoco Embalo et ses homologues exigent du colonel Mamadi Doumbouya, Assimi Goïta et désormais Ibrahim Traoré, le retour rapide à l’ordre constitutionnel, quoi de plus normal ? Aucune organisation qui se veut respectable ne devrait en effet s’accommoder d’un mode de dévolution du pouvoir qui ne soit pas celui des urnes. C’est un principe qu’il importe d’enraciner. Il y va de la stabilité institutionnelle dans les différents pays. Pour autant, que vaut une telle exigence pour les habitants de la ville de Djibo, dans le nord du Burkina Faso, qui depuis plus de 7 mois symbolise la perte de contrôle d’une partie du territoire par l’Etat burkinabè ? Dans les salons feutrés des sommets de l’organisation régionale, se met-on seulement à la place de ces populations livrées à la merci de terroristes de tout acabit dans des zones reculées du Mali et du Burkina ? Pense-t-on à la douleur que ressent une mère de famille dont l’unique enfant a été emporté par la spirale djihadiste ? Et que dire de ces millions de Maliens et de Burkinabè chassés de leurs domiciles respectifs et ne réussissant à survivre que grâce à l’aide des ONG humanitaires ? Comment expliquer le silence de la CEDEAO sur ces nombreux drames humains ? Comment peut-elle espérer délivrer des messages audibles en faisant l’impasse sur cette tragique réalité ?

Politique de l’autruche

Non, personne ne dit qu’au nom de cette insécurité qui risque de s’étendre à toute la région, les pouvoirs de transition doivent avoir la vocation de demeurer éternels. Mais la politique de l’autruche qu’adopte la CEDEAO n’est pas non plus concevable. Avec toutes les victimes en termes de pertes en vies humaines, de blessés, de déplacés et même de réfugiés, cette question à elle seule mériterait un sommet à part entière. Bien sûr, on s’attend toujours à ce que certains nous rétorquent que les pays de la sous-région n’ont pas les moyens d’y faire face. Mais tout n’est pas affaire de moyens et par ailleurs, l’empathie et la compassion ne requièrent pas toujours de l’argent. Encore que, si les dirigeants de la sous-région avaient manifesté à la question sécuritaire un intérêt authentique, ils auraient sans doute réussi à attirer l’attention de partenaires susceptibles d’aider à inverser la tendance.

Passivité, indifférence

Mais en réalité – et en dépit de tous les reproches fondés qu’on peut faire notamment aux autorités maliennes – Alassane Ouattara, Macky Sall et les autres demeurent des leaders trop distants des préoccupations quotidiennes des populations. Ces dernières ne sont importantes à leurs yeux qu’à l’occasion des moments fugaces de campagnes électorales. En ce qui concerne le cas particulier de l’insécurité, les dirigeants de la sous-région semblent avoir fait le choix délibéré d’en laisser la gestion aux seuls pays concernés. Or, à ce rythme-là, tous vont finir par se faire engloutir par l’hydre terroriste. Pourtant, la CEDEAO n’ignore pas les conséquences de son attitude empreinte tout à fois de passivité et d’indifférence. Elle dont le silence face aux coups d’Etat constitutionnels est en réalité à l’origine des soubresauts que traversent aujourd’hui bon nombre de ses pays membres.

Boubacar Sanso Barry

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