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Retirer 16 millions GNF ? Le parcours de combattant d’un entrepreneur guinéen

Alors que le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) affirme qu’il n’y a «pas de crise de liquidité », les réalités sur le terrain racontent une tout autre histoire. Deux jours plus tard, ce vendredi 4 juillet, notre rédaction recevait le témoignage d’un entrepreneur incapable de retirer 16 millions GNF de ses comptes bancaires.

Une tournée bancaire infructueuse

Oumar Sy, gestionnaire d’une petite entreprise, a vécu un véritable parcours du combattant en tentant de retirer la somme nécessaire au paiement des salaires de ses employés.

Très tôt ce matin-là, il se rend à une première agence bancaire à Lambanyi, muni de son chèque. À sa grande surprise, la caissière lui annonce froidement : « Monsieur, vous ne pouvez pas avoir ce montant ici. On ne paie pas plus de 3 millions ».

Elle lui suggère alors de tenter sa chance dans une autre agence.

Confiant, il prend sa moto et se rend à la seconde banque. Mais là encore, même scénario.

« Désolé, cette somme n’est pas disponible. On ne donne que 4 millions », déclare la caissière.

Tentant de négocier, Oumar demande combien il peut espérer avoir.

« On peut faire un effort pour 5 millions. Au-delà, c’est impossible », tranche la caissière, avant de lâcher la phrase désormais récurrente dans les établissements bancaires : « Allez-y devant ».

Jusqu’à Kaloum, sans issue

Déterminé, Oumar met le cap sur Kaloum, le centre névralgique de l’administration guinéenne, siège de la BCRG et du gouvernement. Il espère y trouver une solution.

Mais sur place, l’ambiance est morose. Clients silencieux, visages tendus, allées et venues inquiètes… Le vigile de la banque l’interpelle dès l’entrée : « Bonjour Monsieur, que voulez-vous ? », « Faire un retrait », répond Oumar.

Le vigile, sans détour : « Si c’est trop, ce n’est pas possible. Ici, c’est 5 millions maximum ».

Une affirmation que confirmera la caissière, une fois le chèque de 16 millions présenté.

« Ce n’est pas possible Monsieur. Allez à Madina. Ici, on ne paie que 5 millions », a-t-elle coupé court.

Mais à Madina aussi, même constat, même refus.

Des entrepreneurs à bout

Comme Oumar Sy, de nombreux chefs d’entreprises et citoyens guinéens sont confrontés quotidiennement à ce blocage bancaire inédit. Les files d’attente s’allongent, la tension monte, et les paiements stagnent. Les entreprises, surtout les PME, sont à bout de souffle.

Pour tenter de remédier à cette pénurie de billets, la Banque centrale a annoncé un plan d’urgence :

  • 500 milliards GNF attendus en août
  • 1 500 milliards en septembre
  • 600 à 700 milliards supplémentaires en octobre

Mais en attendant ces arrivages, c’est toute une économie qui tourne au ralenti, et des milliers de travailleurs qui risquent de ne pas percevoir leur salaire à temps.

N’Famoussa Siby 

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