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Bénin : Patrice Talon, un exemple surcoté ?

Dans un contexte africain marqué depuis quelques années par une régression, voire un renoncement progressif à l’idéal démocratique, le Bénin avait semblé incarner l’un des rares îlots d’espérance. En particulier, la confirmation par le président Patrice Talon qu’il ne briguerait pas un troisième mandat avait séduit, d’autant qu’il s’agissait d’un choix plutôt singulier. Au point que, dans le sillage des lauriers qui lui étaient tressés, on avait soudain oublié le sort des détenus politiques, dont Reckya Madougou. Mais peut-être avons-nous célébré trop tôt le chef de l’Etat béninois : entre l’absence de fait de l’opposition à la prochaine présidentielle et les récentes modifications constitutionnelles aux objectifs suspects, la victoire démocratique que l’on croyait entrevoir paraît bien illusoire.

Patrice Talon aurait-il dupé tout le monde ? C’est possible. En tout cas, les félicitations suscitées par sa décision de désigner Romuald Wadagni comme dauphin apparaissent désormais surestimées. Certes, dans un contexte où, au Cameroun, Paul Biya vient de s’offrir un huitième mandat, et où, en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara entame à peine son quatrième, le fait que Patrice Talon accepte de s’en tenir à deux mandats pouvait légitimement séduire une partie de l’opinion publique africaine. Mais il convient de rappeler qu’un président qui respecte la Constitution de son pays ne doit pas pour autant faire oublier certains passifs accumulés au cours de sa gouvernance. Or, c’est précisément ce qui s’est produit au Bénin : dès l’annonce officielle de son intention de passer la main, beaucoup ont soudain occulté les détentions d’opposants, les restrictions des libertés — notamment de la presse — ou encore des réformes jugées discriminatoires envers l’opposition.

Et justement : si Patrice Talon a choisi de s’en aller, la prochaine présidentielle ne devrait pourtant être qu’une formalité. En l’absence de candidat de l’opposition, opportunément recalé pour des questions de parrainage, Romuald Wadagni semble parti pour être élu sans véritable compétition. Le Bénin s’achemine ainsi vers une démocratie sans rivalité électorale, tandis que le président sortant continue d’affirmer qu’il n’a rien à voir avec tout cela.

Alors même que l’on débattait de la lente disparition de l’opposition, un nouveau rebondissement est apparu : la réforme constitutionnelle que le camp présidentiel semblait conserver sous le manteau. Une modification adoptée dans la nuit de vendredi à samedi par l’Assemblée nationale, aux conséquences majeures : prolongation du mandat du président, des députés et des maires de cinq à sept ans, et création d’un Sénat. C’est ce dernier point qui inquiète particulièrement. En soi, l’existence d’un Sénat ne change pas grand-chose. Mais dans le cas du Bénin, un élément interpelle : aucun futur sénateur ne sera élu. Tous seront membres de droit ou désignés. Et détail ultime : parmi les membres de droit figureront… les anciens présidents. Évidemment, diront certains. Beaucoup y voient un point de chute soigneusement aménagé par Patrice Talon lui-même.

Boubacar Sanso Barry

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