Jeudi matin à Boké, la ville s’est éveillée sans le brouhaha habituel des élèves se dirigeant vers les écoles. Pourtant, la grève générale de l’Intersyndicale, entamée le 1ᵉʳ décembre et suspendue la veille, laissait espérer une reprise immédiate des cours. Dans la réalité, les salles de classe sont restées vides et les établissements plongés dans un silence lourd.
Au complexe Fillira, le plus grand établissement public de la région, le contraste est frappant. Aux alentours de 10 heures, seules quelques silhouettes d’encadreurs occupent la vaste cour. Le proviseur déambule, visiblement contrarié. Trois salles ont été ouvertes, comme pour donner l’illusion d’une reprise, mais les bancs restent désespérément vides. Les autres classes n’ont même pas été déverrouillées. Aux abords de l’école, aucun élève, aucun attroupement : absolument rien.
Le centre-ville offre le même tableau. À Goréye, à l’école primaire du Centre ou encore à Hadja M’Mah, les cadenas suffisent à raconter l’échec de la reprise. Portails clos, directions désertes, cours silencieuses : toute la ville semble suspendue dans l’attente d’un retour à la normale.
Même les établissements privés, généralement plus prompts à réouvrir, sont restés figés. Au Groupe Excellence, au Groupe ALDEX et dans plusieurs écoles réputées, encadreurs et élèves ont préféré la prudence. Certains responsables confient discrètement leur crainte d’éventuelles attaques, comme celles enregistrées récemment dans quelques établissements.
Et partout, un constat s’impose : Boké est vide de ses élèves. Aucune tenue scolaire à l’horizon, aucun groupe d’enfants, aucune agitation habituelle. Les rares élèves rencontrés chez eux expliquent qu’ils ne reprendront le chemin de l’école que lundi, « le temps que les choses se stabilisent ».
À Boké, la grève semble avoir laissé une méfiance tenace. Et même si elle est suspendue, la reprise, elle, devra encore patienter.
Mamadou Bah depuis Boké


