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Capital humain : la clé de la réussite de Simandou au centre des débats du SADEN 2026

À l’heure où le projet Simandou 2040 entre dans une phase décisive de son développement, la question des compétences et de l’emploi s’impose comme l’un des principaux défis de la transformation économique guinéenne. Réunis lors d’un panel consacré au capital humain dans le cadre de la 5e édition du Salon des Entrepreneurs de Guinée (SADEN), responsables institutionnels, experts en ressources humaines et partenaires au développement ont insisté sur l’urgence de préparer les PME et la main-d’œuvre nationale à répondre aux exigences de ce mégaprojet.

Pour l’Agence belge de développement (Enabel), l’adaptation de l’offre de formation aux besoins du marché est déjà en marche. Emmanuelle Nuccia Bouiti Amekoudi, cheffe de projet du Programme FIERE, a détaillé les efforts engagés pour rapprocher davantage la formation professionnelle des réalités du secteur privé.

« Au sein des directions, on a déjà cette démarche : il y a quelques mois, nous avons fait une revue de plus de 16 référentiels métiers pour les Centres de Formation Professionnelle (CFP) avec le ministère, en intégrant pleinement le secteur privé. On travaille aussi sur des parcours en formation duale et en alternance pour 1200 jeunes. L’insertion est un enjeu majeur : on peut former, mais insérer les jeunes et créer de la valeur autour du travail décent en est un autre, et nous avons besoin des entreprises pour cela », a-t-il souligné.

Au-delà des compétences techniques, les intervenants ont souligné l’importance grandissante des qualités comportementales dans l’accès à l’emploi. Pour les recruteurs, le déficit de savoir-être constitue aujourd’hui un frein majeur à l’employabilité.

Hadja Issagha Diallo, présidente du Conseil Guinéen des Professionnels en Ressources Humaines (COGUIPRO-RH), a dressé un constat sans détour :  « L’employabilité aujourd’hui ne se définit pas seulement par le savoir-faire, mais tout autant par le savoir-être. Ce que les recruteurs recherchent, c’est la rigueur, la discipline, l’esprit d’équipe et le respect des règles de sécurité dans le contexte de Simandou 2040. Les sous-traitants évoluent dans des cadres contractuels rigoureux répondant à des standards internationaux élevés, et les candidats ont du mal à s’adapter à ces environnements exigeants. De plus, il nous manque des profils techniques intermédiaires capables de transformer les stratégies en actions ».

Face à ces défis, plusieurs modèles africains apparaissent comme des sources d’inspiration. Roadath Aminou, fondatrice de la plateforme béninoise Entourage, a mis en avant des expériences réussies de valorisation rapide des compétences sur le continent.

Elle a notamment cité l’exemple du Ghana, qui a formé en quelques mois 15 000 techniciens à travers des programmes certifiants courts lors du développement de son industrie pétrolière. Elle a également évoqué le modèle rwandais, où les compétences acquises de manière informelle peuvent être reconnues officiellement, permettant à des milliers d’artisans d’accéder rapidement à une certification professionnelle.

Pour les acteurs directement impliqués dans le projet Simandou, le transfert de compétences constitue déjà une priorité stratégique. Damba Camara, directrice générale des ressources humaines de la Compagnie du Transguinéen (CTG), a présenté les ambitions du programme de contenu local.

« Pour nous, le transfert de compétences est une réalité vécue au quotidien. Notre programme de contenu local prévoit, d’ici 2028, la formation de plus de 200 conducteurs de locomotive guinéens et de plus de 7 000 employés directs et indirects. L’année dernière, nous avons organisé un grand job dating avec le ministère et cartographié plus de 500 diplômés des Écoles de Métiers (ÉAM) dans une base de données où nos sous-traitants piochent régulièrement. Nous travaillons aussi sur des plans de succession internes pour les postes critiques et nous recrutons activement au sein de la diaspora guinéenne à l’étranger », a-t-elle indiqué.

Prenant part aux échanges, le ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique, Alpha Bacar Barry, a invité les acteurs économiques à privilégier la performance et la création d’entreprises, tout en appelant à davantage de réalisme sur les capacités du tissu économique national.

« Nous n’avons pas beaucoup d’entreprises dans ce pays. Il faut qu’on opère un changement culturel pour que plus de personnes acceptent de créer des entreprises sans avoir peur de l’échec. Ne soyons pas dans l’autosatisfaction : à peine 400 entreprises en Guinée dégagent suffisamment de marge. On ne peut pas les surcharger en exigeant d’elles qu’elles emploient toujours plus, car la réalité d’une entreprise, c’est sa performance », a-t-il déclaré.

Le ministre a également rappelé les efforts engagés par le gouvernement pour améliorer l’accès des entreprises à la commande publique à travers des mécanismes dématérialisés et plus transparents. Un message fort qui résume l’esprit de ce panel : dans la perspective de Simandou 2040, la compétitivité des entreprises guinéennes reposera avant tout sur la qualité de leur capital humain.

Thierno Amadou Diallo

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