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Hubs de retour : l’Afrique prête à monnayer ses enfants ?

Le Parlement européen a adopté ce mercredi 17 juin le règlement sur le retour des migrants déboutés du droit d’asile, une réforme qui s’inscrit dans le cadre du durcissement de la politique migratoire de l’UE. Ce nouveau dispositif, dont l’adoption a été rendue possible par les voix des partis de droite et d’extrême droite, est surtout assorti de la création de « hubs de retour », ces plateformes que les pays de l’UE qui le souhaitent pourraient installer dans des pays tiers, en vue d’y convoyer les migrants qu’ils ne parviendraient pas à renvoyer dans leurs pays d’origine. L’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche et la Grèce exploreraient tout particulièrement cette option, décrite par certains comme un moyen dissuasif à opposer à ceux qui refuseraient de retourner dans leur pays d’origine, ou dont le pays d’origine refuserait de les accueillir. Si de nombreux organismes, notamment de défense des droits humains, dénoncent cette mesure en perspective, il est curieux de constater que certains pays africains sont, eux, disposés à accueillir ces fameux hubs de retour. Ce qui équivaut, en somme, à se rendre complice d’une Europe qui chasse d’autres Africains de son sol, contre quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Une attitude à rebours de ce panafricanisme dont on nous rebat les oreilles à chaque grande rencontre continentale.

Neuf pays candidats

La réforme venant à peine d’être approuvée par le Parlement européen, les accords ne sont pas encore formalisés avec les pays africains désireux d’accueillir lesdits hubs. Mais du côté européen, certains Etats sont si impatients qu’ils envisagent une mise en œuvre d’ici la fin de cette année, ou au plus tard en 2027. Dans cette perspective, une liste de pays africains pressentis pour conclure ces accords circule çà et là. On évoque notamment le Rwanda, le Ghana, le Sénégal, la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, l’Égypte, l’Ouganda et l’Éthiopie. Neuf pays du continent qui pourraient ainsi endosser le rôle de relais dans le renvoi de ressortissants africains hors de l’espace européen, contre quelques financements. Il y a là, en principe, quelque chose de gênant : il s’agit de l’utilisation de l’argent pour dresser des Africains contre leurs compatriotes. Pour un continent qui passe son temps à réclamer le respect, cela ne fait guère crédible.

Le cas Kagamé…

Pourtant, certains ont déjà conclu de tels accords. Le Rwanda, notamment, avait souscrit à un dispositif similaire avec le Royaume-Uni en 2022 — un accord que la Cour suprême britannique avait finalement jugé illégal en 2023, avant que le gouvernement travailliste n’y mette officiellement fin en 2024. Paul Kagamé, qui passe pour un modèle aux yeux de nombreux jeunes Africains, n’avait alors pas hésité à accepter ce type de marchandage contesté. Lui dont on dit qu’il incarne et porte une Afrique qui se veut respectée n’avait pas résisté à la tentation de percevoir plusieurs millions de livres sterling pour priver des migrants d’un parcours britannique qui aurait pu leur offrir formation ou stabilité. D’autres pays, tels le Cameroun, la RD Congo, le Ghana ou encore la Guinée équatoriale, ont conclu des arrangements migratoires comparables avec les Etats-Unis sous l’administration de Donald Trump.

Des partenaires mus par l’argent

Outre le fait qu’ils n’offrent pas toujours les garanties nécessaires de sécurité et de protection des droits des migrants qu’ils sont appelés à accueillir, ces pays africains appelés à abriter les hubs de retour participent, au passage, à une dégradation symbolique de l’image de l’ensemble du continent et de ses peuples. Perçus comme de simples « deals », ces arrangements renvoient de nos Etats l’image de partenaires mus avant tout par l’intérêt financier, prêts à sacrifier certains principes au profit de celui-ci. Par ailleurs, ces accords s’exposent également au soupçon d’opérations de corruption institutionnalisées entre Etats. Sur ce point, l’image de l’Europe elle-même n’est pas épargnée. Mais le cas des dirigeants africains paraît plus préoccupant encore, dans la mesure où ils semblent ici souscrire à une forme d’entente sur le dos de leurs propres frères et sœurs, qu’ils sont pourtant censés défendre et protéger.

Boubacar Sanso Barry

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