Le décès de Mamadou Djouma Bah, candidat au baccalauréat condamné pour fraude, continue de susciter une vive émotion à Kindia. Tandis que son père dénonce les circonstances ayant entouré son arrestation et appelle à la libération des autres élèves condamnés, le parquet et le ministère de l’Éducation assurent que le jeune homme n’est pas décédé en détention, mais à l’hôpital après avoir été remis à sa famille en raison de la dégradation de son état de santé.
La disparition de Mamadou Djouma Bah, élève en terminale sciences mathématiques au Groupe scolaire privé Souleymane Thiam, continue de faire réagir dans la cité des Agrumes. Âgé de 17 ans, le candidat au baccalauréat unique, session 2026, avait été condamné pour fraude lors des examens avant de succomber à l’hôpital régional de Kindia.
Originaire de Dalaba, le jeune homme s’était installé à Kindia depuis la 8ᵉ année pour poursuivre ses études, mais également afin de bénéficier d’une meilleure prise en charge de ses rhumatismes, une maladie dont il souffrait depuis plusieurs années.
Face à l’émoi suscité par ce drame, notre rédaction a recueilli les témoignages du père du défunt, les explications du procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kindia ainsi que la réaction officielle du ministère de l’Éducation nationale.
Profondément affecté, Boubacar Bah affirme que son fils n’a jamais eu le temps de lui expliquer ce qui s’était passé dans la salle d’examen avant son arrestation.
« Mon enfant était venu à Kindia depuis la 8ᵉ année jusqu’au baccalauréat. Cette année, lors du bac, il a eu le malheur d’être accusé de fraude et conduit devant les autorités. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la salle d’examen jusqu’à ce qu’il soit éliminé et condamné, car il n’a pas eu le temps de m’expliquer. Quand ils les ont arrêtés, ils les ont envoyés en prison, où ils sont restés pendant 14 jours. Mon enfant n’était pas en bonne santé. Il souffrait de rhumatismes et ne supportait pas le froid », a-t-il expliqué.
Le père du défunt estime que l’état de santé de son fils aurait dû être davantage pris en considération. Il appelle également les autorités à revoir le sort réservé aux autres élèves condamnés.
« Je demande aux autorités de faire beaucoup plus attention. Pour moi, un élève, un médecin ou un militaire ne devrait pas être condamné, parce que ce sont des personnes qui servent ou serviront la nation. (…) Je demande également aux autorités de prendre leurs responsabilités et de faire en sorte que les autres élèves condamnés soient libérés avant qu’ils ne perdent, eux aussi, la vie », a-t-il interpellé.
Interrogé sur cette affaire, le procureur de la République près le TPI de Kindia, Mamadou Bhoye Diallo, rejette toute allégation selon laquelle le jeune homme serait mort en prison. Il explique que les autorités judiciaires avaient pris des dispositions dès que son état de santé s’était aggravé.
« Ce jeune, Mamadou Djouma Bah, faisait partie des candidats condamnés pour fraude aux examens. Malheureusement, il est décédé des suites de ses rhumatismes, mais il n’est pas décédé en prison », a-t-il dit.
Le magistrat précise que le candidat avait déjà été évacué à deux reprises vers une structure sanitaire avant d’être confié à sa famille.
« Dès que le régisseur m’a informé de son état de santé, après l’avoir déjà conduit à deux reprises à l’hôpital, et comme son état ne s’améliorait pas, j’ai demandé qu’il soit remis à ses parents. Ce sont eux qui l’ont ensuite conduit auprès de son médecin traitant. C’est entre les mains de ce dernier que Mamadou Djouma est décédé », a-t-il déclaré.
Selon lui, les proches du jeune homme avaient confirmé qu’il souffrait de rhumatismes bien avant son interpellation.
« D’après ses parents, il souffrait déjà de rhumatismes, ce qui avait motivé son transfert à Kindia. Malheureusement, il s’est retrouvé dans cette situation. Nous sommes profondément attristés, car personne ne peut souhaiter la mort de son prochain », a-t-il souligné.
Quelques heures après l’annonce du décès, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (MENA-ETFP) a également réagi à travers un communiqué. Le département dit avoir appris « avec une profonde tristesse » la disparition de Mamadou Djouma Bah et adresse « ses sincères condoléances à la famille éplorée, à ses proches et à ses camarades de classe ».
Le ministère précise par ailleurs que, compte tenu de la dégradation de son état de santé, le candidat avait été évacué dans une structure sanitaire où il recevait des soins, avant d’être « remis à la disposition de ses parents par le Parquet ». Il insiste sur le fait que le jeune homme est « malheureusement décédé à l’hôpital et non en milieu carcéral, contrairement aux informations relayées par certains canaux ».
Le département dirigé par le ministre Alpha Bacar Barry conclut en s’inclinant « devant la mémoire de Mamadou Djouma » et en exprimant « sa profonde compassion à tous ceux qui sont affectés par cette tragique disparition ».
Le corps de Mamadou Djouma Bah a été remis à sa famille au quartier Sinania, dans la commune urbaine de Kindia, où il a été inhumé. Son décès continue de susciter de nombreuses réactions et relance le débat sur la prise en charge des détenus présentant des problèmes de santé, ainsi que sur les sanctions infligées aux candidats impliqués dans des cas de fraude aux examens nationaux.
Siby


