La diffusion par la télévision nationale d’images montrant Algassimou Diallo en détention à l’intérieur d’un établissement pénitentiaire, dimanche 6 septembre, ne met pas fin aux interrogations autour de son transfèrement à Macenta. Alors que l’administration pénitentiaire affirme vouloir garantir à l’ancien procureur de meilleures conditions de détention, ses avocats estiment que les images diffusées ne constituent pas les preuves officielles qu’ils réclament.
Vêtu d’une combinaison orange de détenu, Algassimou Diallo apparaît dans la séquence diffusée par la télévision nationale. L’ancien procureur s’est livré à une brève présentation, sans toutefois donner d’indication permettant d’identifier avec certitude le lieu ou la date de tournage.
Cette diffusion intervient alors que le Collectif de ses avocats avait réclamé aux autorités des éléments permettant d’établir la réalité de sa détention à la maison d’arrêt de Macenta.
Face aux interrogations suscitées par ce transfèrement, le Directeur national de l’Administration pénitentiaire, Mamadou Gando Bah, a expliqué que l’opération s’inscrivait dans une initiative plus large concernant plusieurs établissements pénitentiaires du pays.
«À la suite de cette initiative de transférer tous les détenus à l’intérieur du pays, nous nous sommes attelés pendant près de dix jours en train de travailler. Au total, autour de 1 600 détenus ont été transférés à Coyah, à Forecariah, à Labé, à Siguiri, à Kankan, à N’Zérékoré et à Macenta», a-t-il expliqué.
Concernant spécifiquement Algassimou Diallo, le responsable de l’administration pénitentiaire affirme que son transfèrement répond à la volonté de lui garantir de meilleures conditions de détention.
«Nous avons jugé utile de transférer M. Algassimou Diallo à la maison d’arrêt de Macenta pour lui offrir des conditions de détention les mieux acceptables», a-t-il souligné.
Mamadou Gando Bah assure par ailleurs que l’administration pénitentiaire n’entend pas interférer dans la procédure judiciaire visant l’ancien procureur.
«Nous rassurons l’opinion publique nationale et internationale que l’administration pénitentiaire n’a pas qualité d’en freindre à l’évolution du dossier judiciaire. Quelle que soit notre force, nous sommes là au service de la justice et du peuple de Guinée. La procédure initiée à l’encontre de M. Algassimou Diallo suivra normalement son cours», a-t-il conclu.
Les avocats maintiennent la pression
Mais du côté de la défense, les images diffusées à la télévision nationale ne constituent pas une réponse aux préoccupations soulevées.
Dans un troisième communiqué de presse daté du 7 septembre 2026 à Conakry, le Collectif des avocats d’Algassimou Diallo indique avoir pris connaissance de la séquence montrant leur client à l’intérieur d’un établissement pénitentiaire.
Les avocats reconnaissent que leur client «y apparaît vivant et sans entraves apparentes». Mais, selon eux, ces images ne permettent toujours pas d’établir que l’ancien procureur se trouve effectivement à la maison d’arrêt de Macenta.
La défense relève notamment que la vidéo ne permet d’identifier «ni le lieu ni la date de la prise de vues». Elle déplore également qu’aucun extrait du registre d’écrou n’ait été produit, qu’aucune visite n’ait été autorisée à la famille ou aux conseils et que le fondement légal du transfèrement n’ait toujours pas été communiqué.
Pour le Collectif, une diffusion télévisée ne saurait donc remplacer les éléments officiels permettant d’établir la situation pénitentiaire de leur client.
Les avocats rappellent que la détention doit notamment pouvoir être vérifiée à travers le registre d’écrou et que l’état du détenu doit pouvoir être apprécié directement par ses conseils et sa famille, et non uniquement à travers des images diffusées au public.
Une justification du transfèrement contestée
La défense soulève également ce qu’elle considère comme une contradiction dans les explications fournies par l’administration pénitentiaire concernant le transfèrement.
Selon les avocats, le Directeur national de l’Administration pénitentiaire aurait expliqué que le déplacement d’Algassimou Diallo était lié à une demande de renvoi présentée par la défense devant les chambres réunies de la Cour suprême.
Problème soulevé par le Collectif : cette demande a été mise en délibéré et la Cour suprême doit se prononcer le 8 septembre 2026.
Pour les avocats, invoquer une procédure dont l’issue n’est pas encore connue comme fondement du transfèrement soulève donc une question majeure. Ils estiment que cette justification serait difficilement conciliable avec le fait que la décision de la Cour n’a pas encore été rendue.
La défense relève également une différence avec l’explication donnée précédemment par l’administration pénitentiaire, qui évoquait plutôt des considérations liées à la gestion administrative des établissements pénitentiaires.
Le Collectif accuse par ailleurs les autorités d’avoir exposé publiquement son client alors qu’il se trouvait détenu, et ce sans l’accord de ses conseils.
Les avocats invoquent notamment le principe de la présomption d’innocence et estiment que la diffusion de ces images, avant tout débat au fond, pose également la question du respect de la dignité de leur client.
À quelques heures de l’audience prévue le 8 septembre 2026 devant la Cour suprême, la défense maintient donc ses exigences : production d’un extrait du registre d’écrou, autorisation immédiate des visites de la famille et des conseils, communication du fondement légal du transfèrement et retour d’Algassimou Diallo à Conakry afin qu’il puisse comparaître.
Siby


