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AES : Ibrahim Traoré admet que « les fruits ne sont pas à la hauteur des espérances »

Près de quatre ans après la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), le capitaine Ibrahim Traoré dresse un bilan loin de l’autosatisfaction. Le président du Faso reconnaît des avancées insuffisantes, notamment en matière d’intégration et de sécurité, et appelle les trois pays à accélérer la mise en œuvre de leurs engagements.

Lors d’un grand entretien avec la presse, dimanche 27 septembre 2026, le président burkinabè Ibrahim Traoré, qui assure la présidence de l’AES, a livré sa lecture de l’évolution de l’organisation créée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger après leur retrait de la CEDEAO.

Loin de présenter un bilan totalement positif, le capitaine Traoré estime que l’Alliance doit encore franchir plusieurs étapes pour répondre aux attentes suscitées par sa création.

« On peut toujours faire mieux. Je ne dirais pas que les fruits sont à la hauteur des espérances, non. On doit aller plus vite, faire beaucoup mieux les choses. Parce que, comme j’ai dit, l’adversité est grande. Les attentes sont énormes. Et si on mesure par la portée de ces deux paramètres et se dire que oui, ça va, tout va bien, on va se tromper. Donc, je ne peux pas positiver sur ça. On a du chemin, on a du travail à faire », a-t-il reconnu.

La question de la force unifiée de l’AES a également occupé une place importante dans l’entretien. Interrogé sur son niveau d’opérationnalisation et sur sa capacité éventuelle à intervenir dans les récents événements survenus au Niger, le président burkinabè reconnaît que le dispositif n’est pas encore pleinement opérationnel.

« L’opérationnalisation prend du temps. Parce que quand je dis opérationnalisation, je suppose qu’on est sur la même longueur. Donc, avoir une unité totalement autonome avec ses hommes, ses moyens logistiques, ses moyens aériens, son commandement vraiment parfait, nous n’ y sommes pas d’abord. Ça prend du temps et ça peut se comprendre. Ça peut se comprendre vu que toutes nos armées sont en restructuration, en reconstruction. Peut-être que c’est pour ça que ça traîne un peu. Mais j’espère que ça viendra. Sinon, oui, on pourrait jouer un très grand rôle dans ces événements. Tout le monde le dit d’ailleurs. Tout le monde le sait. Et je pense que c’est en route. J’espère bien que ça ne va pas trop traîner », a-t-il souligné.

Une déclaration qui met en lumière l’un des principaux défis sécuritaires de l’Alliance : disposer d’une force commune réellement autonome, capable de mobiliser des hommes, des moyens logistiques et aériens sous un commandement opérationnel intégré.

Au-delà du volet sécuritaire, Ibrahim Traoré reconnaît également un retard dans le processus d’intégration entre les trois pays. Pour lui, la libre circulation des citoyens constitue l’un des premiers marqueurs concrets de l’existence de l’AES.

« Ça fait des années que ça perdure. Oui. Voilà un des domaines sur lesquels on est en retard. Je pense qu’on peut aller plus vite. Parce qu’on ne peut même pas parler d’AES s’il n’y a pas d’intégration. Si quelqu’un ne peut pas quitter vers Kayes avec la carte d’identité AES, rouler, traverser le Burkina, aller jusqu’à Agadez, comme il veut, c’est compliqué. Donc ça commence par là. C’est important partout », a-t-il affirmé.

Le président burkinabè affirme par ailleurs que son pays a déjà préparé des textes destinés à faciliter cette intégration et attend désormais leur validation par le Mali et le Niger.

« Le Burkina a préparé des textes, un protocole additionnel. Ça a été soumis. Nous attendons que le Mali et le Niger aussi puissent valider et mettre en place. Donc il faut qu’on aille très vite, par exemple sur ce volet-là. Nous attendons que ça puisse être validé parce que c’est à l’unanimité, ce n’est pas la majorité. Donc c’est à trois », a-t-il indiqué.

Ibrahim Traoré souhaite ainsi une mise en œuvre rapide de ces mesures afin de rendre la circulation entre les trois pays plus fluide.

« Nous espérons très bientôt que les deux pays aussi vont valider et puis mettre en place la structure et que vraiment ça puisse être fluide. Sinon, si la tracasserie continue, ce n’est pas bien. C’est très vilain », a-t-il poursuivi.

Pour le capitaine Traoré, les différences de superficie, de situation sécuritaire et de capacités économiques expliquent également en partie les rythmes différents observés au sein de l’Alliance.

« On n’est pas au même niveau. De toute façon, on n’a même pas la même superficie en termes de défis sécuritaires, on ne peut pas être au même niveau. Donc ça, c’est un paramètre important. Chaque pays a ses réalités pour pouvoir arriver au niveau économique parce que tout est aussi basé sur l’économie et tout. Donc, certains peuvent voir les choses lentes, c’est normal. Nous aussi, en tant que dirigeants, nous devons aussi chaque fois faire une introspection et voir les domaines dans lesquels on peut aller plus vite. Tant qu’on peut aller plus vite, il faut y aller. Comme je l’ai dit, l’adversité est là. Donc c’est à nous de nous donner les moyens d’accélérer tout pour faire face. Sinon, ça sera compliqué », a-t-il conclu.

N’Famoussa Siby

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