L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, ce samedi 31 octobre 2026, le Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Si les prévisions de recettes de l’État connaissent une hausse de plus de 4 206 milliards de francs guinéens, le rapport d’examen de la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération met en lumière plusieurs insuffisances dans la mobilisation des ressources publiques. Exonérations fiscales, créances impayées, recettes minières et financements extérieurs : les parlementaires interpellent le Gouvernement sur plusieurs dossiers sensibles.
Présenté en plénière par le rapporteur général, l’honorable N’Gouamou Fabara Koné, le rapport sur le volet recettes fait état d’une réévaluation des recettes budgétaires prévisionnelles, qui passent de 55 858,10 milliards à 60 064,47 milliards de francs guinéens. Soit une augmentation de 4 206,37 milliards GNF, correspondant à une progression de 7,53 % par rapport aux prévisions de la Loi de finances initiale 2026.
Cette hausse s’explique principalement par la progression des recettes fiscales, réévaluées à 52 795,68 milliards GNF, ainsi que par l’évolution des autres recettes de l’État.
Mais derrière cette embellie budgétaire, les constats de la Commission révèlent d’importantes marges de progression dans la mobilisation des ressources publiques. L’une des principales préoccupations concerne le coût des dépenses fiscales, estimé à 11 793 milliards de francs guinéens pour les douanes en 2025 et à 3 873 milliards GNF pour la Direction générale des impôts sur les neuf premiers mois de 2026.
À cela s’ajoute la faiblesse du recouvrement des créances fiscales. Sur un montant de 1 200 milliards GNF de créances confirmées concernant 45 grandes entreprises, seuls 208 milliards GNF ont été effectivement recouvrés. Une situation qui pousse les députés à réclamer un renforcement des mécanismes de recouvrement et un meilleur encadrement des exonérations fiscales.
Le secteur minier également dans le viseur des députés. Les parlementaires demandent notamment l’application de la taxe de 1 % prévue par le Code minier sur l’or artisanal, en remplacement du prélèvement forfaitaire de 50 dollars par kilogramme actuellement appliqué. Ils pointent également un écart de 13 805 milliards GNF entre les chiffres d’affaires calculés sur la base du prix de référence de la bauxite et ceux déclarés par les sociétés exportatrices en 2023.
Autre sujet de préoccupation : la faible mobilisation des financements extérieurs. Sur 55 projets financés par les partenaires, représentant une enveloppe globale de 4,45 milliards de dollars, seuls 1,055 milliard de dollars ont été décaissés. Plus préoccupant encore, 19 projets n’ont enregistré aucun décaissement. Face à ce constat, la Commission appelle le Gouvernement à lever les blocages et à renforcer le suivi de l’exécution de ces projets.
Les difficultés financières d’Électricité de Guinée (EDG) figurent également parmi les dossiers soulevés. Les participations de l’État dans les sociétés de gestion des barrages de Kaléta et de Souapiti auraient dû générer 2 594 milliards GNF de dividendes depuis 2021. Toutefois, ces revenus restent compromis par les créances détenues par ces sociétés sur EDG. Les députés préconisent ainsi une restructuration de l’entreprise publique et une amélioration du recouvrement des factures d’électricité.
Les jeux de hasard et la concession du Port autonome de Conakry n’ont pas été oubliés. L’Assemblée nationale réclame l’application effective des taxes prévues sur les jeux de hasard, notamment le prélèvement de 15 % sur le produit brut des jeux et celui de 7 % sur les gains supérieurs à un million de francs guinéens.
Concernant le Port autonome de Conakry, les parlementaires recommandent un audit indépendant du contrat de concession conclu avec le groupe Albayrak. L’objectif est de clarifier les obligations contractuelles des différentes parties et de mieux sécuriser les recettes portuaires.
Au-delà de l’adoption du PLFR 2026 à l’unanimité, le rapport parlementaire adresse ainsi plusieurs interpellations au Gouvernement. Entre pertes potentielles de recettes, faiblesse du recouvrement, insuffisances dans l’exécution des financements et difficultés des entreprises publiques, les députés appellent à des mesures correctives pour améliorer la gouvernance financière et renforcer les ressources de l’État.
Thierno Amadou Diallo


