Les 14 et 15 février 2026, Addis-Abeba accueille le 39ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA). Officiellement centré sur le thème : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et un assainissement sûr pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », le rendez-vous dépasse largement les seules questions liées à l’eau et à l’assainissement.
À l’agenda figurent également l’insécurité alimentaire, l’accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et, surtout, la multiplication des foyers d’instabilité sur le continent. Sur le plan institutionnel, la rencontre sera marquée par la transmission de la présidence tournante de l’UA de l’Angolais João Lourenço au Burundais Évariste Ndayishimiye.
Si le protocole rythme le sommet, les crises régionales en constituent le véritable cœur. L’est de la République démocratique du Congo, la Libye, le Sahel et le Soudan concentrent les préoccupations, dans un contexte d’urgences humanitaires persistantes.
Dans ce cadre, l’Angola a proposé un cessez-le-feu entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 à partir du 18 février à midi. Cette initiative a été annoncée à l’issue d’une réunion tenue à Luanda, en présence de Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé, João Lourenço et Olusegun Obasanjo.
La concrétisation de cette trêve dépend toutefois d’une déclaration publique d’adhésion des parties concernées, notamment Kinshasa et l’AFC/M23, mouvement accusé de bénéficier du soutien du Rwanda.
Désigné médiateur par l’UA, Faure Gnassingbé a récemment intensifié ses consultations dans la région des Grands Lacs. Une rencontre de haut niveau organisée le 17 janvier 2026 à Lomé a permis de restructurer le dispositif de médiation africaine.
En parallèle, d’autres initiatives diplomatiques sont en cours. Donald Trump s’est impliqué dans le processus de Washington, tandis que les discussions de Doha ont repris sous l’égide de l’Émir du Qatar. Malgré ces efforts, les mécanismes convenus peinent encore à produire des résultats concrets sur le terrain.
Le sommet se tient également dans un contexte marqué par la longévité de certains dirigeants africains. Parmi les chefs d’État les plus anciens au monde, hors monarchies, figurent Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale (au pouvoir depuis 1979), Paul Biya au Cameroun (depuis 1982) et Yoweri Museveni en Ouganda (depuis 1986).
Cette situation soulève des interrogations lorsque ces mêmes dirigeants, réunis au sein de l’UA, sont amenés à se prononcer sur les pratiques de gouvernance de leurs homologues.
Depuis 2020, dix coups d’État ont été enregistrés sur le continent, dont deux récemment à Madagascar et en Guinée-Bissau, entraînant leur exclusion par l’organisation. Une tentative de putsch a également été déjouée en décembre au Bénin.
Le Gabon et la Guinée, initialement suspendus après des changements anticonstitutionnels, ont pour leur part été réintégrés à la suite de scrutins présidentiels, en dépit des dispositions de la charte africaine sur les élections, la démocratie et la gouvernance interdisant aux « auteurs de changements anticonstitutionnels de gouvernement » de « participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique ».
Quant à Évariste Ndayishimiye, il assumera ce week-end la présidence tournante de l’UA, une fonction honorifique, succédant à João Lourenço.
À Addis-Abeba, l’enjeu dépasse donc les déclarations d’intention : pour l’Union africaine, il s’agit de démontrer sa capacité à transformer les engagements diplomatiques en solutions concrètes face aux crises qui secouent le continent.
N’Famoussa Siby


