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COTE D’IVOIRE : le retour de Gbagbo se précise

C’est donc bientôt la fin d’une arlésienne qui aura été entretenue depuis des mois au sujet du retour de Laurent Gbagbo. L’ancien président ivoirien, définitivement libéré des charges de crimes contre l’humanité qu’on lui collait depuis son transfèrement, en 2011, à la Haye, est parti pour cette fois fouler à nouveau le sol de son pays. S’inscrivant dans le cadre d’une décrispation générale du climat politique resté particulièrement tendu à la faveur du débat sur le troisième mandat d’Alassane Ouattara, le retour de l’ancien président est perçu comme l’ultime acte d’une dynamique de réconciliation nationale dont le pays a besoin pour reprendre sa marche en avant et ainsi tourner une page sombre de son histoire. Une période peu reluisante qui a commencé avec la crise postélectorale de 2010-2011, née du refus justement de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale. Et ce sont d’ailleurs les 3000 victimes de cette crise-là qui pourraient assombrir le tableau idyllique que certains voudront renvoyer de la Côte d’Ivoire à la faveur du retour triomphal de Laurent Gbagbo. En effet, si le leader historique du Front patriotique ivoirien (FPI) n’est coupable de rien et que personne d’autre n’a été désigné pour endosser la responsabilité, à qui doit-on la perte cruelle de ces 3000 Ivoiriens ? Telle est la question qui demeurera en suspens.

Tourner la page

Le retour de Laurent Gbagbo symbolisera une détente certaine. Qu’il soit acquitté, c’est une chose certes. Mais qu’au-delà, il soit autorisé à revenir dans son pays, cela traduit un certain courage et une volonté évidente du président Alassane Ouattara de mettre fin à une tension qui n’avait que trop durer. Pour donner à la Côte d’Ivoire la chance de repartir du bon pied et aux Ivoiriens l’occasion de briser l’épais mur de méfiance qui se dressait entre eux depuis trop longtemps, des décisions courageuses étaient en effet nécessaires. On reconnaîtra à Alassane Ouattara le mérite d’essayer ainsi de remettre les Ivoiriens ensemble. Le rabibochage étant toujours très délicat entre des adversaires qui étaient allés si loin dans leur opposition, il est à espérer que de tous les côtés, on saura s’en tenir aux engagements authentiques de donner des chances réelles au rassemblement et à la réconciliation nationale. Ce qui devrait commencer par le fait que toutes les parties puissent s’entendre sur les conditions du retour de Laurent Gbagbo, à savoir s’il faut lui réserver un accueil grandiose ou non.

Justice et vérité

Ceci étant, la dynamique qu’on essaie de mettre en place sera entachée par les victimes de la crise postélectorale de 2010-2011. Les 3000 Ivoiriens tués dans cet affrontement sanglant entre les camps soutenant respectivement Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo demeurent en effet les grands oubliés de la réconciliation que l’on réclame tant. Certes, rien ne saura les ramener à la vie. Mais on leur doit la justice et à leurs proches, la vérité sur les conditions de leur disparition. A ces proches, on doit surtout la compassion et le respect en aidant à retrouver et à sanctionner ceux qui sont à l’origine de leur douleur. Malheureusement, ce pan du débat ne semble plus préoccuper grand-monde. Le ciblage volontairement sélectif a fait le choix et décidé qu’une poignée de main entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo valait mieux que la justice pour ces pauvres victimes. Même s’il en va ainsi des politiques en Afrique, il est à craindre que ce passif qu’on choisit de garder à l’ombre ne revienne plus tard hanter les Ivoiriens et remettre en cause les fondations qu’on essaie de construire aujourd’hui. D’autant qu’il est illusoire d’espérer que, se contentant d’applaudir les retrouvailles entre ADO et Gbagbo, les parents de ces malheureuses victimes puissent faire l’impasse sur la douleur qui les brûle de l’intérieur.

Et Guillaume Soro ?

Qu’on ne s’y trompe pas donc. Le retour de Laurent Gbagbo, le 17 juin prochain, symbolisera quelque chose. Mais pour traduire ce symbole en acquis durable pour la paix et la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, ce retour ne doit pas être une fin en soi. Le travail de décrispation et les actes d’apaisement devront se poursuivre, notamment à travers une démarche de justice et de vérité sur les douloureux événements d’il y a 10 ans. Et même, il faudra aller au-delà. Ainsi, il ne faudra pas en effet exclure l’éventualité que Guillaume Soro, lui-même, puisse être associé à cette dynamique d’ensemble. Il faudra même de la part des autorités ivoiriennes, envisager très sérieusement cette hypothèse.

Boubacar Sanso Barry

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