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WASHINGTON : l’Afrique, un mariage forcé pour Joe Biden

Depuis ce mardi 13 décembre, le président américain accueille le second sommet de l’histoire entre les Etats-Unis et l’Afrique. Une certaine présentation de la rencontre voudrait que ce soit une nouvelle aube dans les relations américano-africaines, après la nuit sombre incarnée par le passage de Donald Trump à la Maison blanche. Il est vrai que l’idée de ces retrouvailles périodiques entre la première puissance du monde et le continent africain, une initiative lancée par Barack Obama, a été stoppée net par le désintérêt voire le mépris que le président Trump éprouvait à l’égard de l’Afrique. Mais pour l’occupant actuel du bureau ovale, il ne s’agit pas que de continuer l’idée de celui dont il était le vice-président. Charmer l’Afrique s’impose aussi comme une nécessité pour Joe Biden. Comme une demoiselle à la fleur de l’âge, l’Afrique et ses richesses aiguisent les appétits de tous les prétendants. Les Russes et les Chinois sont particulièrement intéressés et se montrent de plus en plus menaçants. Au point que la France, traditionnel allié des Etats-Unis, se trouve aujourd’hui bousculée et même évincée de zones qui lui étaient pourtant acquises. Dans un tel contexte, il est compréhensible que les Etats-Unis mettent les petits plats dans les grands pour séduire, à leur tour, cette demoiselle tant convoitée. Quitte à revoir à la baisse certains de ses standards habituels.

L’Amérique traumatisée…

Les Etats-Unis et Joe Biden sont manifestement traumatisés par la menace que représentent la Chine et la Russie. En sorte que le président américain est depuis un certain temps, le meilleur défenseur des causes africaines. Ainsi, il milite ouvertement pour que l’Union africaine rejoigne le club très select du G20, des économies les plus avancées de la planète. Il est tout aussi disposé à ce que la revendication des dirigeants africains en faveur d’un siège au conseil de sécurité des Nations unies, soit satisfaite. Par ailleurs, en marge du sommet qui s’est ouvert ce mardi, la partie américaine a annoncé 55 milliard de dollars devant aider à financer le secteur sanitaire et le changement climatique en Afrique pour les trois prochaines années. Mais il y a surtout que Washington fait désormais en sorte de ne pas « manquer de respect » à l’Afrique.

Quand l’Amérique abaisse ses standards

Visiblement inspirée par les plaintes de dirigeants africains qui reprochent souvent aux Occidentaux de les prendre de haut, à la différence des Chinois ou des Russes, cette préoccupation fait que cette fois les Etats-Unis n’ont pas voulu faire de sélection dans les invitations adressées à l’Afrique. Tout le monde est donc convié au rendez-vous de Washington à l’exception des dirigeants des pays suspendus par l’Union africaine, elle-même. C’est ainsi que le président Téodoro Obiang, récemment investi pour un 6ème mandat et totalisant 43 ans au pouvoir, n’a pas été laissé sur la touche. En dépit de la répression sanglante que le pouvoir tchadien a réservée à la manifestation de l’opposition, le 20 octobre dernier, Mahamat Idriss Deby est également là. Au-delà de la violation des droits humains, les dirigeants américains ne sont manifestement pas rebutés par l’idée que le fils succède au père. Abdel Fattah al-Sissi, l’Egyptien, et Kaïs Saïed, le Tunisien, qui ne cochent pas la case ‘’démocratie’’ sont également du rendez-vous. Bref, on a l’impression que pour contrer ses adversaires, l’Amérique se met au même niveau que ces derniers.

L’Afrique compte !

C’est dire donc que l’Afrique compte. Mais pourquoi donc ? Le continent africain est en premier lieu convoité pour ses richesses en matières premières. Il s’agit notamment du pétrole, du gaz, de la bauxite, du fer, du diamant, du cuivre, etc. L’Afrique est aussi courtisée pour ses millions d’hectares de terres arables, donc propices à l’agriculture et à l’agro-industrie. Paradoxalement, la démographie est également un atout pour l’Afrique. Ainsi, à l’horizon 2100, les projections prévoient que l’Afrique abritera près de la moitié de la population du globe, soit 40 % de ceux qui habiteront la Terre. Eh bien, certains entrevoient là un avantage, notamment dans la mesure où cela fera du continent africain un marché identique à celui que représente aujourd’hui la Chine. Enfin, l’Afrique aiguise les appétits des grandes puissances, parce qu’au niveau des instances de prise de décision internationales, les voix des pays africains peuvent s’avérer décisives. Le bras de fer qui se joue aux Nations unies à propos de la guerre en Ukraine en est une parfaite illustration.

Quel avantage pour l’Afrique ?

Mais la question qui demeure toujours posée est celle de savoir si en Afrique, on est prêt à tirer profit de toutes ces convoitises ? S’il faut se garder de verser dans un généralisme réducteur, on peut estimer que dans bon nombre de pays du continent, la réponse est négative. En tout cas, le retour en force des coups d’Etats militaires dans la partie ouest-africaine de l’Afrique n’a rien de rassurant. La crise entre la RDC et le Rwanda, à propos de la guerre dans l’est du Congo, n’est pas non plus un bon signe. Plus globalement, en Afrique, la bataille pour la conquête et la conservation du pouvoir l’emportent encore sur les enjeux de développement. Concrètement, certains de nos dirigeants qui prennent part au sommet de Washington sont davantage en quête d’une improbable photo avec Joe Biden qu’ils ne voudraient avoir des ressources pour développer l’éducation, la santé ou l’agriculture dans leurs pays respectifs. Or, aussi longtemps que cette mentalité n’aura pas évolué, les sommets avec les Etats-Unis, la France, la Chine, la Russie ou l’Inde peuvent se multiplier à l’infini, l’Afrique n’en tirera aucun avantage.

Boubacar Sanso Barry  

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