Il est tant que prenne fin cette spirale de tension et d’escalade dans les relations entre l’Algérie et la France. Cette surenchère que certains ont intérêt à attiser, on doit y mettre un terme, tant elle est préjudiciable aux deux pays et aux deux peuples. Bien sûr, on est encore loin du retour au rapport normal entre les deux pays. Cependant, les propos tenus par le président algérien Abdelmajid Tebboune au cours de son interview diffusée par la télévision algérienne, le samedi 22 mars, inclinent à espérer.
Coupant l’herbe sous les pieds des responsables français les plus extrémistes sur le sujet, le président algérien voudrait compter sur une tendance plus raisonnable des autorités françaises pour amorcer la désescalade. En particulier, il mise sur le président français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie, Jean-Nöel Barrot. Ainsi donc, Abdelmajid Tebboune surfe et profite de la nuance qu’il y a entre les responsables français. On sait en effet que le président Macron et le ministre des Affaires étrangères, ne sont pas de la ligne dure. Même si la crise demeure complexe et que les motifs de tension sont réels, le président Macron et le chef de la diplomatie française souhaitent plutôt un règlement par le dialogue et la diplomatie. C’est cette prédisposition qu’il a perçue qui amène le président algérien a misé sur eux en vue de l’apaisement.
A l’inverse, le dirigeant algérien souhaite isoler notamment le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, et celui de la Justice, Gérard Darmanin, tenants de la ligne dure. Et il a d’autant plus raison que pour ces deux ministres et pour d’autres responsables politiques français, cette crise entre l’Algérie et la France est une aubaine. C’est l’illustration parfaite de l’instrumentalisation et de l’extrapolation à des fins politiques. En prélude à une campagne électorale française où l’immigration va occuper une place de choix, la tension entre Alger et Paris a tendance à donner à certains l’occasion de s’échauffer tout en faisant montre de leur fermeté sur la question. Et la meilleure réponse qu’il convient de leur administrer est de mettre un terme à l’escalade. D’où la raison de féliciter le président algérien.
Encore que des deux rives de la Méditerranée, il faudra aller au-delà des mots et de nobles intentions pour renouer les ponts entre les deux capitales. En effet, tous les sujets de friction ne relèvent pas de la fiction. La détention de Boualem Sansal, les OQTF ou encore la question du Sahara occidental, ce sont des pommes de discorde réelles entre les deux pays. D’autant ces points s’ajoutent à la question mémorielle, tout aussi complexe que lancinante. Bien sûr, si des deux côtés, on les aborde avec lucidité et avec le moins de passion possible, on peut bien trouver un dénouement à quelques-uns d’entre eux et réduire ainsi le voile de l’incompréhension entre les deux pays. Mais pour d’autres, une solution à court terme est moins évidente, même avec la meilleure volonté du monde. Mais le problème, c’est qu’Emmanuel Macron n’est pas un interlocuteur si rassurant. Pas qu’il soit nécessairement de mauvaise foi dans ce dossier, mais parce que le président français est politiquement handicapé. Privé d’une majorité au parlement et à la merci d’un équilibre politique aussi provisoire qu’étriqué, sa marge de manœuvre demeure très étroite.
Boubacar Sanso Barry