Les rues de Conakry, comme tant d’autres villes guinéennes, sont encore jonchées de sachets plastiques, de bouteilles vides, de sacs abandonnés. Pourtant, un décret présidentiel publié le 21 septembre 2024 interdit formellement la fabrication, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des emballages et objets en plastique à usage unique. Près d’un an après, la situation reste préoccupante. Alors faut-il accepter cet état de fait ou agir pour sauver l’environnement ? Ledjely.com a rencontré Aliou Diallo, spécialiste sur des questions liées à l’environnement.
Pour Aliou Diallo, spécialiste des questions environnementales, l’urgence est réelle, mais surtout, l’heure n’est plus aux discours, mais à l’action. « La question des déchets plastiques, aujourd’hui, c’est une question cruciale. Ça a un impact très négatif sur la vie des citoyens, mais également sur l’environnement. Ce phénomène est devenu tellement important que partout où vous partez, dans le monde, vous trouvez des déchets plastiques. Quelqu’un qui achète son petit panier se retrouve avec des plastiques qu’il emporte à la maison. Et il n’y a pas un mécanisme mis en place pour pouvoir gérer ces déchets, pour éviter qu’ils ne se retrouvent dans la nature », a-t-il dénoncé.
Faudrait-il rappeler que le décret présidentiel de 2024 interdit clairement tout emballage ou objet en plastique à usage unique, y compris les plastiques oxodégradables. Il prévoit des sanctions fermes : fermeture d’activité, saisie de produits, amendes administratives. Pourtant, l’application reste floue et timide sur le terrain. « Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il faut appliquer le décret. Il faut aller vers les industriels. Il faut arrêter. Il faut mettre en application toutes les lois qui réglementent ce secteur, que ce soit la fabrication, l’importation ou la commercialisation des plastiques. Sinon, ces plastiques qui se retrouvent dans la nature deviennent des déchets du jour au lendemain », a-t-il affirmé.
Pour Aliou Diallo, la responsabilité est partagée. L’État doit renforcer les contrôles, mais les citoyens ont aussi un rôle majeur à jouer dans la gestion des déchets. Il appelle à un changement de mentalité, à une nouvelle culture de l’environnement. « Il faudrait que les citoyens sachent que lorsque les déchets se retrouvent dans la nature, ils se retrouvent dans notre vie quotidienne. Nous devons voir comment nous pouvons les gérer. Si, par exemple, tu prends un sachet quelque part, après l’avoir utilisé, il faut essayer de le mettre quelque part. Peut-être que ça pourra être acheminé vers un endroit plus approprié », a-t-il martelé.
Pour sortir de cette impasse, il propose une orientation claire : la politique des « 3R » : Réduction, Réutilisation, Recyclage. C’est, selon lui, la seule voie durable pour faire face à la crise des plastiques en Guinée. « Il faut aller vers le recyclage. Encourager le recyclage des déchets plastiques qu’on retrouve partout. Si on adopte cette politique des trois R, on peut vraiment limiter l’impact des plastiques dans la nature », dit-il.
Alors, faut-il se résigner ? Si l’on en croit Aliou Diallo, certainement pas. Il conclut avec fermeté « Pour moi, l’ultime solution, c’est l’application stricte de la loi. Il faut qu’on applique les règles, les lois qui encadrent ce secteur, que ce soit au niveau national, africain ou même mondial. Sinon, il n’y a pas d’autre solution que ça », a-t-il soutenu.
Sur le plan sanitaire, Les déchets plastiques représentent un danger pour la santé humaine, principalement à cause des substances chimiques toxiques et des microplastiques qu’ils contiennent, susceptibles de polluer notre alimentation, notre eau et notre organisme. Leur exposition peut entraîner des perturbations hormonales, des cancers, des maladies cardiovasculaires et des troubles du développement neurologique, entre autres effets néfastes.
A noter que cette question est une préoccupation mondiale. Depuis le 5 août dernier, 170 pays se réunissent à Genève pour la dernière phase des négociations de l’ONU sur un traité mondial contre la pollution plastique. Après trois ans de discussions et l’échec de décembre 2024 à Busan (Corée du Sud), ce sommet, prévu jusqu’au 14 août, vise à aboutir à la signature du premier accord international sur la réduction du plastique.
Thierno Amadou Diallo


