Au lendemain de l’investiture du président de la République pour un nouveau mandat, la scène politique guinéenne entre dans une phase décisive. Alors que la démission du gouvernement de transition est attendue, une interrogation s’impose dans l’opinion publique : qui occupera le palais de la Colombe ?
Pour prendre le pouls de la nation, nous avons recueilli les avis de citoyens issus de divers horizons. Entre soif de rupture, appel à la continuité et exigences démocratiques, les profils esquissés révèlent l’ampleur des défis qui attendent le prochain chef du gouvernement.
Pour certains observateurs, la Guinée a besoin d’un véritable électrochoc. Tamba Moustapha Kamano, professeur de mathématiques, plaide pour une rupture nette avec les pratiques du passé. À ses yeux, la crédibilité de l’État passe par une neutralité absolue et une lutte implacable contre la corruption.
« Celui-là d’ailleurs qui se distancie des stratégies politiciennes. Aussi, neutre parce qu’il n’est pas partisan d’un parti politique, n’est pas homme d’affaires pour influer sur le marché. Il faut un Premier ministre radical dans les réformes gouvernementales qui met la Guinée au-dessus des clans, qui défend l’intérêt général sans trembler. Un homme crédible, qui a la main propre, loin des corruptions, avec une autorité forte. Pour dire simple, un Premier ministre révolutionnaire très proche du peuple », a-t-il indiqué.
À l’inverse, d’autres voix appellent à la continuité et à la reconnaissance du travail accompli. Amadou Bailo Diallo, infirmier d’État, estime que le Premier ministre sortant mérite de poursuivre sa mission sous le nouveau mandat présidentiel.
« Sincèrement, je pense que Bah Oury est mieux placé pour conduire le gouvernement prochain. Il a déjà fait ses preuves et je pense qu’il peut faire mieux encore. Depuis son arrivée, beaucoup de petits problèmes sont réglés et avec cette campagne présidentielle, il a fait preuve de leadership en mobilisant tout le monde derrière Mamadi Doumbouya. Il ne faut pas lui montrer de l’ingratitude », a-t-il dit.
Au-delà des personnes, le débat renvoie également à la question de la légitimité politique et du respect des principes démocratiques. Ibrahima Sory Condé, communicant, exprime ses réserves sur la trajectoire institutionnelle du pays, tout en orientant le choix vers un profil politique expérimenté.
« Les citoyens auraient beaucoup préféré une réorganisation des élections qui seront inclusives, libres et transparentes sous respect de la charte de la transition qu’il a pris serment lors de son investiture le 1er octobre 2021. Mamadi Doumbouya est bien sûr réinvesti, mais il faut admettre que son mandat n’est pas légal du fait de son parjure. Qu’à cela ne tienne, une bonne orientation reste à voir un politique : ils sont ceux avec beaucoup plus d’expérience dans la gestion publique et peuvent apporter une administration de cohésion sans qu’une seule et unique personne ne se reproche de discrimination communautaire », a-t-il souligné.
De son côté, Ibrahima Bangoura insiste sur les compétences managériales et communicationnelles qu’exige la primature.
« La fonction d’un Premier ministre est avant tout le patron du gouvernement, la charnière de l’État. Il faut des qualités de direction, d’arbitrage et de communication facile. Le Premier ministre doit être en mesure de défendre les intérêts politiques devant le parlement mais aussi l’opinion publique. Il doit encore être en mesure de gérer les crises avec pragmatisme et résilience. Voilà pourquoi je précise que le poste n’est attribué qu’aux personnes capables de faire preuve d’humilité, de leadership et d’intégrité », a-t-il indiqué.
Loin des considérations politiciennes, de nombreux citoyens ramènent le débat à l’essentiel : l’amélioration des conditions de vie. Adama Hawa Diallo, entrepreneure, résume cette aspiration largement partagée en appelant à la nomination d’un Premier ministre « intègre, compétent, proche du peuple, qui écoute les citoyens et qui œuvre pour le bien commun », a-t-elle sollicité.
Entre technicien rigoureux, politique aguerri et réformateur radical, le futur locataire de la primature devra trouver un équilibre délicat pour répondre aux attentes multiples d’une Guinée en quête de stabilité, de justice et de progrès.
Thierno Amadou Diallo


