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La Guinée face au miroir de l’histoire : de la survie politique à l’exigence de l’État-Nation

La démission du gouvernement dirigé par Bah Oury, survenue dans un climat de conjectures fébriles, ne doit pas être traitée comme un simple épiphénomène de la transition. Elle place la Guinée, une fois de plus, devant son miroir le plus implacable : celui de son destin institutionnel. Si les chroniques locales s’attardent volontiers sur la dramaturgie des ambitions contrariées — dépeignant le pouvoir comme un train où les passagers ne songeraient qu’à sécuriser leur wagon au détriment de la destination —, l’intérêt supérieur de la nation nous impose une rupture sémantique et stratégique. Le temps n’est plus à la politique de la survie, mais à l’exigence, impérieuse et noble, de l’État-Nation.

I. Le crépuscule de la « politique du wagon »

Dans une analyse récente qui a captivé l’opinion, le pouvoir était décrit comme une « dyarchie » ou un « partage de dépouilles ». Cette vision, bien que lucide sur les travers du passé, condamne la Guinée à une éternelle répétition. Si nous acceptons l’idée que le service public est une « redevance payée » ou une « source de jouissances insouciantes », nous validons l’échec du contrat social.

La démission gouvernementale doit cesser d’être perçue comme une « disgrâce » ou une interruption de privilèges. Sur l’échiquier international, la crédibilité d’une capitale ne se mesure pas à la stabilité des visages, mais à la robustesse des institutions. Un gouvernement qui s’efface pour permettre un nouveau souffle n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de respiration républicaine nécessaire pour éviter l’asphyxie bureaucratique. La Guinée doit prouver au monde qu’elle n’est plus une terre de « courtisans », mais une terre de commis de l’État.

II. Le rôle pivot de la société civile : De spectatrice à sentinelle

Pour rompre avec ce que certains qualifient de « confusion morale », la société civile doit s’extraire de sa posture de commentatrice pour devenir le pivot du renouveau. Dans les démocraties matures, la société civile est le garant de la continuité là où la politique est, par nature, volatile.

Il ne s’agit pas d’une adhésion aveugle aux autorités, mais d’une « vigilance constructive ». Chaque citoyen, qu’il soit agriculteur en Moyenne-Guinée ou cadre de la diaspora veillant à l’excellence académique de ses enfants à Paris ou Montréal, est une partie prenante de cette exigence. L’intérêt supérieur de la nation commande que les organisations sociales accompagnent les réformes structurelles — notamment économiques et éducatives — pour s’assurer que les promesses de la transition ne restent pas des oripeaux, mais deviennent des fondations.

III. L’Union des Élites : Un impératif de souveraineté

L’adage prétendant que « le pouvoir n’a pas d’amis » est le poison de la cohésion nationale. La Guinée dispose d’une élite intellectuelle et technique d’une qualité exceptionnelle, souvent sollicitée par les grandes institutions internationales, mais trop souvent paralysée au pays par les clivages partisans.

L’exigence de l’État-Nation appelle à une « Union Sacrée » des compétences. Quel que soit le bord politique, le talent guinéen a l’obligation patriotique d’accompagner la réussite du mandat des autorités. Accompagner le succès de l’État n’est pas un acte de vassalité, c’est un acte de souveraineté. Si l’élite continue de percevoir l’appareil d’État comme un train dont il faut simplement occuper les wagons de tête, le terminus sera le même pour tous : l’insignifiance sur la scène mondiale.

IV. La charge sacrée du service public : Vers un nouveau récit

La Guinée est à un carrefour. Le potentiel naturel immense du pays — cette « terre quasi-sainte » — ne saurait être une excuse à l’immobilisme. Le passage du « Premier ministre intendant » au « chef d’orchestre politique » évoqué par certains doit surtout signifier le passage de l’arbitraire à la méthode.

Le service public doit être réhabilité comme un sacerdoce, une « épreuve de feu » abordée avec la gravité qu’impose la détresse d’un peuple en attente de résultats tangibles. La presse internationale, les investisseurs et les partenaires multilatéraux ne regardent pas si Bah Oury ou ses successeurs écrivent l’histoire « dans les pas d’autres », mais s’ils ont le courage de tracer un chemin autonome, fondé sur l’intégrité et la reddition de comptes.

Conclusion : L’horizon de la responsabilité

En ce mois de janvier 2026, la Guinée ne peut plus se permettre de vivre de « nostalgie de fonctions perdues ». Face au miroir de l’histoire, nous devons choisir entre le récit de l’ambition individuelle et celui de la grandeur collective.

L’intérêt supérieur de la nation est une boussole qui ne dévie jamais. Que ce nouveau chapitre soit celui où les élites, la société civile et les autorités élues fusionnent leurs énergies pour bâtir une nation respectée, non pour ses richesses souterraines, mais pour la solidité de son État et la clarté de son horizon. L’histoire nous regarde, et elle ne retiendra que ceux qui auront su placer la patrie au-dessus de leur propre wagon.

Daouda Conté 

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