Alors qu’en Guinée, en Centrafrique et même en Tanzanie, l’épisode de la présidentielle est désormais derrière nous, en Ouganda, la crise consécutive au scrutin du 15 janvier dernier joue les prolongations. Et ce, alors même que le septième mandat consécutif de Yoweri Museveni semble définitivement acquis. A 81 ans, le chef de l’Etat, au pouvoir depuis 1986, et surtout son fils, Muhoozi Kainerugaba, présenté comme son successeur potentiel, n’entendent visiblement laisser prospérer aucune contestation, fût-elle symbolique. D’où l’agression dont l’épouse de Bobi Wine, principal opposant au régime, a été victime le week-end dernier, lors d’une descente musclée de soldats ougandais à leur domicile. Alors que Son mari, lui, est en fuite, sans doute pour sauver sa vie.
Si, de manière générale, nombre de pays africains peuvent être logés à la même enseigne s’agissant des déficits démocratiques et du respect des droits humains, l’Ouganda semble néanmoins relever des cas les plus préoccupants. Dans ce pays, il n’y a pas que la longévité exceptionnelle de Museveni au pouvoir qui pose problème. La manipulation des scrutins non plus n’en constitue pas l’aspect le plus alarmant. Le plus inquiétant tient au fait que, sous ce régime, s’opposer revient à endosser le statut d’ennemi de l’Etat, assimilé à un criminel que le pouvoir se réserve le droit de neutraliser, voire d’éliminer.
La crise actuelle en est une parfaite illustration. Connu pour ses sorties provocatrices et ses publications controversées sur les réseaux sociaux, le fils du président, par ailleurs ministre de la Défense, s’est récemment vanté de l’assassinat de 30 opposants, qu’il a qualifiés de « terroristes », ainsi que de l’arrestation de 2 000 partisans de Bobi Wine, décrits comme de simples « voyous ». Dans la foulée, il a publiquement sommé le principal opposant à son père de se rendre, assortissant cette injonction d’une menace à peine voilée contre sa vie. C’est dans ce climat de terreur assumée qu’est intervenue la descente au domicile de Bobi Wine, qui s’est soldée par des violences exercées sur son épouse.
Au-delà de la répression brutale de l’opposition, c’est l’arrogance qui l’accompagne qui frappe. Le comportement du pouvoir ougandais donne l’image d’un Etat confisqué, presque d’un royaume, où des suzerains disposeraient de leurs sujets à leur guise. La négation systématique des libertés fondamentales et le mépris affiché pour toute voix discordante traduisent une conception patrimoniale du pouvoir, incompatible avec les principes les plus élémentaires de la démocratie.
Il s’y ajoute que cette dérive intervient dans un contexte international peu favorable à la défense des valeurs démocratiques. A une époque où, dans plusieurs régions du monde, l’autoritarisme progresse et où les droits humains semblent relégués au second plan, la situation ougandaise ne suscite qu’une indignation timorée. Ni en Afrique, ni ailleurs, la communauté internationale ne paraît réellement émue par la terreur que le clan Museveni fait régner sur ses compatriotes. Tout au plus a-t-on enregistré quelques communiqués de l’Union européenne et des Nations unies, évoquant, dans un langage diplomatique convenu, leurs « préoccupations ».
Ce silence, ou cette indifférence, renforce le sentiment d’impunité du régime et contribue à prolonger une crise post-électorale qui, au-delà des résultats du scrutin, révèle la nature profondément autoritaire d’un pouvoir décidé à se perpétuer, y compris par la peur et la violence.
Boubacar Sanso Barry


