Quelques jours après la publication du dernier classement mondial de performance des ports à conteneurs, qui positionne le Port autonome de Conakry (PAC) parmi les derniers ports évalués, les principaux partenaires techniques et financiers de la plateforme portuaire ont tenu à apporter des explications.
À l’issue d’un point de presse animé ce mercredi 24 juin à la Direction générale du PAC, les responsables de Conakry Terminal, d’Africa Global Logistics (AGL) et d’Alport ont unanimement attribué cette contre-performance aux effets de la forte congestion enregistrée en 2025, tout en assurant que des investissements majeurs sont en cours pour améliorer durablement les performances du port.
Interrogé, le directeur général de Conakry Terminal, Emmanuel Masson, a estimé que ce classement doit être analysé à la lumière de la croissance exceptionnelle du trafic enregistrée ces dernières années.
« Ce classement mesure notamment la fluidité de l’accueil des navires. Or, lorsque l’on a davantage de trafic et davantage d’activité, ce qui est notre cas, il y a plus de bateaux qui arrivent et il faut un certain temps pour absorber ces nouvelles dimensions et ces nouvelles données de trafic », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’augmentation du trafic maritime témoigne avant tout de l’attractivité grandissante du port de Conakry et du dynamisme de l’économie guinéenne.
« En 2023, nous avions trois services maritimes qui desservaient le terminal à conteneurs. Aujourd’hui, nous n’en traitons plus trois mais six. Il y a donc une véritable augmentation de l’activité », a-t-il souligné.
Le responsable de Conakry Terminal a rappelé que le volume des conteneurs traités est passé de 300 000 en 2023 à plus de 400 000 en 2025, avec une projection de plus de 500 000 conteneurs pour l’année 2026.
« Nous avons traité, en 2025, les flux que nous nous attendions à traiter en 2030 », a-t-il affirmé.
Pour Emmanuel Masson, les performances du terminal doivent également être appréciées au regard des capacités actuelles des infrastructures.
« Nous disposons essentiellement d’un quai pour les conteneurs et d’un quai pour les véhicules. Pourtant, nous avons traité plus de 400 000 conteneurs l’année dernière alors que certains ports de la sous-région, disposant de davantage de quais, réalisent deux fois moins de trafic tout en obtenant une meilleure note que nous », a-t-il déclaré.
Le directeur général de Conakry Terminal a également mis en avant les investissements consentis par le groupe AGL depuis son arrivée en Guinée.
« Nous avons investi environ 250 millions d’euros pour construire le quai actuel, acquérir les équipements portuaires, aménager les terre-pleins et développer le port sec de Kagbélén », a-t-il indiqué.
Afin d’accompagner la croissance du trafic, un vaste programme d’extension est en cours.
« Nous allons doubler la capacité du terminal grâce à un nouveau quai et à plus de 20 hectares de terre-pleins. Cette nouvelle capacité sera mise en service progressivement à partir de la fin de l’année 2026 jusqu’au début de l’année 2028 », a-t-il annoncé.
De son côté, le directeur pays d’Africa Global Logistics (AGL), Ibrahima Diallo, a insisté sur la nécessité d’avoir une lecture globale de la situation.

« La vérité sur la congestion, ce n’est pas le port qui est congestionné, c’est toute la ville de Conakry… Nous avons connu une année 2025 qui n’a pas été facile, je dirais même difficile. Nous avons vécu les volumes que nous attendions en 2030. Cela a été un choc pour l’ensemble de la communauté portuaire », a-t-il déclaré.
Pour lui, la congestion observée ne peut être réduite aux seules infrastructures portuaires.
« Le port est une porte. Beaucoup de choses se passent avant le port et beaucoup de choses se passent après le port », a-t-il expliqué.
Selon Ibrahima Diallo, l’augmentation du trafic constitue avant tout le reflet du dynamisme économique du pays.
« Les volumes que nous recevons font du port le premier indicateur de la vitalité économique de notre pays », a-t-il affirmé.
Le responsable d’AGL a tenu à rassurer les opérateurs économiques et l’opinion publique.
« Je veux porter un message positif et dire que la situation est sous contrôle. Il ne faut pas que nous donnions l’impression que cela ne va pas », a-t-il insisté.
Évoquant les difficultés logistiques rencontrées dans le Grand Conakry, il a souligné que les contraintes dépassaient largement l’enceinte portuaire.
« La vérité sur la congestion, ce n’est pas le port qui est congestionné. C’est toute la ville de Conakry qui est congestionnée. Aujourd’hui, quand nous recevons 2 000 conteneurs, il est impossible de faire sortir 2 000 conteneurs dans le Conakry que vous connaissez », a-t-il expliqué.

Selon lui, les efforts déployés depuis plusieurs mois commencent déjà à produire des résultats.
« L’année dernière, les magasins étaient vides et tout le monde se plaignait du manque de marchandises. Aujourd’hui, cela va beaucoup mieux. Ce n’est pas parfait, mais nous devons aller encore plus loin », a-t-il ajouté.
Fort de l’expérience du groupe AGL dans près de 50 pays, Ibrahima Diallo estime que la situation du port de Conakry reste maîtrisée.
« Beaucoup de pays nous envient nos problèmes. Aujourd’hui, ce n’est pas parfait, mais tout va bien », a-t-il conclu.
Le directeur général adjoint d’Alport, Ousmane Savané, a quant à lui présenté les investissements engagés pour absorber l’augmentation du trafic et renforcer les capacités opérationnelles du terminal conventionnel.
« Le trafic a effectivement augmenté. Pour faire face à ce grand défi et à ce succès économique, Alport a entrepris un important programme d’investissements d’urgence », a-t-il indiqué.
Parmi les mesures mises en œuvre figurent l’extension des capacités de stockage.
« Nous avons augmenté les capacités de stockage en réhabilitant certains entrepôts et en en construisant d’autres, ce qui a permis d’accroître la capacité globale de 80 000 tonnes », a-t-il précisé.
L’entreprise a également réalisé plusieurs infrastructures destinées à fluidifier les opérations.
« Nous avons aménagé trois hectares de terre-pleins entièrement gagnés sur la mer en un temps record », a souligné Ousmane Savané.
Le responsable a également annoncé l’achèvement prochain de nouvelles infrastructures portuaires.
« Nous avons déjà réalisé un poste pétrolier ainsi qu’un nouveau quai. Un autre quai est actuellement en phase terminale de réalisation », a-t-il déclaré.
Selon lui, les résultats de ces investissements devraient rapidement se refléter dans les indicateurs de performance.
« Les difficultés observées en 2025 étaient liées à la congestion. Mais avec les nouvelles dynamiques engagées, les résultats évoluent déjà positivement et, l’année prochaine, vous constaterez une nette amélioration des performances portuaires », a-t-il assuré.
Ousmane Savané a enfin annoncé l’arrivée prochaine de nouveaux remorqueurs destinés à renforcer les capacités d’accueil des navires.
« Ces équipements permettront d’améliorer les capacités de manœuvre des navires et la fluidité des opérations portuaires », a-t-il affirmé.

La rencontre s’est achevée par une visite guidée à l’intérieur du Port autonome de Conakry. Les journalistes ont notamment découvert les chantiers du nouveau quai en cours de réalisation ainsi que plusieurs infrastructures en développement destinées à accompagner la croissance continue du trafic portuaire et à renforcer la compétitivité du principal poumon économique de la Guinée.
Aminata Camara


