À la Coupe du monde 2026, les dix représentants africains, à l’exception de la Tunisie, ont rivalisé avec les plus grandes nations du football mondial comme le Portugal, la Belgique, l’Argentine, l’Allemagne ou encore l’Angleterre. Sur le papier comme sur le terrain, ces sélections africaines ont affiché une forte compétitivité et ont même frôlé des exploits largement mérités. Mais un même scénario est venu transformer l’espoir en désillusion : la difficulté à gérer les dernières minutes des rencontres.
Lors des phases à élimination directe, quatre sélections africaines : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la RDC et l’Égypte, ont été éliminées. Si la RDC, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont quitté la compétition en seizièmes de finale, l’Égypte a atteint les huitièmes avant de tomber. Malheureusement, toutes ces équipes ont connu le même sort : une élimination dans les quinze dernières minutes, voire dans le temps additionnel, au terme de scénarios particulièrement cruels.
Sénégal – Belgique : 2-2, élimination en prolongation
Après une phase de groupes compliquée, les Lions de la Teranga affrontent les Diables Rouges de Belgique. Pourtant, cette équipe belge semblait à la portée du Sénégal. Les hommes de Pape Thiaw maîtrisent la rencontre jusqu’à la 86e minute grâce notamment à un doublé d’Ismaïla Sarr. Mais un coaching jugé approximatif, des changements contestés et quelques erreurs individuelles permettent à la Belgique de revenir dans la partie. Score final après 90 minutes : 2-2. Le Sénégal est finalement éliminé dans les dernières secondes de la prolongation. Une désillusion immense. 2-3, score final.
RDC – Angleterre : 1-2, le coup de poignard à la 86e minute
Dans une rencontre à leur portée, les Léopards de la RDC, portés par des joueurs en forme notamment sur les côtés, démontrent qu’ils disposent des arguments nécessaires pour sortir les Three Lions. Ils ouvrent rapidement le score et se procurent plusieurs occasions franches, notamment par Yoane Wissa. Mais, une nouvelle fois, le scénario se répète. Rattrapée par le réalisme anglais et notamment celui de Harry Kane, la RDC s’incline finalement 2-1 à la 86e minute. Un nouveau coup dur.
Côte d’Ivoire – Norvège : 1-2, Haaland brise le rêve ivoirien
Les Éléphants parviennent à revenir au score grâce à Amad Diallo. À cet instant, la Côte d’Ivoire semble capable de prendre l’avantage. Mais c’était sans compter sur Erling Haaland, qui inscrit le but décisif à la 86e minute et met fin aux espoirs ivoiriens. Une élimination aussi cruelle qu’inattendue.
Égypte – Argentine : une avance de 2-0 envolée
Les Pharaons réalisent une première période presque parfaite. Ils mènent 2-0 face aux champions du monde argentins et semblent alors maîtriser leur destin. Mais dans les trente dernières minutes, Lionel Messi et ses coéquipiers renversent totalement la situation en inscrivant trois buts. L’Égypte quitte finalement la compétition. Un scénario difficile à imaginer, mais qui rappelle les précédentes déconvenues africaines.
Pourtant, ces équipes tiennent tête à leurs adversaires durant une grande partie des rencontres avant de céder dans les instants décisifs. Le complexe d’infériorité ? Non. Ces joueurs évoluent dans les meilleurs clubs européens et côtoient chaque semaine les plus grands noms du football mondial. Le talent est là. L’organisation aussi.
Le problème semble davantage lié à la gestion tactique et mentale des moments clés. À quinze minutes du coup de sifflet final, certains choisissent souvent de défendre plus bas en pensant préserver le résultat. Une stratégie qui peut se révéler dangereuse. Car un but encaissé redonne immédiatement confiance à l’adversaire et peut provoquer un basculement psychologique. La meilleure manière de défendre reste parfois de continuer à attaquer. En reculant, une équipe offre à son adversaire les moyens de reprendre le contrôle.
L’entraîneur belge Rudi Garcia l’a d’ailleurs reconnu. « Avec ces équipes-là, nous savons qu’elles vont finir par se désorganiser en fin de partie et nous allons faire la différence », a-t-il déclaré après Sénégal-Belgique.
Casimir, ancien entraîneur du Hafia FC, partage cette analyse : « C’est tout simplement de la naïveté tactique. Comment le Sénégal peut-il mener 2-0 contre la Belgique et se faire rejoindre ? L’inverse n’arriverait jamais. Aujourd’hui, nos joueurs évoluent dans les meilleurs clubs d’Europe et sont entraînés par les meilleurs coachs du monde. Il n’y a plus de complexe. Le problème est tactique et c’est une question de gestion de match. Tu ne peux pas mener 2-0 contre l’Argentine et les laisser jouer en un contre un. Je l’ai toujours dit : 2-0, c’est un mauvais score. Dès que tu encaisses un but, tu hésites : faut-il attaquer ou défendre ? Et là, ça devient compliqué ».
Mais l’ancien technicien reste optimiste : « Avec le talent qu’il y a dans les sélections africaines : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Maroc et même la Guinée, un jour elles peuvent remporter la Coupe du monde. Il faut une bonne organisation et réunir tous les ingrédients nécessaires. Il faut davantage de travail, et cela viendra ».
Notre consultant sportif, Hamid Bangoura, ajoute : « L’élimination en fin de match s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le physique : en fin de rencontre, ces équipes montrent des signes de fatigue. Ensuite, le mental : on peut être fatigué, mais avec une grande force mentale, on peut tenir. Globalement, les joueurs africains ont progressé. On ne peut plus parler de complexe. En revanche, les entraîneurs n’ont pas évolué dans la même proportion. On juge un sélectionneur sur sa gestion des fins de match, sa tactique et ses changements. Malheureusement, nos sélectionneurs ne sont pas encore au niveau ».
Sur les dix équipes africaines engagées, dont neuf qualifiées pour le second tour, il ne reste désormais plus que le Maroc dans la compétition. Le talent africain est indéniable. Il reste toutefois à renforcer la gestion des rencontres, la rigueur tactique et la maîtrise des dernières minutes pour franchir définitivement un nouveau cap.
Lonceny Camara


