Au nombre des défis auxquels la République démocratique du Congo (RDC) est confrontée, figure cette nouvelle épidémie d’Ebola, dont le pays est historiquement le berceau. Une nouvelle manifestation de la maladie d’autant plus redoutable qu’elle est causée par la souche Bundibugyo, contre laquelle il n’existe à ce jour aucun vaccin homologué ni traitement approuvé. Et à en croire l’OMS, alors que le fléau a déjà coûté la vie à plus de 2 300 personnes, le pire pourrait encore être devant nous, dans la mesure où l’épidémie pourrait toucher d’autres zones du pays, voire d’autres pays de la région. La chaîne de propagation n’est en effet pas encore maîtrisée, a averti le Directeur général de l’organisation, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. La faible mobilisation des ressources d’un côté, l’enclavement de certaines zones et les conflits armés de l’autre, rendent la lutte particulièrement ardue.
Une progression historiquement rapide
Les données disponibles, trois mois après la déclaration de cette 17ème épidémie d’Ebola de l’histoire de la RD Congo, confirment l’inquiétude exprimée par le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). On dénombre en effet près de 5000 cas confirmés, dont plus de 2 300 décès, pour un total de six provinces et 55 zones de santé touchées.
Mais l’alerte de Tedros Adhanom Ghebreyesus tient surtout à la vitesse à laquelle la maladie continue de se propager. Selon l’OMS, il s’agit déjà de la deuxième épidémie d’Ebola la plus importante jamais enregistrée, juste derrière celle d’Afrique de l’Ouest (2014-2016), et sa progression est plus rapide que toutes les flambées précédentes. Certaines personnes-contacts n’étant pas toujours identifiées, a fortiori suivies, la riposte peine encore à produire les effets escomptés.
Des moyens qui peinent à suivre
Le personnel actuellement engagé dans la riposte devrait être renforcé et davantage motivé, pour couvrir davantage de zones et permettre le suivi d’un maximum de personnes-contacts. Mais cela suppose des ressources financières supplémentaires, d’autant plus difficiles à mobiliser que l’attention internationale reste largement accaparée par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.
Au-delà de cette question de rareté des ressources, les acteurs de la riposte se heurtent également à des défis internes à la RD Congo. D’une part, les conflits armés qui secouent certaines régions du pays contraignent les populations à se déplacer, provoquant des mouvements massifs qui contribuent à allonger la chaîne de propagation. Des mouvements de populations également liés à l’exploitation minière attirant des personnes de part et d’autre des frontières. D’autre part, comme cela avait déjà été observé lors de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, certaines communautés, effrayées par le taux de létalité élevé de la maladie, actuellement estimé à environ 46 % pour cette épidémie, ont tendance à refuser de se soumettre au dépistage. Pire, elles sont parfois enclines à fuir les agents de santé et, sans le savoir, à disséminer davantage le virus parmi les leurs.
Un risque de régionalisation
Comme on le voit, dans cette région des Grands Lacs où les frontières sont plus que jamais poreuses, le risque de régionalisation de l’épidémie est réel, quelques cas ont d’ailleurs déjà été rapportés en Ouganda voisin. Une perspective qu’il faut absolument éviter, mais qui suppose une mobilisation à la hauteur du danger, laquelle peine encore à se mettre en place. Il est donc à espérer que l’alerte du Directeur général de l’OMS sonne enfin le réveil de la communauté internationale.
Boubacar Sanso Barry


