Comme dans toutes les localités récemment érigées en régions ou préfectures, c’est l’espoir que domine à Sabadou-Baranama. Avec le nouveau statut, les populations dans leur ensemble, attendent bien entendu en tout premier lieu une plus grande proximité avec les services de l’Etat. Mais au-delà, c’est ensemble de transformations qualitatives que Sabadou-Baranama devrait vivre désormais. Notamment en matière d’autonomisation des femmes. C’est du moins l’espoir que nourrit Hawa Oularé, porte-parole des femmes de la localité. Incarnant, à elle seule, les attentes d’une communauté féminine qui voit dans ce nouveau statut bien plus qu’un simple changement administratif, elle voit derrière le décret récent du président de la République, une véritable promesse de transformation pour leur quotidien.
C’est avec un large sourire que Hawa Oularé raconte l’attente, parfois longue, qui a précédé cette annonce : « Nous sommes vraiment heureuses parce que Sabadou-Baranama est devenue préfecture. Cela faisait longtemps que nous le voulions. Aujourd’hui, c’est devenu une réalité, et toutes les femmes sont contentes », confie-t-elle d’entrée.
Au-delà de la fierté, c’est un espoir concret que porte la représentante des femmes : celui de voir enfin les activités économiques se développer localement, pour limiter l’exode des femmes vers d’autres villes du pays. « Cela va beaucoup changer le quotidien des femmes, à travers de nouvelles activités et le développement. Les femmes qui se déplacent vers d’autres villes pourront rester ici si des emplois sont créés », explique-t-elle.
Aux yeux de Hawa Oularé, cette nouvelle dynamique économique pourrait ainsi retenir chez elles des femmes aujourd’hui contraintes de quitter Sabadou-Baranama pour trouver de meilleures opportunités ailleurs. Un phénomène qu’elle observe depuis longtemps, et dont elle espère voir la fin.
Un centre de santé amélioré, mais une éducation à la traîne
Si elle se réjouit des avancées obtenues sur le plan sanitaire, avec un centre de santé amélioré, Hawa Oularé n’élude pas les difficultés persistantes, en particulier dans le secteur de l’éducation. Selon elle, le manque d’enseignants demeure l’un des freins majeurs au développement de la localité : « L’éducation reste un problème. Nombreuses sont les femmes qui n’ont pas fait d’études, et beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés. Il y a surtout un manque d’enseignants », déplore-t-elle.
Pour la porte-parole des femmes, cette faiblesse du système éducatif local n’est pas un détail. Elle condition conditionne tout au contraire, selon elle, une bonne partie des autres défis auxquels les femmes de Sabadou-Baranama sont confrontées.
L’émancipation économique, un chantier prioritaire
C’est peut-être sur ce point que le plaidoyer de Hawa Oularé est le plus pressant. Pour elle, l’heure n’est plus aux discours, mais à l’accompagnement concret des femmes qui, faute de formation ou de métier, restent en marge du développement économique local : « Aujourd’hui, nous avons besoin d’accompagnement. Les femmes souffrent vraiment, et beaucoup n’ont pas de métier. Si elles sont aidées, cela permettra leur émancipation ».
Une requête qu’elle adresse directement aux nouvelles autorités préfectorales, appelées selon elle à faire de l’autonomisation des femmes une priorité dès les premiers pas de la nouvelle préfecture.
Les attentes portées par Hawa Oularé semblent avoir déjà trouvé un écho chez les plus jeunes. Non loin de là, autour d’un forage, Aminata, une adolescente d’une quinzaine d’années, échange avec ses amies sur cette même actualité. Pour elle, l’érection de Sabadou-Baranama en préfecture est aussi synonyme d’espoir de bénéficier, un jour, des mêmes opportunités que les filles de Kankan, Siguiri ou Mamou. « Je suis très satisfaite, et je pense que nous, les filles, ne serons pas oubliées par les cadres que l’État va envoyer ici », confie-t-elle, avec une pointe d’optimisme.
Le début d’un long chemin
Pour Hawa Oularé, ce nouveau statut de préfecture ne constitue qu’un point de départ. Le plus important, insiste-t-elle, reste à venir. Il s’agit notamment, à l’en croire, de transformer cette annonce en actes concrets, pour faire de Sabadou-Baranama un véritable pôle de développement, à la hauteur des espoirs qu’elle porte, elle et l’ensemble des femmes de sa localité.
Michel Yaradouno


