Depuis la fermeture du site de Dar-es-Salam, la gestion des déchets à Conakry connaît un nouveau tournant. Désormais contraintes d’acheminer les ordures vers Barétodé, à Kouria, les petites et moyennes entreprises chargées de la collecte font face à de multiples obstacles : vétusté des engins, manque de bacs et surtout longueur des trajets. A Kakimbo, les difficultés sont visibles jusque dans les cours des zones de transit, où des dizaines de tricycles restent immobilisés.
A Conakry, les zones de tri et de transit (ZTT), installées dans plusieurs communes de la capitale, constituent un maillon essentiel dans la chaîne de gestion des déchets. Mais aujourd’hui, ce dispositif est fortement mis à rude épreuve.

A Kakimbo, dans la commune de Ratoma, le décor est révélateur. Des odeurs nauséabondes se dégagent du site, tandis que des déchets s’amoncellent autour de bacs déjà débordés. Dans la cour et jusque devant le site, plusieurs tricycles chargés d’ordures restent stationnés, faute de pouvoir poursuivre rapidement leur rotation.
La situation s’est davantage compliquée depuis que le site historique de Dar-es-Salam ne reçoit plus les ordures. Selon les orientations des autorités, les déchets doivent désormais être acheminés vers le nouveau site de Barétodé, dans la sous-préfecture de Kouria, préfecture de Coyah.
Un changement qui bouleverse le quotidien des PME chargées de la collecte.
Sur place, Mamadou Pathé Bah, chef adjoint du site de transit de Kakimbo, explique que l’immobilisation des nombreux tricycles est liée à plusieurs difficultés, à commencer par l’état du parc automobile.

« Les engins sont peu nombreux pour la commune de Ratoma. Déjà, les camions que nous avons sont vétustes ; ce sont des véhicules qui ont beaucoup servi. Quand vous travaillez avec ce type d’engins dans les déchets, il faut les entretenir. Mais l’arrivée des nouvelles autorités à la tête de la commune est en train de changer les choses ; elles se battent pour cela », explique-t-il.
A cette vétusté s’ajoute désormais la distance qui sépare Kakimbo du nouveau site de décharge. Pour le responsable, cette nouvelle configuration ralentit considérablement le rythme de travail.
« Le fait que Dar-es-Salam ne reçoive plus d’ordures a impacté tout le travail. Même les ordures qui partaient à Dubréka venaient à Dar-es-Salam. Nous ne faisions pas plus d’une heure de trajet entre Kakimbo et Dar-es-Salam. Vu que nous devons désormais débarquer à Barétodé (Kouria), il faut s’attendre à six heures de trajet. Donc, cela ralentit le travail », ajoute-t-il.
Pour les PME de collecte, les conséquences se font déjà sentir sur le terrain. Un responsable, qui exerce cette activité depuis 2023, estime que le ralentissement des opérations menace directement ses revenus et ceux de ses employés.
Selon lui, plusieurs clients abonnés à son entreprise commencent progressivement à se désengager, faute de passages réguliers.

« Nous avons la volonté de travailler parce que c’est ici que je gagne pour nourrir ma famille, et actuellement les choses ne fonctionnent pas bien. Les abonnés commencent à se retirer parce que nous n’arrivons pas à passer quotidiennement chez certains. Les jeunes travailleurs que vous avez vus assis attendent leur salaire à la fin de chaque mois ; on les paie grâce aux abonnements », explique-t-il.
Une situation qui fait planer l’incertitude sur plusieurs emplois liés directement ou indirectement à la collecte des déchets.
Ousmane Traoré, conducteur de tricycle, connaît lui aussi les effets de ce ralentissement. Chaque jour, il sillonne les concessions des abonnés pour ramasser leurs ordures. Une activité qui constitue, dit-il, son principal moyen de subsistance.
« Avant, nous passions dans plusieurs concessions pour prendre des ordures, et cela presque toute la journée. Mais actuellement, après le tour du matin, nous ne sortons plus, parce que les bacs dans lesquels nous déchargeons ces déchets sont remplis. Le reste de la journée, nous la passons assis ici. J’ai peur que ce temps libre que nous passons sans rien faire ne devienne un prétexte pour nos responsables afin de nous retirer le boulot. C’est ici que je me débrouille », a-t-il expliqué.

A Kakimbo, le problème dépasse donc la seule question de l’évacuation des déchets. Derrière les tricycles immobilisés et les bacs qui débordent se joue également l’avenir économique de nombreux travailleurs qui dépendent directement de cette activité.
Et la situation ne semble pas limitée à Kakimbo. Dans d’autres zones de tri et de transit, notamment à Fossédet, le même constat est fait. Des tricycles stationnés au bord de la chaussée perturbent parfois la circulation, témoignant des difficultés rencontrées dans l’évacuation des déchets depuis la fermeture de Dar-es-Salam.
Akoï Pascal Boré


