Alors que Rabat et Alger se disputent l’influence diplomatique sur le continent africain, la Guinée vient de clarifier sa position sur l’un des dossiers les plus sensibles du Maghreb. En recevant à Conakry le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, le chef de la diplomatie guinéenne Morissanda Kouyaté a affirmé sans détour le soutien de son pays à la marocanité du Sahara occidental.
La clôture de la 8ᵉ session de la grande commission mixte de coopération, tenue à Conakry le 8 août 2026, a réuni le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et son homologue guinéen Morissanda Kouyaté.
Les deux délégations ont passé en revue plusieurs domaines de coopération, débouchant sur l’adoption de nouveaux instruments juridiques. Le chef de la diplomatie guinéenne a salué des « réalisations utiles, guidées par les visions stratégiques de nos deux gouvernements et conscientes de la richesse de nos potentialités naturelles comme de la qualité de nos ressources humaines », précisant que les deux délégations ont retenu « des actions fortes dans les secteurs essentiels ».
Morissanda Kouyaté a toutefois tenu à replacer ces avancées dans une perspective de résultats concrets plutôt que de formalisme diplomatique : « Derrière chaque accord se trouve une attente, derrière chaque signature une responsabilité. Notre véritable succès ne se mesurera donc pas au nombre de textes signés mais aux changements concrets qu’ils produiront pour nos populations ».
C’est cependant sur le dossier du Sahara occidental que la rencontre a pris une tournure particulièrement significative. Le ministre guinéen a saisi l’occasion pour clarifier la position de Conakry sur ce contentieux qui oppose depuis près de cinq décennies le Maroc au Front Polisario, soutenu par l’Algérie.
« La République de Guinée sans ambages réitère son soutien constant et indéfectible à la marocanité du Sahara et à la souveraineté du Maroc sur cette partie de son territoire », a déclaré Dr Morissanda Kouyaté.
Pour rappel, le Sahara occidental reste l’un des différends territoriaux les plus anciens et les plus rigides du continent. Depuis la fin de la colonisation espagnole en 1975, le Maroc administre l’essentiel du territoire et en revendique la pleine souveraineté, tandis que le Front Polisario, appuyé par l’Algérie, réclame l’indépendance et l’organisation d’un référendum d’autodétermination sous supervision de l’ONU.
Les relations entre Rabat et Alger, déjà historiquement tendues, se sont rompues officiellement en août 2021, l’Algérie reprochant notamment au Maroc son rapprochement stratégique avec Israël et le soutien croissant obtenu par Rabat auprès de puissances occidentales, les États-Unis ayant reconnu en 2020 la souveraineté marocaine sur le territoire, suivis par la France en 2024. Depuis, les deux capitales maghrébines se livrent une bataille d’influence permanente, cherchant chacune à rallier un maximum de pays, notamment africains, à leur position respective.
C’est dans ce contexte de rivalité continentale que s’inscrit la déclaration de Conakry : chaque prise de position d’un État africain sur ce dossier pèse dans le rapport de force que se livrent Rabat et Alger pour asseoir leur influence, notamment en Afrique de l’Ouest.
N’Famoussa Siby


