Le Centre culturel franco-guinéen de Conakry a accueilli, ce vendredi 18 septembre 2026, la cérémonie de clôture de la quatrième édition du concours national « Filme la Guinéenne qui t’inspire ». Une initiative de l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI) qui met la créativité numérique de la jeunesse au service de la valorisation des parcours de femmes guinéennes.
La cérémonie a réuni notamment Luc Briard, ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, des cadres de la représentation diplomatique, la représentante adjointe de l’UNFPA en Guinée ainsi que la représentante de Plan International en Guinée et d’autres personnalités.
A travers des vidéos réalisées par de jeunes Guinéens, cette initiative vise à mettre en lumière des femmes souvent éloignées des projecteurs, tout en encourageant une utilisation du numérique au service de récits à portée sociale.

Pour Baro Condé, président de l’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI), à l’initiative du concours, le projet est parti d’une volonté de raconter des femmes dont les parcours restent souvent méconnus.
« Il y a quatre ans, lorsque nous avons lancé cette initiative avec le soutien de l’ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone, nous sommes partis d’une conviction assez simple. Il y a autour de nous des femmes extraordinaires dont on ne raconte pas suffisamment leur histoire. Pas nécessairement des femmes célèbres, encore moins celles que nous voyons à la télévision ou dans les grandes cérémonies », a-t-il déclaré.
Il cite notamment les mères, enseignantes, entrepreneures, activistes ou encore vendeuses de marché qui, selon lui, contribuent chaque jour à faire évoluer leur communauté.
« Nous voulions justement porter notre regard ailleurs, vers ces femmes du quotidien que nous côtoyons, sans toujours mesurer la force de leur parcours ou l’impact de ce qu’elles accomplissent. Une mère, une enseignante, un entrepreneur, un activiste, une vendeuse au marché de Matoto, une femme engagée dans sa communauté. Des héroïnes, parfois anonymes, que nous croisons dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos marchés, et qui parfois, sans bruit, changent de vie », a-t-il expliqué.

L’initiative vise également à permettre aux jeunes de transformer leurs outils numériques en instruments de narration et de sensibilisation.
« A travers ce concours, nous avons voulu donner aux jeunes l’opportunité d’utiliser le numérique autrement, pour raconter des histoires utiles, mettre en lumière des femmes porteuses de messages positifs et faire entendre des voix que l’on entend encore trop peu », a-t-il poursuivi.
Présent à la cérémonie, l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a salué la portée du concours et sa capacité à donner une visibilité aux femmes dont les histoires sont peu médiatisées.
« Il me semble que votre initiative est une des plus intelligentes que l’on ait eu à soutenir parce qu’elle est évidemment une vocation de donner une voix à ceux qui ont peu de voix, de donner une visibilité à ceux qui ont peu de visibilité et finalement c’est presque une mise en abyme de cette diplomatie féministe parce que ce sont vos mots, ce sont vos images qui mettent en valeur vos femmes inspirantes et aussi tous les enjeux de cette société », a-t-il affirmé.
L’ambassadeur a également réaffirmé le soutien de la France aux initiatives liées aux droits des femmes.
« Cette initiative est une initiative qui a de l’impact parce que justement elle met avec beaucoup de subtilité des femmes du quotidien qui viennent relayer, sans le dire même, la réalité de leur combat. Et donc la France se tiendra toujours aux côtés de celles et de ceux qui défendent les droits internationaux en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, mais aussi en matière de droits économiques, sociaux et culturels, de droits civiques et politiques », a-t-il martelé.


Voici les lauréats de la 4e édition
Après plusieurs productions soumises à l’appréciation du jury et du public, la quatrième édition a livré son palmarès.
Abdoulaye Sylla décroche le Prix Impact du jury, tandis que Victorine Balamou reçoit le Prix du leadership communautaire.
Le Prix spécial de l’ambassadeur de France revient à Ibrahima Tanou Diallo.
Enfin, Kadiatou Cissé s’adjuge le Prix du grand public, au terme du vote des internautes et du public.
Les différents lauréats repartent avec plusieurs équipements destinés notamment à renforcer leurs capacités dans la création de contenus : téléphones, caméras, micros-cravates et trépieds.
Abdoulaye Sylla : une histoire familiale au cœur du Prix Impact
Pour le lauréat du Prix Impact du jury, Abdoulaye Sylla, cette distinction a une dimension particulièrement personnelle. Sa vidéo raconte l’histoire de sa tante et le combat mené par sa mère autour d’une affaire judiciaire à Boffa.


« J’ai reçu le premier prix du jury, le premier prix qu’on appelle le prix Impact et Justice. Donc pour moi c’est une histoire de vie parce que c’est un concours qui me tenait beaucoup à cœur », a-t-il souligné.
Après une première participation au concours, Abdoulaye Sylla est revenu cette année avec une production directement liée au thème de la justice. Il explique que son récit s’inspire d’une histoire vécue au sein de sa famille.
« Donc ça retrace l’histoire de ma tante, je tiens à préciser cela. La Guinéenne qui m’inspire c’est ma mère qui s’est battue pour que sa grande soeur puisse se libérer d’une injustice qui a été posée à Boffa », a-t-il soutenu.
Selon son témoignage, sa tante avait passé plusieurs mois en détention après avoir été accusée d’avoir commandité le meurtre de sa coépouse, avant d’être libérée après une décision judiciaire.
« La vidéo m’a particulièrement marqué parce que c’est une histoire que j’ai vécu dans ma famille. Je suis content et je remercie les organisateurs. J’appellerais ça le prix du mérite parce que j’ai vraiment travaillé pour ça », a-t-il salué.
Kadiatou Cissé choisit de raconter sa propre histoire

Avec le Prix du grand public, Kadiatou Cissé a, elle aussi, choisi une approche personnelle. Alors que le concept consiste à filmer une Guinéenne qui inspire, elle a décidé de raconter son propre parcours.
« Alors j’ai remporté le plus beau prix aujourd’hui, donc je ne peux qu’être fière, heureuse et satisfaite. Je suis toute émue, ça montre à quel point les gens ont été touchés par mon histoire », dit-il elle.
La lauréate explique avoir voulu montrer son évolution, de son enfance jusqu’à la femme qu’elle devient aujourd’hui.
« Dans le film j’ai raconté mon propre histoire parce que le concept du concours c’était de filmer une Guinéenne qui nous inspirait. Et moi avec zéro modestie je suis la Guinéenne qui m’inspire, donc j’ai eu l’idée de me filmer moi-même, de filmer mon parcours de la petite fille que j’étais avant à la femme que je suis en train de devenir », a-t-elle indiqué.

Avec Abdoulaye Sylla, Victorine Balamou, Ibrahima Tanou Diallo et Kadiatou Cissé, cette quatrième édition s’achève ainsi sur un palmarès qui met en avant plusieurs manières de raconter les femmes guinéennes : à travers la justice, l’engagement communautaire, le regard institutionnel et l’expérience personnelle.
N’Famoussa Siby


