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Malgré la guerre au Moyen-Orient, le Golfe maintient le cap en Afrique

Le conflit n’a pas freiné l’engagement des monarchies du Golfe sur le continent africain. Arabie saoudite, Qatar, Oman et Émirats arabes unis y poursuivent leurs investissements dans l’énergie, les infrastructures et la logistique.

Le conflit au Moyen-Orient devait sonner le glas de l’offensive africaine des États du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Amorcée au début des années 2010, elle s’est fortement accélérée depuis le début de la décennie. Avec la guerre, beaucoup s’attendaient à voir les capitaux du Golfe réorientés vers la sécurité nationale et la reconstruction. Il n’en a rien été. Ces pays ont maintenu leur engagement, car il sert des objectifs de long terme, qu’il s’agisse de sécurité alimentaire, de diversification économique ou d’influence internationale.

L’Arabie saoudite élargit son champ d’action

En août, l’opérateur saoudien Red Sea Gateway Terminal (RSGT) a annoncé envisager de reprendre l’exploitation du port du Cap. Ce serait sa première implantation en Afrique. Le groupe profiterait ainsi de la politique de privatisation engagée par l’Afrique du Sud pour relancer ses ports. Depuis le début du conflit dans le Golfe, Le Cap sert d’escale de repli à de nombreux navires. Le port reste pourtant classé dernier au monde par l’indice 2025 de performance des ports à conteneurs de la Banque mondiale et de S&P Global, un retard que RSGT entend combler.

Le groupe rejoindrait en Afrique du Sud Zahid Group, ACWA Power et Ajlan & Bros Mining, déjà présents dans la construction, l’énergie et l’industrie. Si les pays du Golfe sont très actifs dans les transports et la logistique en Afrique, ce secteur reste dominé par les groupes émiratis et qataris. Le projet du Cap pourrait ouvrir la voie à d’autres investissements saoudiens sur le continent.

En juillet, ACWA Power a annoncé un investissement de 700 millions de dollars dans la centrale à gaz de N’Diago (230 MW) en Mauritanie, dont il détiendra 60 %, l’État mauritanien conservant le reste. Financé avec l’appui du Fonds saoudien de développement, ce projet s’ajoute à l’usine de dessalement de 800 millions de dollars que le groupe construit au Sénégal. Jusqu’ici concentrés sur l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud, les investissements saoudiens s’orientent désormais vers des économies plus petites. Cette évolution rejoint l’objectif de Riyad de réaliser 25 milliards de dollars d’investissements privés en Afrique subsaharienne entre 2024 et 2034.

Pour le Qatar, l’aérien comme levier d’influence

En août, Qatari Diar, filiale immobilière du fonds souverain QIA, a lancé la première phase d’Alam El Roum, un complexe touristique de luxe de 29,7 milliards de dollars en Égypte. Sa première tranche de financement (4,5 milliards de dollars) constitue le plus important investissement qatari dans le pays. La relation bilatérale, longtemps centrée sur les hydrocarbures, se diversifie. En mai, Green Sky Capital s’était engagé à construire une usine de production de carburant évaluée à 500 millions de dollars. Ces projets pourraient entraîner d’autres investissements dans les transports, l’énergie et la sécurité alimentaire, secteurs déjà couverts par des accords bilatéraux.

L’aérien reste toutefois au cœur de la stratégie qatarie. En mai, Power International Holding (PIH), détenu par la famille Al-Khayyat, s’est positionné sur la construction d’une autoroute de 400 kilomètres en RDC et de l’aéroport de Bishoftu en Éthiopie. Estimé à plus de 12,5 milliards de dollars, ce dernier doit ouvrir d’ici 2030 avec une capacité de 100 millions de passagers par an, ce qui en ferait le plus grand aéroport d’Afrique. PIH construit déjà l’aéroport international de Bugesera au Rwanda, détenu à 60 % par Qatar Airways.

La compagnie a annoncé en mai l’ouverture d’une ligne vers Port-Soudan cet été, la reprise de ses vols vers Kigali, Marrakech et les Seychelles, ainsi que davantage de fréquences vers l’Égypte, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. Ces choix répondent au poids croissant du marché africain et à la nécessité de compenser les perturbations liées à la guerre. Ils confirment aussi la volonté de Doha d’utiliser l’aérien comme outil d’influence géopolitique et économique.

Oman renforce sa présence

Du 7 au 9 août, le président rwandais Paul Kagame s’est rendu à Oman. Sa visite a débouché sur deux accords de coopération et six protocoles d’accord dans l’agriculture, la logistique, l’investissement et la coopération stratégique, dans la continuité de textes signés en janvier. En avril, le président botswanais Duma Boko avait obtenu d’Oman la construction d’une centrale solaire de 500 MW et la signature d’un accord d’exploitation minière. Ces projets doivent aider le Botswana à réduire sa dépendance au diamant, tout en servant la diversification de l’économie omanaise, encore largement dépendante du pétrole.

La présence omanaise en Afrique reste modeste comparée à celle de ses voisins. Le lancement en avril de l’African Bank of Oman, destinée à développer les échanges commerciaux avec l’Angola, montre néanmoins la volonté de Mascate de s’y implanter durablement.

Les Émirats, premier investisseur du Golfe

Les Émirats arabes unis restent le premier investisseur du Golfe en Afrique, tant par les montants engagés que par la variété des secteurs. En août, l’Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) a finalisé le rachat des activités aval de Shell en Afrique du Sud pour 1 milliard de dollars, dont un réseau de 580 stations-service. Le groupe s’intéresse aussi à une entrée au capital de la raffinerie Dangote à Lagos, la plus grande du continent, qui vise à porter sa capacité de 700 000 à plus d’un million de barils par jour d’ici 2030.

MTN, premier opérateur mobile d’Afrique, et l’homme d’affaires dubaïote Tarek Al Ashram vont par ailleurs développer des centres de données pour accompagner le déploiement de l’intelligence artificielle. Porté par la coentreprise Africa Data Hub Holding Ltd, le projet concernera le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux premières économies d’Afrique subsaharienne.

En août, le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères, Cheikh Shakhboot bin Nahyan Al Nahyan, a rencontré son homologue guinéen et promis le soutien d’Abou Dhabi à Simandou 2040, le programme de développement économique de long terme de la Guinée. Le 7 septembre, la Guinée, Emirates Global Aluminium (EGA) et sa filiale Guinea Alumina Corporation (GAC) ont conclu un accord en vue de futurs partenariats. Ce rapprochement marque une nette amélioration des relations entre EGA et Conakry, après le retrait de la licence d’exploitation de bauxite de GAC en 2025. La Guinée a attiré 7,8 millliards de dollars en IDE cette même année.

Des partenaires de plus en plus incontournables

L’engagement des États du CCG sert avant tout leurs intérêts stratégiques. Il permet aussi aux pays africains de diversifier leurs partenaires de développement et d’investissement, dans un contexte géopolitique instable où des partenaires traditionnels comme les États-Unis ont réduit leur engagement sur le continent.

Boubacar Sanso Barry

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