L’interdiction des sachets plastiques à usage unique risque d’avoir des répercussions directes sur les unités de production d’eau en sachet, qui pourraient être contraintes à la fermeture. Une perspective qui suscite des inquiétudes au sein de la population, entre besoins des ménages, emplois menacés et alternatives jugées coûteuses.
Dans le cadre de la lutte contre la pollution plastique, l’interdiction des sachets plastiques à usage unique risque d’avoir des conséquences directes sur les unités de production d’eau en sachet, qui pourraient être amenées à fermer. Une perspective qui suscite des réactions au sein de la population. Pour Thierno Seydou Barry, citoyen interrogé sur cette mesure, la situation comporte à la fois des avantages et des conséquences sur les ménages, les travailleurs et les opérateurs économiques.
« Moi, l’analyse que j’ai à vous donner, je suis un peu sceptique. Pourquoi ? Parce qu’il y a l’avantage et il y a l’inconvénient. Commençons par les inconvénients. L’inconvénient, c’est quoi ? Il y a une prolifération de plastique dans la ville », explique-t-il.
Mais au-delà de la question environnementale, Thierno Seydou Barry estime que les sachets d’eau répondent à un besoin important de la population. Il évoque notamment l’accès à l’eau potable et l’utilisation de ces sachets lors des cérémonies familiales.
« Depuis qu’il y a eu l’apparition de ces usines d’eau-là, franchement le choléra a disparu. Sinon chaque année, les mois de juin, juillet, je crois qu’il y avait une épidémie de choléra qui ravageait pas mal de monde à Conakry. Mais depuis qu’il y a eu ces usines d’eau-là, franchement le choléra a disparu », affirme-t-il.

Il souligne également les difficultés auxquelles pourraient être confrontées les familles si elles doivent désormais se tourner exclusivement vers l’eau en bouteille, notamment lors des mariages, baptêmes ou décès.
« Dans les cérémonies de mariage, baptême, décès, on est habitué à donner de l’eau aux invités. Maintenant, il y a un problème à ce niveau. Comment, si on a des cérémonies, donner à boire aux invités ? Ça devient un problème. Il y a des familles qui ont 5, 10, 15, 20 personnes. Comment il faut leur donner ? Ici, on a des bouteilles de 400 millilitres. Les 12 bouteilles sont vendues à 22 000 francs. Est-ce qu’on a tous les moyens pour acheter ces bouteilles-là pour donner à la famille ? Là, ça devient compliqué, c’est très compliqué », estime-t-il.
L’autre préoccupation concerne les emplois. Selon lui, si l’interdiction des sachets plastiques à usage unique conduit à la fermeture des unités de production, cela risque d’affecter des travailleurs recrutés par ces entreprises, alors que les opérateurs économiques ont déjà investi dans leurs installations.
« Les opérateurs économiques aussi vont en souffrir. Ils ont payé le matériel, les équipements, ils les ont envoyés, ils les ont installés, ils ont embauché les jeunes Guinéens qui travaillent. Aujourd’hui, toutes ces filles et tous ces garçons sont à la maison. Il y a des pères de famille parmi eux. Et avec la saison, le prix encore du marché, la vie est chère et ça deviendra encore plus cher maintenant. Le marché du chômage encore va augmenter », prévient-il.
Plutôt qu’un arrêt définitif de la production, Thierno Seydou Barry propose donc un encadrement plus strict du secteur, accompagné de mesures de salubrité, afin de concilier l’objectif de l’interdiction des sachets plastiques à usage unique avec la survie des unités de production.
« Ce que nous demandons à l’État, c’est de trouver une solution d’approche pour essayer de voir comment gérer cette affaire afin que les usines continuent à fonctionner, mais avec des conditions très strictes. Pour que non seulement les usines fonctionnent, mais que la salubrité devienne impeccable dans notre capitale », propose-t-il.
Pour y parvenir, il estime que les taxes consacrées à la salubrité doivent être utilisées efficacement. Il insiste aussi sur la responsabilité des citoyens dans la gestion des déchets.
« Il faut conscientiser la population. C’est là le gros problème. Vous savez qu’on peut s’en détourner, c’est très difficile de changer la mentalité. On doit faire un changement de mentalité, savoir que quand on a bu un sachet d’eau, il ne faut pas le jeter n’importe où. Il faut trouver un lieu où il faudra le déposer », soutient-il.
Il appelle enfin à renforcer les moyens des structures chargées de la collecte des déchets, notamment les PME et les tricycles utilisés pour le ramassage.
« Il faut donner les moyens adéquats à ces tricycles. Donnez des tricycles neufs et surveillez l’entretien, c’est tout. Mais quand les pneus sont à plat, ils traînent. En roulant, vous voyez les sacs qui tombent sur la route. Ils ne savent même pas. Donc tout ça, il faut en tenir compte », conclut Thierno Seydou Barry.
Thierno Amadou Diallo


