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Scolarisation des filles : à Wonkifong, MALAFF s’attaque aux préjugés qui brisent des destins

Lutter contre les préjugés, combattre les mariages précoces et responsabiliser les familles : à Wonkifong, dans la préfecture de Coyah, l’ONG Maison du Leadership et d’Accompagnement des Femmes et Filles de Guinée (MALAFF) multiplie les initiatives pour favoriser la scolarisation et le maintien des jeunes filles à l’école. Une séance de sensibilisation a ainsi mobilisé plus de 70 femmes, principalement des mères de famille, autour des obstacles qui compromettent l’avenir scolaire des filles.

Déconstruire les préjugés, faire évoluer les mentalités et placer les familles au cœur de la lutte pour l’éducation des filles. C’est l’ambition de cette initiative communautaire portée par l’ONG MALAFF. Au cours des échanges, les participantes ont été invitées à remettre en question certaines pratiques sociales qui relèguent trop souvent l’éducation des filles au second plan, au profit notamment du mariage.

« L’objectif, c’était le lancement des activités de ce projet-là. C’était une sensibilisation au sein de la communauté sur le maintien des filles à l’école et leur scolarisation. On voulait amener ces communautés à se remettre en question face aux normes sociales et aux idées reçues, notamment celle qui consiste à dire qu’une femme n’a de valeur que lorsqu’elle est mariée. On leur a fait savoir qu’une fille qui va à l’école n’a pas raté sa vie. C’est une fille qui peut devenir ministre demain, voire présidente », explique Ramatoulaye Asmaou Diallo, coordonnatrice du projet « Autonomisation des filles pour une éducation inclusive et durable ».

Mais les préjugés ne constituent pas les seuls obstacles. Au sein de certaines familles, les responsabilités domestiques imposées aux jeunes filles compromettent également leur apprentissage. Si elles fréquentent les établissements scolaires, elles ne disposent pas toujours du temps nécessaire pour réviser leurs leçons et préparer leurs cours.

« Les jeunes filles partent à l’école, oui, c’est vrai, mais leur maintien à l’école est compliqué. Lorsqu’elles retournent à la maison, il y a tellement de travaux ménagers à faire qu’elles n’ont même pas le temps de réviser leurs leçons. À un moment donné, on se dit que c’est une fille, qu’elle doit se marier et que ce n’est pas grave si elle ne comprend pas ses cours. Nous avons également échangé avec ces dames pour qu’elles facilitent la vie des élèves et leur permettent de mieux étudier », poursuit-elle.

Un message qui semble avoir retenu l’attention des participantes. Certaines mères reconnaissent désormais la nécessité d’offrir à leurs filles les possibilités d’études dont elles-mêmes n’ont pas bénéficié. C’est notamment le cas de Dialikatou Diallo, qui voit dans cette rencontre une occasion de changer les habitudes familiales.

« Nous sommes contentes de cette sensibilisation. Désormais, nous allons bien entretenir nos filles afin qu’elles réussissent dans leur avenir. Nous, nous n’avons pas pu étudier et, conséquence, nous sommes devenues des marchandes ambulantes avec un plateau à la tête. Aujourd’hui, on nous a fait comprendre pourquoi il est important de maintenir les filles à l’école », témoigne-t-elle.

 

Même prise de conscience chez Oumou Thiam. Marquée par l’interruption des études de ses deux premières filles, elle promet de ne plus reproduire cette expérience avec les autres enfants de sa famille.

« Mes deux premières filles n’ont étudié que jusqu’en 10e année et je le regrette parce qu’elles n’ont pas pu continuer. Ça m’a servi de leçon. Désormais, toutes mes autres filles vont étudier jusqu’à obtenir leurs diplômes. C’est décidé. J’ai compris que de nos jours, si tu n’étudies pas, tu perds », affirme-t-elle.

Du côté des autorités communautaires, la démarche est également accueillie favorablement. Bangoura Asseydou, secrétaire administratif du district de Wonkifon, salue une initiative qui, selon lui, participe au développement de la localité en accordant une place centrale à l’éducation des filles.

« Le fait que vous ayez choisi la commune de Wonkifon, je tiens à vous remercier. Ce que j’ai constaté, c’est que la délégation qui est venue nous rencontrer veut le progrès de Wonkifon, surtout celui des jeunes filles. Les filles de Wonkifon en général. Car sans les femmes, sans les filles, la société est pourrie. Franchement, votre démarche auprès de nos mamans et de nos sœurs concernant leurs petites filles nous touche beaucoup », souligne-t-il.

Au-delà de cette première rencontre, MALAFF entend inscrire son action dans la durée. L’organisation prévoit notamment d’accompagner 40 jeunes filles identifiées dans un établissement scolaire de la localité. Six sessions d’échanges seront organisées autour de la santé et de la dignité menstruelles, avec une distribution de kits menstruels à la clé. Trois autres sessions porteront sur le leadership féminin, afin de renforcer les capacités des bénéficiaires, de développer leur potentiel et de faire d’elles des ambassadrices du changement au sein de leurs communautés.

Financé par Plan International Guinée, le projet entend ainsi agir simultanément sur les mentalités et sur les conditions concrètes de scolarisation. À Wonkifong, le défi est désormais de transformer les prises de conscience en engagements durables, pour que les jeunes filles ne se contentent plus de franchir les portes de l’école, mais puissent y poursuivre leur parcours jusqu’à l’obtention de leurs diplômes.

Thierno Amadou Diallo

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