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CHALLENGE ALPHA CONDE : Peut-on rire de tout, même d’un président déchu ?

Lorsqu’elle est exprimée de manière indélicate, la satire humoristique peut être blessante pour celle ou celui qui en fait l’objet. Mais pas seulement.

Pendant longtemps, j’ai cessé de m’intéresser aux parodies photos, aux mèmes, et tous autres manipulations pouvant impliquer de l’humour, du cynisme, de l’ironie ou de la satire (même différence), et cela pour la pure et simple raison que ces images me font rarement rire.

Après le coup d’État du 05 septembre, l’image altérée de l’arrestation du chef d’état guinéen Alpha Condé a fait le tour de la toile.

Appelant à la dérision, le ‘challenge Alpha Condé’ invite les internautes à se mettre en scène pour reproduire le cliché d’un président déchu, avachi sur un canapé, vêtu d’un jean et d’une chemise déboutonnée, aux mains de ses ravisseurs.

Beaucoup ont commenté sur cette image forte mais débroussaillante qui révèle un homme chassé du pouvoir, l’air plutôt tranquille lui donnant un air que beaucoup ont jugé ‘arrogant’.

Vu la gravite de la situation – un coup d’état au cours duquel un homme est destitué et retenu contre sa volonté ; et la gravité de la scène, un homme fait otage, je me suis demandé si on pouvait rire de tout car cette fois encore, cette image ne m’a pas fait rire.

Et il semble que d’autres ont fait de même

Peut-on rire de tout ?

Le rire est l’une des manifestations humaines la plus naturelle et universelle qu’il soit. Le rire est généralement une expression de joie.

Mais le rire est également l’expression la moins partagée au monde. Mais alors, peut-on rire de tout, même d’évènements tragiques ?

En réponse à cette question, la plupart d’entre nous diraient ‘oui’, ‘non’, ou encore ‘ça dépend’, car évidemment le seuil du tolérable en matière du rire est totalement subjectif.

Encore faut-il savoir faire la différence entre rire et se moquer, entre ironie et sarcasmes, parodie et dérision.

Partant du postulat que celui qui fait rire ou qui rit, rit aux dépens de celui qui subit – il n’est pas étonnant que cette question controversée ait souvent fait débat.

Le sociologue Djiby Diakhaté et Alfa Diallo, de l’Association des Blogueurs de Guinée (Ablogui) nous apportent des éléments de réponse.

Djiby Diakhaté, professeur de Sociologie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)et directeur de la recherche de l’institut africain de Management

Le sociologue Djiby Diakhaté

Le professeur Djiby Diakhaté y voit une forme de sanction sociétale et l’expression de la souveraineté populaire. Il s’agit, dit-il, d’une revanche du peuple par rapport à un pouvoir qu’on lui a pris et des personnes ‘oubliées’ dans la conduite des affaires publiques.

« Si ces actes ressemblent a de la méchanceté, c’est un moyen de sanctionner un chef considéré comme arrogant, coupé de son peuple, retranché dans un protocole de confinement et qui entretenait des relations tendues avec la population.

« On se rend compte que les populations retrouvent leur pouvoir à travers des actes de ce genre comme si les urnes ne leur permettaient pas d’exprimer véritablement la souveraineté populaire.

Lorsqu’un chef qui s’est, d’une certaine manière, imposé aux populations après avoir revu le dispositif constitutionnel, se donne la possibilité de se présenter pour un troisième mandat et considère d’ailleurs que ce troisième mandat est le premier, vous êtes en présence d’une population complètement désarmée, qui n’a pas de prise sur ce qui est en train de se jouer et qui finalement, lorsqu’un épisode de ce genre sous la forme d’un coup d’état se présente, on a l’impression que la population se dit « Ah mais je retrouve mon pouvoir, je retrouve ma souveraineté.

« A travers les réseaux sociaux, on a l’impression que les populations expriment enfin ce cri de victoire comme au Mali où les populations ont accompagné les militaires qui ont fait le putsch, dans la rue.

« Je crois que c’est aussi un avertissement pour tous les autres chefs d’Etat, une façon de dire attention, il faut tenir compte de nos préoccupations sinon nous avons la possibilité de prendre notre revanche à travers les réseaux sociaux. « 

Ici l’humour est un acte politique de haute portée qui signifie infliger une punition pour avoir eu un comportement déviant, pour avoir eu un profile d’arrogance et l’humour va plus loin en se positionnant comme une forme d’avertissement. « 

‘N’oublions pas la fonction rédemptrice ou purificatrice de l’humour qui permet d’apaiser les tensions. Une fois que les gens se mettent à rire et font des blagues sur le territoire digital, c’est une façon d’exprimer quelque chose qui autrement se serait manifesté par la violence. C’est le rôle de la satire de permettre d’exprimer autrement la violence. Ça permet, je crois à la Guinée d’échapper à des confrontations‘.

Alfa Diallo, président de l’Association des Blogueurs de Guinée (Ablogui)

Alfa Diallo, président de l’Association des Blogueurs de Guinée (Ablogui)

Alfa Diallo pour sa part ne pense pas qu’on puisse rire de tout, surtout lorsque l’on touche à la souffrance ou à la dignité humaine, mais en matière de politique guinéenne, il considère qu’on peut rire de tout, et surtout de tous sans méchanceté. Alfa Diallo se dit peu surpris par ce challenge car l’humour, pour les jeunes, permet d’échapper a une situation « qui fait peur digne d’un film hollywoodien« .

« Ce n’est pas une situation normale, et face à cette anormalité on a deux choix : il faut savoir que quand on est Guinéen et jeune, on est sur les réseaux sociaux, on est hyper connectés et on sait que dans les autres pays, il y aura de la moquerie, donc en quelque sorte, on facilite la tâche alors les jeunes guinéens ont lancé le challenge, une façon d’ouvrir le bal.

« D’un autre côté, le président Alpha Condé n’est pas un président ordinaire. Il a des rapports plus ou moins conflictuels avec les jeunes, avec les réseaux sociaux et ce n’est pas la première fois qu’il fait l’objet d’un challenge. Je pense notamment à cette fameuse phrase où il a dit aux jeunes ‘vous sautez comme des cabris’.

« On l’a tourné en dérision et c’est devenu un challenge. Pendant très longtemps, on s’est surnommé ‘cabris’ entre nous. On a l’habitude de se moquer d’Alpha Condé.

« Je ne suis pas surpris ni choqué même si la situation est grave. Les jeunes ont compris le pouvoir des réseaux sociaux et l’utilisent comme un espace de liberté.

De plus cet humour traduit le fait que les jeunes suivent l’actualité et malheureusement, ils n’ont pas d’influence. L’humour est Lire la suite sur bbc.com/afrique

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