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Sfax : “Subsahariens”, une race maudite ?

C’est un face-à-face dont on commence à devenir familier. Ces accès de violences épisodiques entre migrants subsahariens, s’exposant à tous les risques pour rejoindre l’eldorado européen, et populations tunisiennes, pour lesquelles ces étrangers à la peau noire sont synonymes d’envahisseurs incarnant l’insécurité et leur piquent leurs emplois. Le tout sur fond d’un racisme qui ne s’embarrasse même plus de la subtilité ou de la nuance. C’est ainsi que depuis la mort, le lundi dernier, d’un Tunisien à la suite d’affrontements avec un groupe de Subsahariens, c’est une terreur sans nom que vivent tous les Africains noirs qui ont le malheur de se retrouver dans cette ville portuaire située dans le centre-est du pays. En proie à une chasse assumée et traqués comme des bêtes sauvages, ils sont terrés dans les quartiers populaires, la peur au ventre. D’autant qu’ils ne peuvent point compter sur les autorités tunisiennes, dans la mesure où on se rappelle des propos peu responsables du président Kaïs Saïed, en février dernier. Mais dans ce débat récurrent, il n’y pas que la Tunisie qu’il faut blâmer. L’Afrique noire en général et les dirigeants en particulier sont également interpellés par ce drame. Parce que cette tendance que la jeunesse africaine a de fuir les différents pays est en soi un indicateur de l’irresponsabilité et de l’échec de ceux qui nous gouvernent. D’où peut-être leur méfiance à s’exprimer dessus.

Racisme et populisme

Pour les Tunisiens de Sfax, la mort de leur compatriote, poignardé dans le cadre d’affrontements avec des migrants africains, est un prétexte inespéré. Ils vivaient déjà mal la présence de plus en plus importante de ces « hordes » d’Africains dans leur ville. Des milliers de Subsahariens qui y sont entassés dans l’espoir de partir de la ville portuaire pour rejoindre la rive européenne. Maintenant qu’un des leurs est décédé à la suite de cette rixe, mêmes les tenants d’une ligne modérée auraient tendance à céder au racisme radical. Et c’est pourquoi les menaces qui pèsent les migrants africains qui y demeurent sont à prendre avec sérieux. Dans la mesure où le racisme anti-noir se nourrit du populisme des responsables tunisiens, qui n’hésitent pas à instrumentaliser l’immigration des Subsahariens pour masquer leurs propres tares, la passivité des autorités et des institutions africaines a quelque chose d’incompréhensible. Depuis maintenant cinq jours, des milliers de leurs compatriotes sont soumis à une terreur infernale, mais vous n’entendez aucun dirigeant du continent réagir. Tout le monde fait comme s’il s’agissait d’un banal fait divers.

Tout le monde veut décamper

Une attitude d’autant plus paradoxale que tous autant qu’ils sont, nos dirigeants ne sont pas totalement étrangers à ces images de migrants apeurés et humiliés qui nous parviennent de la ville tunisienne. En effet, le fond du problème, c’est l’immigration irrégulière. Le fait est que toute la jeunesse africaine a envie de décamper. Personne ne croit plus en l’avenir dans son pays. Parce que la gestion des dirigeants n’est pas de nature à faire espérer. Tout le débat est centré sur la conquête et la conservation du pouvoir. En témoigne la place que le thème du troisième mandat occupe désormais en Afrique. Et une fois qu’un groupe ou un leader réussit à s’emparer des leviers du pouvoir, les préoccupations des populations sont rangées dans les oubliettes. Place à la mobilisation des ressources à des fins d’enrichissement personnel. De l’agriculture, il n’en est plus question. En tout cas, pas authentiquement. L’éducation au rabais proposée, aucun dirigeant ne s’en préoccupe. La misère et la précarité des populations, personne n’en est sensible. Et quiconque se risque à se plaindre, doit s’attendre à se faire abattre dans la rue ou se retrouver en prison.

‘’Excellences M. les présidents’’

Dans un tel contexte, peut-on et même doit-on blâmer ceux qui sortent ? Non, ils ne sont coupables de rien. Au contraire, ils font preuve de bravoure en refusant de se résigner à l’implacable sort qu’on voudrait leur imposer. Ils sont des victimes des mensonges, de la roublardise, de la duplicité et de la manipulation de ceux qui trônent au sommet de nos Etats. Et c’est à croire que nos ‘’Excellences M. les présidents’’ ont conscience de cette part de responsabilité qui est la leur. C’est pourquoi ils ne sont pas prompts à s’impliquer dans les débats touchant aux questions migratoires. Ce serait sans doute trop gênant pour eux. Les Africains peuvent donc continuer à mourir par milliers dans les drames répétitifs en mer méditerranée ou à la suite d’attaques racistes en Tunisie, Algérie, Libye ou encore du fait du cynisme des garde-côtes européens. Le sommeil de nos dirigeants n’en sera point perturbé. Méprisés chez eux, les Subsahariens sont indésirables chez les autres. Cela doit relever d’une certaine malédiction.

Boubacar Sanso Barry

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