Le président malgache semble avoir pris la mesure de l’ampleur de la contestation qui secoue son pays. Porté par le collectif « Génération Z Madagascar », un mouvement spontané de jeunes qui s’est imposé comme l’acteur central de la rue, le soulèvement a surpris par son intensité. Dans un premier temps, Andry Rajoelina avait réagi avec fermeté, assimilant indistinctement les manifestants à des « pilleurs » et dénonçant les violences qui avaient émaillé les rassemblements. Mais, face à la persistance de la mobilisation et à la montée des revendications, il a dû changer de stratégie. Ainsi, hier lundi 29 septembre, il a annoncé le renvoi de tout son gouvernement, espérant calmer la colère et montrer que le message des protestataires a été entendu.
Sauf qu’entre-temps, les revendications ont évolué : ce qui n’était au départ qu’une demande d’amélioration des services publics — fin des délestages électriques et des coupures d’eau — s’est transformé en exigence plus radicale, celle de la démission pure et simple du président. Cette bascule traduit un mécontentement beaucoup plus profond qu’une simple insatisfaction sur la qualité des services.
Dans un contexte africain où les espaces d’expression citoyenne se réduisent comme peau de chagrin, la mobilisation des jeunes Malgaches apparaît singulière. Partout ailleurs, face à des régimes tout aussi puissants qu’arrogants, la résignation et le fatalisme semblent prévaloir. À Antananarivo et dans d’autres villes, c’est au contraire une jeunesse déterminée qui descend dans la rue, malgré les risques. Si l’on peut déplorer les scènes de pillage et les violences isolées qui ont marqué certains rassemblements, il est difficile de ne pas y voir aussi un signe d’espoir : celui d’une génération qui refuse la passivité et tente, par la lutte, de faire bouger les lignes. Le limogeage du gouvernement en est déjà la première illustration.
Mais cette décision ne saurait constituer une réponse durable. Les coupures d’électricité et d’eau ne relèvent pas seulement de la responsabilité d’un cabinet ministériel : elles sont le symptôme de problèmes structurels de gouvernance. Madagascar est riche en nickel, en or, en titane, en cobalt, en saphirs et en tourmalines, entre autres. Elle dispose d’atouts agricoles et forestiers considérables. Pourtant, le pays reste incapable d’assurer des services de base à sa population. La faute à une élite politique qui, comme ailleurs sur le continent, se sert du pays plus qu’elle ne le sert.
L’eau et l’électricité ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La colère des jeunes traduit une frustration plus vaste : l’absence de perspectives d’avenir, une formation souvent défaillante, un chômage endémique et un pouvoir jugé arrogant et sourd aux alertes. En verrouillant les espaces de débat institutionnels et en ignorant l’opposition, le régime se prive de soupapes et se retrouve confronté à des explosions sociales imprévisibles.
Dans un tel contexte, le limogeage du gouvernement marque une étape mais non un aboutissement. La véritable question est de savoir si Andry Rajoelina est prêt à aller plus loin : ouvrir un dialogue sincère avec la jeunesse et l’opposition, poser les bases d’une gouvernance plus transparente et redistributive, et, surtout, redonner confiance à une génération en quête d’avenir. Sans quoi le mouvement Génération Z pourrait bien devenir le catalyseur d’un basculement politique inédit dans l’histoire récente de Madagascar.
Ainsi, si le limogeage du gouvernement n’a été motivé que par la volonté de sauver le fauteuil présidentiel, c’est que le chef de l’Etat n’a rien compris à la crise qui secoue le pays. Dans ce cas, il ne pourra pas y mettre un terme durablement. En revanche, si le renvoi du cabinet traduit une véritable prise de conscience de la nécessité d’une rupture profonde dans la gouvernance du pays et dans la gestion de ses ressources, il y a lieu d’espérer que Madagascar saura tirer parti de cette épreuve pour en sortir grandi.
Boubacar Sanso Barry


