Après plusieurs semaines de reports et de crispations, la commune urbaine de Kankan a finalement tenu sa deuxième session extraordinaire, couplée à la troisième session budgétaire depuis l’installation des conseillers. Une rencontre très attendue, organisée dans la salle de délibération de la mairie, en présence du préfet, des représentants de la société civile, des chefs de quartiers et des médias locaux.
Dès l’ouverture des travaux, le ton était donné. Les échanges ont été vifs, parfois tendus. Au cœur des débats : la gestion de la commune et la question sensible de la transparence. Plusieurs conseillers, appuyés par des acteurs de la société civile, ont dénoncé une communication jugée opaque de l’exécutif communal, pointant du doigt un déficit de partage d’informations.
Malgré ces frictions, la session aura permis de crever l’abcès. Les discussions, aussi animées soient-elles, ont posé les jalons d’un dialogue plus franc et d’un engagement renouvelé en faveur de la redevabilité.
À l’issue des travaux, le président de la délégation spéciale, El Hadj Arafan Moussa Koulibaly, s’est félicité de la mobilisation autour des affaires communales. « Très content de constater que la commune de Kankan est suivie de près par la population, la société civile et la presse », a-t-il déclaré. Conscient de la tension palpable durant les débats, il en retient néanmoins le caractère formateur : « Les débats ont été houleux, mais enrichissants. Chacun en est sorti avec des leçons apprises ».
Moment clé de la session, l’adoption, par consensus, du budget primitif 2026, arrêté à 6 milliards 174 millions de francs guinéens. Un vote qui marque une étape importante après des semaines d’incertitudes. Dans la foulée, le président a annoncé la présentation prochaine d’un budget citoyen, un outil destiné à expliquer clairement à la population l’utilisation des recettes et des taxes dans le cadre du développement communal.
Du côté de la société civile, l’heure est à la satisfaction prudente. Mme Nakany Konaté, membre de la délégation spéciale et présidente de la commission finances, salue une avancée significative. « Après un an et huit mois de lutte pour l’accès à l’information, nous avons enfin obtenu les données nécessaires sur la gestion financière et le fonctionnement de la commune », a-t-elle déclaré. Elle rappelle que les conseillers assument avant tout une mission de contrôle au nom des citoyens, veillant à ce que chaque action soit rendue publique et compréhensible.
Présidant la cérémonie, le préfet de Kankan, le colonel Mamadou Niang, n’a pas éludé les dysfonctionnements passés. Il a reconnu que le travail de 2025 n’a pas toujours été conduit de manière collégiale et a exhorté les membres de la délégation spéciale à resserrer les rangs. « La délégation spéciale doit être soudée, sereine et tournée vers le développement, en s’appuyant sur le Programme annuel d’investissement », a-t-il insisté, appelant à davantage de rigueur, de transparence et d’esprit de consensus.
Au-delà des tensions et des incompréhensions, cette session pourrait bien constituer un tournant dans la gouvernance locale à Kankan. L’adoption consensuelle du budget primitif 2026 envoie un signal fort : celui d’une gestion qui se veut désormais plus ouverte, plus participative et placée sous le regard vigilant d’une population de plus en plus informée et exigeante.


