Depuis plusieurs jours, la Guinée fait face à une crise de liquidité qui fragilise le système bancaire et affecte directement l’économie quotidienne. Dans la capitale guinéenne, les files d’attente devant les banques et les distributeurs automatiques sont devenues courantes, signe d’une tension croissante autour de l’accès à l’argent liquide. Interrogé par notre rédaction sur cette situation qui suscite interrogations et inquiétudes, le président des cambistes de Guinée, Amadou Tidiane Koula Diallo, estime que ce phénomène est davantage le reflet d’une transformation de l’économie guinéenne qu’une défaillance du système bancaire.
Selon lui, cette situation serait en partie liée à l’intensification des activités économiques, notamment dans les zones minières.
« Pour moi, cette crise est un avantage pour les Guinéens. Avant, il était possible de retirer jusqu’à 500 millions de francs guinéens à la banque dans le mois. Mais aujourd’hui, avec le développement de grands projets miniers et la présence de nombreuses sociétés dans les régions, des montants considérables sortent des banques pour payer les travailleurs. Dans certaines zones, chaque mois, un à deux milliards de francs guinéens peuvent être retirés pour les salaires. Pourtant, tout l’argent qui va là-bas ne retourne plus à la banque. Si la même chose se répète chaque mois, c’est cette sortie qui envoie la crise dans les banques. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’argent en Guinée. Donc ça, c’est un grand avantage pour le pays, car l’économie guinéenne va augmenter… », a-t-il fait savoir.
Poursuivant, il affirme que cette situation ne signifie pas que le pays manque d’argent. Au contraire, elle traduirait une intensification de l’activité économique.
« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’argent en Guinée. Au contraire, cela montre que l’économie se développe », affirme-t-il.
Interrogé sur la question d’une éventuelle reproduction du franc guinéen, il estime qu’imprimer davantage de billets pourrait entraîner une dépréciation de la monnaie nationale et fragiliser la stabilité monétaire.
« Je pense que le gouvernement ne peut pas augmenter la production du franc guinéen, parce que quand on augmente, c’est pour dévaloriser notre monnaie. Donc, c’est mieux que l’argent manque à la banque que de fabriquer encore de l’argent, comme le faisait l’ancien régime », a-t-il déclaré.
Le président des cambistes souligne par ailleurs que cette crise affecte davantage les cambistes que la population.
« Le cambiste ne garde pas l’argent. Nous sommes comme les banques. Ce que nous voulons, c’est que l’argent quitte avec nous pour aller dans les mains de la population, parce que nous n’avons aucun intérêt à garder l’argent avec nous. D’ailleurs, dans cette histoire de crise, ce sont nous les cambistes qui souffrons le plus dans cette affaire. Mais on ne se plaint pas, parce qu’on connaît la situation », souligne Amadou Tidiane Koula Diallo.
Enfin, il estime que cette situation devrait accélérer l’évolution des habitudes financières des Guinéens, notamment vers une plus grande utilisation des services bancaires et des paiements électroniques.
« Déjà, cette crise est importante, parce que dans plusieurs pays voisins, tu vois difficilement quelqu’un faire un retrait de 10 millions, même pour le versement. Il faut que les Guinéens s’habituent au système bancaire. Les gens doivent savoir que ni les cambistes, ni les banques ne gardent de l’argent. L’argent tourne entre nous, et tout va bien avec notre économie. Il faut qu’on accepte de se faire des cartes bancaires pour faciliter les virements, comme le font les pays développés. C’est vrai qu’on n’a jamais connu ce genre de crise, mais la réalité est qu’on n’a jamais eu un grand projet comme Simandou 2040. Donc il faut qu’on soit patients, en cherchant d’autres solutions », a-t-il fait savoir.
Aminata Camara


