Voilà que mars touche à sa fin. Les hommages et les portraits lisses aussi, peut-être. Qu’en est-il des réalités qui, elles, restent et persistent chaque jour de l’année ?
Le mois de mars a été riche en célébrations, en portraits et en discours, comme chaque année depuis très longtemps. Je n’ai rien contre la valorisation des acquis et la mise en lumière des femmes. C’est même une très bonne chose. Mais j’ai du mal avec le caractère éphémère de ce mois appelé le « mois de la femme », parce qu’un seul jour de ce mois, le 8 mars, est décrété comme étant la Journée internationale des droits des femmes. Journée au cours de laquelle on vante et célèbre plus qu’on ne dénonce et ne déplore. Alors que, pendant les 365 jours de l’année, les femmes subissent un bafouement de leurs droits à toutes les échelles de la vie, de la petite fille à la vieille grand-mère.
La commémoration du 8 mars, ou du mois de mars, comme vous voulez, ne devrait pas être majoritairement tournée vers la célébration, parce que chaque jour qui passe nous montre que les droits des femmes ne sont pas acquis. Il ne faut pas craindre de mettre en avant ce qui ne fonctionne pas et d’associer votre image à ces aspects moins « sexy » qui caractérisent la vie des femmes, surtout dans les milieux ruraux.
Au moment où j’écris ces mots, une jeune fille de 11 ans a été violée puis assassinée au Cameroun par un adulte qui était censé la protéger. Et elle n’est pas un cas isolé. Elle est un symbole de trop. Comme tant d’autres, invisibilisées, réduites au silence, brisées. Comme Divine, des filles sont excisées, violées, maltraitées, mariées de force et déscolarisées un peu partout en Afrique et dans le monde, et cela chaque jour qui passe. Alors non, tant que ces crimes ne sont pas traités et éradiqués de nos sociétés, il n’y a pas lieu de célébration, encore moins en un jour, encore moins en un mois.
Cet instant court qu’on nous accorde pour amplifier nos voix sur notre condition de femmes devrait servir à faire le point et à poser des actions concrètes allant dans le sens de l’amélioration de nos droits et de nos conditions de vie.
Fatou Diome a écrit dans Le Ventre de l’Atlantique : « Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité. »
Nos aînées ont fait leur part certes. Elles ont lutté, résisté, construit. Mais leur héritage n’est pas un aboutissement. C’est un point de départ. Les défis auxquels nous faisons face ne sont peut-être pas plus coriaces que les leurs, mais ils sont suffisamment préoccupants. Alors, que nos énergies et nos initiatives ne se limitent pas aux paroles. Qu’elles servent à poser des actes qui permettront aux jeunes filles d’aujourd’hui de vivre avec dignité et de s’accomplir sans être brisées, sans avoir à renoncer à leurs rêves.
Dans une circulaire, j’ai lu que la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités proposait d’acheter la tenue de célébration de la journée du 8 mars en Guinée pour les femmes de chaque département ministériel. On compte 25 ministères, et le coût de l’uniforme est fixé à 1 800 000 GNF, soit environ 180 euros. Pourquoi mettre autant d’argent dans du textile pour une seule journée, si l’on peut dédier cet argent à la construction d’une école ou d’un centre d’apprentissage pour des jeunes filles et femmes déscolarisées, par exemple ? Il est plus que temps de revoir nos priorités en matière de gouvernance. Quand on peut mobiliser des millions pour des tenues d’un jour, on peut investir dans l’éducation des filles. Dans leur protection. Dans leur autonomie. La question n’est pas celle des moyens. C’est celle des priorités.
C’est beau de raconter des parcours pour inspirer les jeunes générations. Même si cela ne suffit pas, et ce n’est pas un reproche, encore une fois. En revanche, organiser des fêtes pour célébrer des acquis, ça en est un. Parce que ce dont les femmes ont besoin, notamment en Guinée, ce n’est pas d’une journée de célébration, mais d’un engagement constant et concret : une justice qui les protège, et des politiques publiques efficaces.
Les récits ne suffisent pas. Qu’ils s’accompagnent d’actions concrètes et durables dans le temps, qui profiteront pleinement à celles que l’on prétend défendre. Et surtout, n’oublions pas les filles et les femmes en milieu rural : les premières concernées, les dernières servies.
Comme l’a écrit Mariama Ba : « Être femme en Afrique, c’est porter le poids des autres et de soi-même. »
Que l’éducation, la justice, la sororité (sans hypocrisie) et le discernement soient notre leitmotiv pour le reste de l’année et pour les années à venir, en faveur des droits et de l’émancipation des filles et des femmes, partout en Guinée et ailleurs.
Que nos voix portent encore. Que nos exigences tiennent. Que nos actions suivent.
N’oubliez pas : je suis toujours de votre côté tant que l’intérêt commun prime.
Toullaye DIALLO, Spécialiste en communication | Engagée en faveur de l’éducation pour tous !




