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1 200 migrants expulsés des USA vers le Liberia : pourquoi la Guinée doit-elle s’inquiéter ?

Le Liberia s’apprête à accueillir jusqu’à 1 200 personnes expulsées des États-Unis au cours des douze prochains mois. Si Monrovia présente ces personnes comme des « invités », cet accord conclu avec Washington soulève des interrogations qui dépassent les frontières libériennes. Dans une région où les frontières restent particulièrement poreuses, le risque de voir certains de ces migrants se déplacer vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, notamment la Guinée, ne peut être totalement écarté.

Le premier groupe, composé d’une vingtaine de personnes, est attendu jeudi au Liberia, selon le ministre libérien de l’Information, Jerolinmek Piah. Particularité de l’accord : ces personnes ne sont pas des ressortissants libériens. Elles sont originaires de pays tiers, dont les nationalités n’ont pas été communiquées.

Elles pourraient venir d’Afrique, mais également d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud ou des Caraïbes. Avant leur transfert, elles devront être déclarées aptes à voyager par les autorités médicales américaines.

Les autorités libériennes assurent que les personnes transférées seront accueillies comme des « invités ». Elles pourront demander l’asile au Liberia ou quitter le pays si elles le souhaitent.

C’est précisément cette dernière possibilité qui pourrait constituer un enjeu pour les pays voisins. Que se passera-t-il si une partie de ces personnes décide de quitter le Liberia pour tenter de rejoindre d’autres États de la sous-région ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que l’Afrique de l’Ouest est caractérisée par une importante mobilité transfrontalière. Entre le Liberia, la Guinée, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire, les populations circulent depuis longtemps à travers des frontières parfois difficiles à contrôler.

Dans ce contexte, la Guinée pourrait, à terme, être concernée indirectement par cet accord, sans pour autant être partie prenante du dispositif américain. Des migrants souhaitant poursuivre leur route pourraient notamment tenter de rejoindre d’autres pays de la région par les voies terrestres, si leur situation au Liberia devenait précaire ou s’ils cherchaient à gagner une autre destination.

Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que ces 1 200 personnes se retrouveront en Guinée. Mais la possibilité d’une dispersion d’une partie des migrants dans la sous-région constitue un scénario que les autorités des pays voisins pourraient difficilement ignorer.

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a fait des expulsions de migrants en situation irrégulière une priorité. Son administration a renforcé les moyens de l’ICE, intensifié les opérations de contrôle et cherché à accélérer les procédures d’éloignement.

Washington utilise également les expulsions vers des pays tiers comme un moyen de dissuasion. Une stratégie qui modifie progressivement la logique traditionnelle du renvoi des migrants : plutôt que de les retourner systématiquement vers leur pays d’origine, les États-Unis cherchent désormais des pays susceptibles de les accueillir temporairement ou durablement.

Cette politique est cependant contestée par des associations de défense des migrants et fait régulièrement l’objet de batailles judiciaires. Les critiques portent notamment sur la transparence des accords et sur les garanties offertes aux personnes expulsées.

Le Liberia n’est pas le premier pays africain à accepter un tel dispositif. La République démocratique du Congo, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale, le Cameroun, le Ghana et la Sierra Leone ont également conclu des arrangements avec Washington pour accueillir des personnes expulsées des États-Unis.

Pour Monrovia, l’enjeu sera désormais de gérer ces arrivées tout en garantissant les droits des personnes concernées. Pour les pays voisins, la question sera différente : comment éviter que la mise en place de tels dispositifs ne produise, à terme, de nouveaux mouvements migratoires difficiles à contrôler dans une région où les frontières sont déjà confrontées à d’importants défis ?

Au-delà du chiffre de 1 200 personnes annoncé, c’est donc toute la dimension régionale de cet accord qui mérite attention. Car si ces migrants sont aujourd’hui destinés au Liberia, rien ne garantit qu’ils y resteront tous demain. Et dans une Afrique de l’Ouest où les frontières sont loin d’être hermétiques, les conséquences de la politique migratoire américaine pourraient bien dépasser largement le territoire libérien.

N’Famoussa Siby

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