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Niger : quels enseignements après la tentative de coup d’Etat

A Niamey, ce lundi 31 août a conforté le retour au calme, après un week-end de tension marqué par des affrontements ayant opposé une partie de l’armée à la garde présidentielle, dans une tentative de putsch qui aurait pu conduire à la chute du régime de transition. Dans la capitale nigérienne, les activités ont progressivement repris en ce premier jour de la semaine, aussi bien dans le secteur privé que dans l’administration. Plus rassérénés, les habitants ont vaqué à leurs occupations, non sans continuer à s’interroger sur les événements de la nuit de vendredi à samedi.

Pourtant, la page de cette opposition fratricide au sein de l’armée nigérienne n’est pas tout à fait tournée. Pour les autorités, il va falloir en tirer les leçons. Mais lesquelles, précisément ? Voudra-t-on traiter les mutins comme un simple groupe mû par le seul désir de déstabiliser le pays, derrière lequel on s’empressera, comme souvent, d’identifier une main étrangère ? Ou bien envisagera-t-on les choses avec lucidité et discernement, afin d’en identifier les causes profondes et structurelles ? Du choix qu’opéreront les autorités dépendra très largement la suite des événements.

La main de l’impérialisme

Au Niger, comme au Mali et au Burkina Faso, on a plutôt tendance à voir, derrière le moindre mécontentement intérieur, la main de l’impérialisme, en particulier occidental. C’est ainsi qu’à la suite de la première attaque perpétrée en janvier dernier par le groupe Etat islamique contre l’aéroport Diori-Hamani de Niamey, le président Abdourahamane Tiani s’était empressé d’incriminer nommément les présidents Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara, les accusant d’être les sponsors du terrorisme islamique qui tenaille l’ensemble de la région.

Si les dirigeants nigériens restent sur ce même registre, ils pourraient bien voir dans les mutins ayant secoué la capitale un groupe dont la cupidité et l’ambition malsaine auraient été exploitées par des ennemis extérieurs du Niger ainsi que des individus manipulés au service d’intérêts occultes, cherchant à torpiller ce que l’on nous présenterait comme le grand bond en avant du pays. Mais si tels sont les enseignements que les autorités tirent de la crise du week-end, elles ne pourront qu’aggraver le mal. Le régime, versant dans la paranoïa, se barricaderait un peu plus derrière la garde présidentielle, perçue comme la seule composante de l’armée véritablement loyale à Tiani et Cie. Une telle dérive accentuerait davantage les divisions au sein des forces armées, tout en dégarnissant le front de la lutte contre les groupes armés. Bref, en empruntant cette voie, les responsables nigériens ne feraient que creuser un peu plus le trou béant dans lequel le Niger risque de s’enfoncer.

Courage et hauteur de vue

Face à cette approche aussi simpliste que suicidaire, existe pourtant une autre lecture, plus conforme à la réalité des faits, et susceptible, elle, de permettre au pays de se remettre d’aplomb. Mais elle exige du courage et une certaine hauteur de vue. Celle, tout d’abord, de reconnaître que les conditions dans lesquelles évoluent les troupes engagées sur les différents fronts contre les attaques terroristes ne sont pas toujours optimales. Celle, ensuite, d’accepter que les soldats qui s’efforcent, tant bien que mal, de préserver l’intégrité du territoire nigérien vivent parfois dans le dénuement. Celle, enfin, de concéder que les affectations et les promotions tendent trop souvent à dépendre de la proximité avec tel ou tel responsable du pays, plutôt que du seul mérite.

En somme, il s’agirait de comprendre que ce sont les frustrations nées de ces pratiques clientélistes et de ces injustices qui ont nourri l’accès de colère ayant failli emporter le régime. En privilégiant ce diagnostic, les autorités seraient logiquement amenées à apporter les correctifs nécessaires, à savoir repenser les conditions de déploiement des soldats sur le front, lutter contre les logiques de favoritisme au sein de l’armée, et travailler à combler le fossé qui s’est visiblement creusé entre la garde présidentielle, d’une part, et le reste de l’armée nigérienne, de l’autre.

Populisme et faucons

Infiniment plus bénéfique pour le Niger et l’ensemble des Nigériens, cette seconde approche pourrait même déboucher sur une forme de détente de la part du régime militaire, et sur un déverrouillage de l’espace tant politique que civique. Car, au-delà de sa dimension militaire, certes importante, il importe de noter que la crise dans laquelle baigne désormais le Niger est aussi, et peut-être surtout, une crise politique. Malheureusement, il serait bien surprenant que les autorités empruntent cette seconde voie, tant elle exclut d’office le populisme et les faucons. Deux tares dont le régime d’Abdourahamane Tiani ne semble pas encore disposer à se défaire.

Boubacar Sanso Barry

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