Le Collectif d’associations contre la xénophobie a tenu une conférence de presse, ce jeudi 3 septembre 2026 à Dakar, pour dénoncer la multiplication de propos, d’actes et de comportements xénophobes visant des personnes étrangères vivant au Sénégal, notamment des ressortissants guinéens. Le collectif met en garde contre un risque d’escalade qui rappellerait les épisodes de violences xénophobes déjà connus en Afrique du Sud.
Cette prise de position intervient après plusieurs cas signalés de stigmatisation et d’hostilité envers des ressortissants étrangers, en particulier des Guinéens installés dans le pays, cibles récurrentes de propos hostiles sur les réseaux sociaux et dans certains discours publics.
Selon la structure, ce phénomène, s’il n’est pas combattu avec responsabilité, pourrait « fragiliser la cohésion sociale, la paix et l’image du Sénégal ».
L’organisation rappelle que le Sénégal a « toujours été une terre d’accueil, d’échanges et de brassage humain », soulignant que des Sénégalais vivent et travaillent eux-mêmes dans de nombreux pays, tout comme des ressortissants étrangers vivent au Sénégal. Une réalité présentée comme une richesse, mais qui se retrouve aujourd’hui, selon les intervenants, dépeinte « comme un problème, voire comme une menace » à travers la multiplication de publications ciblant certaines communautés étrangères.
L’association pose un principe central : « La responsabilité est individuelle ; elle ne se transmet ni par l’origine, ni par la nationalité, ni par l’appartenance communautaire ». Lorsqu’un individu commet une infraction, il doit en répondre devant la loi, mais transformer les actes d’une personne en accusation contre toute une communauté constitue, selon le collectif, « un glissement dangereux ».
L’histoire récente du continent offre un précédent que beaucoup redoutent de voir se répéter : l’Afrique du Sud a connu, à plusieurs reprises au cours de la derniers mois, des vagues de violences xénophobes meurtrières visant des ressortissants d’autres pays africains, avec pillages de commerces, expulsions forcées et morts d’hommes. Ces épisodes, largement documentés et condamnés par nombreux gouvernements du continent, sont souvent cités comme l’exemple de ce que peut produire une rhétorique anti-étrangers laissée sans réponse ferme des autorités. C’est précisément ce scénario que le collectif dit vouloir éviter au Sénégal, en appelant à une réaction rapide avant que la situation ne s’enracine.
Le collectif s’adresse directement aux voix portant un discours nationaliste sur la question migratoire, estimant que ce débat « mérite un débat public sérieux, contradictoire et documenté ». Trois lignes rouges sont posées :
- le débat sur l’immigration est légitime ; la stigmatisation d’une communauté ne l’est pas ;
- la défense des intérêts du Sénégal est légitime ; désigner un groupe comme bouc émissaire ne l’est pas ;
- la critique d’un comportement individuel est légitime ; la condamnation collective ne l’est pas.
Il reconnaît par ailleurs au Sénégal « le droit de contrôler ses frontières, de faire respecter ses lois et de définir sa politique migratoire », à condition que ces politiques respectent « la dignité humaine, l’État de droit et le principe de non-discrimination ».
Le collectif précise la nature de sa réponse : « Notre réponse ne sera ni la violence ni la vengeance. Elle sera la mobilisation citoyenne, le droit, la justice, le dialogue et la solidarité ». Il dit refuser toute confrontation entre communautés, tout en rejetant l’idée que son silence passé puisse être interprété comme une acceptation de la stigmatisation.
Le collectif formule plusieurs demandes :
- aux autorités sénégalaises, une vigilance accrue face aux discours de haine, leur condamnation claire et publique, l’application impartiale de la loi, et la poursuite des auteurs d’incitation à la haine ou à la violence ;
- aux médias et créateurs de contenu, la vérification des informations avant diffusion, rappelant qu’« une information responsable peut apaiser une société, une information irresponsable peut l’enflammer » ;
- aux communautés étrangères résidant au Sénégal, le respect des lois en vigueur; une exigence que le collectif étend également aux Sénégalais installés à l’étranger, appelés à agir de même dans leurs pays d’accueil.
Il termine sur cet avertissement : « Aucune communauté ne peut construire son avenir en faisant de l’autre un ennemi ».
N’Famoussa Siby


