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Niger : Tchad, France, CEDEAO… les accusations d’un capitaine qui font polémique

Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, Niamey a été secouée par des affrontements entre des éléments du BSR-COS et de la garde présidentielle. Depuis, les autorités nigériennes évoquent une tentative de déstabilisation du pouvoir militaire et mettent en cause plusieurs pays et acteurs étrangers. Pour étayer cette version, un jeune officier, le capitaine Roger Gabriel, a livré à la télévision nationale, ce lundi 1er Septembre 2026, un récit particulièrement détaillé. Mais derrière la gravité de ses accusations, son intervention soulève également de nombreuses interrogations.

Alors que le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Abdourahamane Tiani, est habituellement en première ligne pour dénoncer les tentatives présumées de déstabilisation du régime, c’est cette fois un capitaine de 32 ans qui a été placé sous les projecteurs de la télévision nationale.

Roger Gabriel, commandant de compagnie au premier bataillon parachutiste, raconte dans le détail ce qu’il affirme avoir vécu durant cette nuit particulièrement mouvementée. Son récit se veut précis. Mais il mêle également des faits qu’il dit avoir directement vécus, des informations qui lui auraient été rapportées par des tiers et de lourdes accusations visant plusieurs pays.

Dès les premières minutes de son intervention, une interrogation apparaît toutefois. Le capitaine Roger Gabriel ne s’est pas limité à son parcours militaire et à son récit des événements. Son identité, son âge, sa situation matrimoniale, le nombre de ses enfants, son lieu de résidence ainsi que des informations concernant ses parents ont également été exposés publiquement.

Dans un contexte militaire aussi sensible, cette présentation interpelle. Pourquoi communiquer autant de données personnelles sur un officier appelé à témoigner sur des événements impliquant potentiellement plusieurs États et des forces étrangères ? Etait-il supposément impliqué ?

La question mérite d’être posée, notamment au regard des impératifs de sécurité qui entourent normalement les militaires engagés dans des opérations sensibles et, par extension, leurs familles.

Le capitaine commence son récit par son réveil brutal au son des tirs provenant de la base 101. « J’étais à mon domicile lorsque j’ai été réveillé par les tirs venant de la base 101 », explique-t-il.

Il affirme avoir immédiatement alerté son commandant de bataillon, avant de recevoir l’ordre de faire percevoir les armes à ses hommes. Il participe ensuite à la sécurisation du camp Bagaji, avant d’être envoyé vers le deuxième pont.

A ce moment-là, selon lui, l’hypothèse d’une attaque terroriste domine. « Tout le monde s’attendait à une attaque terroriste », affirme-t-il.

Ce n’est qu’après un échange téléphonique avec son commandant de bataillon qu’il aurait appris que les tirs correspondaient à des affrontements entre des éléments du BSR-COS et de la garde présidentielle.

Des éléments du BSR-COS auraient ensuite sollicité le renfort de son unité. Une demande qu’il affirme avoir refusée sur instruction de sa hiérarchie. « Donc à partir de ce moment, nous avons repoussé intelligemment toutes les propositions faites par le BSR COS de les renforcer », déclare-t-il.

Le récit prend ensuite une tournure plus politique. Roger Gabriel affirme avoir reçu un appel d’un officier tchadien présenté comme le colonel Hassan Adam.

Selon son récit, ce dernier lui aurait d’abord demandé si Niamey était victime d’une attaque terroriste. Mais lors d’un second échange, l’officier tchadien lui aurait fait part d’une intervention qui serait préparée depuis le Tchad, avec l’implication des autorités tchadiennes et des forces spéciales françaises.

« Il m’a ensuite rappelé une deuxième fois pour m’expliquer qu’une intervention serait en cours à partir de leur pays piloté par leurs autorités et les forces spéciales françaises pour venir en soutien à ceux qui ont pris la base 101 », rapporte-t-il.

Une accusation particulièrement grave, qui reste à ce stade fondée sur le récit du capitaine et qui nécessiterait des éléments indépendants pour être établie.

Dans la foulée, Roger Gabriel affirme avoir été contacté par des membres de la famille de l’ancien président Mohamed Bazoum, notamment Zazia et Salim.

Selon lui, ces derniers lui auraient parlé d’une éventuelle intervention extérieure destinée à soutenir les éléments engagés à la base 101.

Le capitaine évoque également le président béninois, qui aurait regagné son pays afin de mettre en place une cellule de crise, avec un éventuel soutien de la Côte d’Ivoire et des forces spéciales françaises présentes dans ce pays.

Plus surprenant encore, il affirme que ses interlocuteurs lui auraient indiqué disposer de « tous les feux verts et accords au niveau de la CEDEAO ».

Roger Gabriel dit également avoir reçu plusieurs appels provenant de France, de Dubaï et de Belgique. « J’ai entre autres été contacté par plusieurs numéros de la France, de Dubaï et de la Belgique auxquels je n’ai pas répondu », a-t-il indiqué.

Ces accusations n’ont pas tardé à provoquer une réaction au Tchad. La Coalition des associations de la société civile pour les actions citoyennes (CASAC) a vigoureusement condamné les déclarations du capitaine Roger Gabriel.

L’organisation dirigée par Dr Mahamoud Ali Seid affirme que le Tchad n’a « aucun intérêt à s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays voisin et frère ».

La CASAC qualifie les accusations de « montage grossier » et estime qu’elles relèvent d’une « fabrication mensongère dénuée de toute base probante ».

Elle réaffirme également son soutien au président de la République et au gouvernement tchadien, tout en accusant les adversaires du Tchad de chercher à distiller un « climat d’hostilité et de contre-vérités ».

Niamey présente donc les événements du 28 au 29 août comme une tentative de déstabilisation impliquant des acteurs étrangers. N’Djamena, de son côté, rejette catégoriquement les accusations et dénonce une opération de communication dirigée contre le Tchad.

Le témoignage du capitaine Roger Gabriel constitue une pièce importante du récit officiel nigérien. Mais il ne constitue pas, à lui seul, une preuve indépendante permettant d’établir l’implication des pays et acteurs cités.

C’est précisément là que se situe la principale interrogation.

S’agit-il d’un témoignage spontané d’un officier racontant ce qu’il affirme avoir vécu et les informations qu’il dit avoir reçues ? Ou ce témoignage a-t-il été intégré à une stratégie de communication destinée à conforter la thèse d’une menace extérieure ?

Pour l’heure, les autorités des pays cités dans cette affaire n’ont pas réagi.

N’Famoussa Siby

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