À deux semaines de la rentrée scolaire, annoncée pour le 5 octobre 2026, la tension reste palpable dans le secteur éducatif. Réunie avec la presse ce lundi, l’intersyndicale de l’éducation a fait le point sur l’application du protocole d’accord signé avec le gouvernement. Plusieurs engagements restent, selon les syndicats, sans suite concrète, notamment sur la situation des enseignants contractuels, le déblocage des salaires et l’adoption du statut particulier des personnels de l’éducation.
Sur la question du concours annoncé par le ministère de la Fonction publique, Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat national de l’éducation, assure que l’intersyndicale ne remet pas en cause le principe du recrutement.
« La décision reste claire, l’intersyndical que vous voyez n’est pas opposé à l’organisation d’un concours. Il faut que ça soit très clair, parce que c’est ce qui se passe actuellement dans la cité : les syndicalistes veulent que n’importe qui soit en classe pour enseigner nos enfants, ils s’opposent au concours. Non, personne n’est opposé à ce que les meilleurs soient recrutés pour enseigner dans les écoles de la République », a-t-il déclaré.
Mais les syndicats contestent la volonté de soumettre une nouvelle fois à une évaluation les anciens enseignants contractuels déjà évalués en pratique de classe.
Selon Pépé Balamou, 14 500 enseignants contractuels communaux ont été recensés, biométrisés et évalués en 2024. Parmi eux, 10 000 ont été retenus et 4 500 n’ont pas été retenus, notamment en raison de la répartition proportionnelle des quotas entre les préfectures.
« Parmi les 4 500, il n’y a que 60 qui n’ont pas eu la moyenne. Les résultats existent. Tous les autres ont eu une moyenne égale ou supérieure à 10 sur 20. Donc ça veut dire qu’ils ont la moyenne. Et si le protocole dit que les 4 500 enseignants contractuels, ceux qui ont eu la moyenne parmi eux, seront prioritaires à l’engagement, il n’a pas été dit qu’ils seront prioritaires au concours », a expliqué Pépé Balamou.
Pour lui, les enseignants ayant déjà obtenu la moyenne ne devraient pas être soumis à une nouvelle évaluation pratique.
« Quand il y a quelqu’un qui a été évalué en pratique de classe, qui a sa moyenne, vous voulez organiser un autre concours en évaluation en pratique de classe, et vous voulez que ce dernier soit réévalué par ceux encore qui ont évalué les premiers. Donc nous trouvons ça vraiment incohérent. C’est pourquoi nous avons dit qu’il n’est pas question que ces 4 500 qui ont la moyenne égale ou supérieure à 10 sur 20 reprennent le concours », a-t-il ajouté.
Autre point de crispation : le blocage de plusieurs salaires. Pépé Balamou affirme que certains enseignants attendent toujours le déblocage de leurs rémunérations ainsi que le paiement de leurs arriérés.
« Depuis décembre 2023, juillet 2024, juillet 2025, ceux qui ont eu la chance d’être débloqués, jusqu’à présent, ils n’ont pas leurs arriérés de salaire. Et les primes d’incitation qui se trouvent sur le BDT, ils ne les ont pas. On a attaché main et pied pour que la Fonction publique puisse nous aider à débloquer ces salaires-là. Jusqu’à présent, ça n’a pas marché », a-t-il dénoncé.
L’intersyndicale réclame également la finalisation du statut particulier des personnels de l’éducation et de la formation. Les syndicats indiquent qu’une commission travaille sur ce dossier depuis plusieurs mois, sans qu’un aboutissement concret n’ait encore été enregistré.
À l’approche de la rentrée, les conditions matérielles dans plusieurs établissements inquiètent également les syndicats. Pépé Balamou estime que certaines écoles ne sont pas suffisamment préparées pour accueillir les élèves.
« Vous avez les images sur vos réseaux, sur vos sites, des écoles délabrées comme des poulaillers, comme des porcheries. Même à Conakry, il y a des écoles où les toilettes ne sont plus praticables, où il n’y a pas de tables-bancs. […] Les matériels didactiques aussi ne sont pas là. Aucun enseignant n’a reçu jusqu’à présent un cahier. Aucun document didactique n’est là », a-t-il affirmé.
De son côté, Aboubacar Soumah, secrétaire général du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), appelle les autorités chargées du dialogue social à intervenir pour obtenir l’application intégrale du protocole d’accord.
« Au regard de toutes les déclarations qui sont faites par les secrétaires généraux sur la violation de nos droits, l’intersyndical invite les autorités, les institutions qui sont garantes du dialogue social d’intervenir auprès du gouvernement de Guinée pour que notre protocole d’accord soit respecté dans tous ses points », a-t-il déclaré.
Parmi les revendications figurent notamment le déblocage des salaires, la régularisation des enseignants ayant changé de grade après leur formation, l’engagement des anciens contractuels biométrisés, ainsi que la prise en compte des anciens contractuels non retenus et de ceux de la zone spéciale de Conakry.
À moins de deux semaines de la rentrée, Aboubacar Soumah évoque ouvertement la possibilité d’un nouveau mouvement de grève si les revendications ne sont pas satisfaites.
« Lorsque la ministre de l’Éducation nous demande une rentrée paisible, la balle n’est pas dans le camp de l’intersyndicat de l’éducation. Ce n’est pas à nous, c’est au gouvernement, qui est responsable de la préservation de ce climat de paix. Si le gouvernement ne respecte pas ses engagements d’ici l’ouverture des classes, alors il n’y aura pas d’ouverture apaisée », a-t-il averti.
À l’approche du 5 octobre, l’intersyndicale met ainsi la pression sur le gouvernement pour obtenir le règlement des principaux points du protocole d’accord avant la reprise des cours. Si les syndicats disent ne pas être opposés au recrutement de nouveaux enseignants, ils exigent en revanche que les engagements pris envers les anciens contractuels soient respectés.
Thierno Amadou Diallo


